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Editôt ou éditard… (102)

Editôt ou éditard... (102)

La fête du cinéma a cela de bon qu’elle met le prix du billet à la hauteur de ce qu’il vaut et c’est peut-être encore trop. Cela étant, je vais rarement, très rarement devrais-je dire au cinéma et cela ne me manque absolument pas. Cependant, lorsque j’y vais, j’apprécie à sa juste valeur, à mon humble point de vue, le spectacle qui m’est offert par cette industrie riche et puissante. Grande mise en scène, acteurs surpayés, enfin tout est surpayé pas que les acteurs mais cela fait du bien de voir des gens qui ne manque de rien quand les ¾ de la planète manque de tout… Bref, hier j’ai vu « Transcendance »…

Je ne ferai pas comme tous les adeptes du franglais et vous parler de je ne sais quoi avec des mots qui finissent en ING, je vais vous faire un résumé du sujet du film. Assez simple en lui-même, il contient toute la force du nouveau culte de la science et du progrès. Le héros du film est un scientifique qui a réussi à enregistrer et utiliser les données émotionnelles d’un macaque dans un ordinateur… But du jeu, créer un ordinateur ou une intelligence artificielle capable de répondre à des stimuli émotionnels comme un humain. Nous sommes au cœur de ce débat dans notre société avec les intégristes du Dieu progrès et les Trans-humanistes qui veulent mécaniser les hommes pour mieux les sauver du vieillissement et de la maladie, disent-ils, mais je les soupçonne de ne pas tout nous dire… Donc on voit des savants, pas de Marseille mais des USA, tout faire pour faire passer leur beau message, la science peut tout, laissez-vous aller elle s’occupe de tout. Ca c’était pour le parti du bien, le parti du mal est tenu par les opposants, belliqueux, au progrès qui sont taxés de terrorisme et font preuve d’une violence exacerbée puisqu’il vont jusqu’à tuer le héros… Mais le film ne s’en termine pas pour autant puisque l’épouse de ce scientifique est aussi capable que son mari mourant d’enregistrer et d’utiliser les données contenues dans le cerveau de son mari et même, comme pour le macaque, d’en récupérer l’humanité si l’ordinateur est susceptible de jouer de ses émotions comme il le faisait de son vivant. Tout le film est le cheminement de l’esprit de ce scientifique décédé, récupéré par un ordinateur qui va prendre le contrôle de tous les ordinateurs du monde, via Internet, pour fabriquer un monde modèle assujetti aux nanotechnologies qui transforment ceux qui y ont accès à des machines incapables de mourir et d’être malades. Bien évidemment, cette prise de contrôle du monde par un scientifique mort et des zombies vivants ne peut être accepté par le gouvernement US et la guerre éclate entre les tenants de la science folle et les opposants qui veulent garder un pouvoir aussi liberticide mais plus diplomate et moins pressé que son ennemi. Ce film est appelé par les spécialistes incultes une œuvre de science-fiction à tort. Tout d’abord tout ce qui est montré dans ce film est en cours de test dans des laboratoires privés américains et européens, les nanotechnologies sont déjà au travail et leurs adeptes ont déjà commencé leur messe pour nous convaincre de leur intérêt. Il n’y a rien dans ce film qui ne soit réalisable dans les 50 à 100 ans qui viennent et peut-être même moins. C’est juste un documentaire romancé que l’on peut taxer d’être légèrement d’anticipation. N’a-t-on pas entendu un grand prêtre des nanotechnologies dire que le premier homme qui vivra 1000 ans est déjà parmi nous ? Nous sommes en bonne voie pour devenir des clones sans âme qui vivront longtemps mais sans aucune raison de vivre.

Alors mon avis sur ce film est très mitigé. Tout d’abord, ranger les tenants de l’opposition au savant mort et fou sont taxés, comme dit ci-dessus de terrorisme. C’est une autre façon de nous dire que nous ne devons pas nous opposer à la science et au progrès. Ensuite, lorsque les autorités s’allient avec ces terroristes c’est pour s’en servir de bouc émissaire lorsque l’affaire tournera mal, ce qu’elle ne manquera pas de faire. Pour finir, les arguments des scientifiques sont réels et puissants et toujours mis en avant. Mais, c’est un film américain et donc il se devait de se terminer par une « happy end ». Et nous voyons donc que la machine qui est en train de réduire la terre à sa merci fait preuve d’amour car l’âme du scientifique est toujours amoureuse de sa femme qui lui demande de s’autodétruire, ce que la machine fait dans une communion totale avec le public soulagé. Le héros, la machine et son épouse meurent donc à la fin en échange de la restitution à l’humanité de leur état d’êtres humains, avec ses avantages et ses inconvénients. Tout ça c’est bien entendu du flan, pas pâtissier mais du flan industriel. Aucune machine ne pourra et ne devra remplacer les hommes au niveau émotionnel. Et donc, si le film et quand le film deviendra la réalité, pas de fin joyeuse et d’embrassades, la machine ne fera aucun sentiment et gardera le pouvoir qu’elle se sera bâti au détriment des hommes qui n’auront plus qu’à lutter pour récupérer leur vie, la vraie. Tout cela baigne dans un jus où la science sort gagnante au final parce qu’elle est toujours entre les mains des hommes qui en gardent un contrôle scrupuleux, ce qui est absolument faux. Ce film est une publicité déguisée en faveur de nos chers industriels de la chimie et de la biologie, ils y tiennent le beau rôle même si le héros part en vrille, il est toujours protégé par une espèce d’aura surnaturelle et, comme ils le disent dans le film, la machine n’a tué personne. Le culte de la vie, vu par son côté le moins intéressant, le quantitatif, est donc respecté, la machine n’a pas tué, alors que les terroristes ont tué le scientifique, tout est là. Et de toute façon la machine retourne au bien à la fin, donc pas d’inquiétude…

Nous avons fort à faire en luttant contre ces scientifiques qui veulent prendre toutes les louanges lorsqu’ils trouvent quelque chose de superbe mais ne veulent jamais endosser et assumer leurs responsabilités lorsque leurs trouvailles se changent en armes de destruction massive ou en tout autre destruction ou pollution. Or, à mes yeux, ils sont responsables, c’est d’ailleurs ce qu’Einstein lui-même a reconnu dans sa fin de vie. Ils savent le côté sombre de l’homme, ils savent aussi que la plupart des recherches ne sont financées que par les intérêts financiers à court terme ou par l’armée, cela laisse peu de place pour les bienfaisants, n’est-ce pas ? Alors, allez ou n’allez pas au cinéma mais ne tombez pas dans le panneau, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, ça n’est pas pour demain…

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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