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Qui est le Roi ?

Qui est le Roi ?

Qui est le Roi ? En voilà une question qu’elle est bonne ! Ce n’est certes plus Juan Carlos qui a cédé son bail royal à son fiston Philippe VI. C’est encore moins l’équipe de football espagnole qui est descendue de son piédestal en catastrophe par l’entremise d’un Chili courageux et velléitaire à en croire les journaux. Mais celui qui est loin de redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est… LE CLIENT… Et oui, le client est roi dans la théorie mais dans la pratique… Dans la pratique, ce n’est certainement pas le cas, je dirais même que c’est strictement l’inverse. Quel est le fournisseur qui ne demande pas à bénéficier des prérogatives d’un client ? Aucun, et plus ils sont gros plus c’est obligatoire…

Je vais vous donner un exemple. Vous avez besoin de retirer un montant d’un de vos comptes bancaires pour le mettre sur un autre, question de jonglage de trésorerie qui permet de finir le mois en tapant sur ses économies. Vous allez donc à la première banque, la Caisse d’épargne pour ne pas la nommer, et vous demander qu’on vous fasse un chèque de 1000 € que vous déposerez ensuite dans la seconde. La guichetière vous annonce toute guillerette que si vous voulez ce chèque il vous en coûtera 11.50 €. Cette ponction représente une commission de 1.15 % du montant que vous réclamez, c’est proprement du scandale. Mais ce n’est pas tout. Ce que vous oubliez, ou plutôt ce que les banques veulent vous faire oublier, c’est qu’il s’agit de votre argent et que vous voulez en jouir comme bon vous semble, alors qu’eux, ces intermédiaires financiers obligatoires, ne pensent qu’à le conserver pour mieux spéculer et gagner de l’argent virtuel qui tue l’économie réelle. Il faut donc que je paie pour retirer mon argent des mains d’un banquier avide et cupide qui s’est approprié mes économies. Alors, que je paie pour avoir mon argent, je la trouve plutôt difficile à digérer, mais qu’en plus on me dise que c’est normal, là, je ne comprends plus rien du tout. Qui est le client, c’est moi ou la banque ? Qui doit réclamer un respect qui ne lui est plus acquis depuis l’avènement d’une société prête à tuer sa mère pour quelques euros ? Le souci majeur de notre société repose sur la disparition totale de valeurs anciennes qui organisaient et faisaient vivre ensemble tous les maillons d’une chaîne humaine qui ont aujourd’hui perdu ces repères indispensables. La disparition de l’effet loyauté est une des tristes conséquences de la société matérialiste, consumériste à outrance et orientée uniquement sur le profit immédiat que nous avons laissée se créer sous nos yeux larmoyants de dépressifs inguérissables. Mon père me disait parfois qu’il ne fallait jamais mordre la main de celui qui nous donne à manger. Même si cela pourrait amener certains abus, la sentence n’est pas dénuée de sens ni d’intérêt. Mais n’est-ce pas le client qui nous nourrit ? N’est-ce pas lui qui, au bout du bout, finance tout le monde en amont, depuis la matière première volée à des pays sous-développés, jusqu’au minable salaire d’un enfant chinois mis au travail par ses propres parents à qui on a volé leur jardin pour y implanter une usine qui pourrit l’air et l’eau tout autour d’elle ? Comment peut-on espérer une quelconque valeur d’un monde bâti à l’envers, où la morale est un gros mot, où le respect n’est devenu qu’un mythe développé surtout par des vieux gangsters sur les écrans de cinéma, où la générosité est une insulte, où l’égoïsme une qualité, où tout est basé sur une compétition qui monte tout le monde contre tout le monde sans que l’on sache qui est le gagnant ou si même il y en a un, que peut-on attendre d’un monde pareil si ce n’est sa disparition la plus rapide possible ? Tout est dû rien n’est à mériter, triste constat.

Si nous n’avons pas de loyauté les uns envers les autres, si nous ne pouvons pas espérer de confiance entre nous, si un sourire gratuit est impossible à obtenir et que seuls les rémunérations peuvent les générer, alors ce monde est maudit. Il ne s’agit pas ici de vouloir rétablir une morale construite sur des bons sentiments à base religieuse ou autre. Il n’est question ici que d’éthique, de valeur humaine, de la prise en compte des particularités de chacun et de la tolérance minimale qui consiste à accepter que chacun pense différemment et que personne ne détient à lui seul LA vérité. Il est question ici de communauté, de notre capacité à vivre ensemble sans mettre de valeur à nos rapports ni à les entretenir sur des échelles de chiffrages financiers qui n’ont rien d’humain mais tout du banquier ou de l’économiste. Nous ne sommes plus en mesure de concevoir une relation qui ne soit pas commerciale et lorsqu’elle est commerciale le sourire est proportionnel à la facture que vous aurez à régler, seuls les riches sont certains de bénéficier des sympathies commerciales et figées d’un personnel à qui on a donné l’ordre de sourire aux clients qui paient bien. C’est un peu la même histoire que ce restaurant qui met les beaux clients en vue et les moches en retrait ou près des toilettes. Tout est factice, tout est tricherie, tout est mesquinerie commerciale, tout est apparence, rien n’a de profondeur, la superficialité est devenue le mot d’ordre. C’est un peu le bonjour froid de la caissière de supermarché qui ne vous salue que lorsqu’elle s’occupe de vous alors qu’elle vous a vu depuis des minutes et des minutes…

Le client n’est plus roi, il est racketté sans façon et a perdu de sa splendeur depuis l’avènement de l’argent-roi. Le client est mort, vive l’argent !

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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