Log In

Bonne ou mauvaise… Mais une Vision…

Bonne ou mauvaise... Mais une Vision...

« Le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir…

Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux… » Etienne de La Boétie.

Il n'est, de mémoire d’homme, aucune société ou communauté humaine qui ait pu donner une liberté totale à ses membres allant parfois jusqu’à changer le fantasme de la liberté en une étrange servitude acceptée avec joie contre une irresponsabilité absolue. Toutes les civilisations ont en commun l’asservissement des uns eu égard à la volonté d’hégémonie des autres.

Je participai hier soir à une soirée d’un comité local du nouveau parti politique « Nouvelle Donne ». Bien évidemment nous n’étions pas nombreux, signe de l’intérêt que les gens, les citoyens portent à leur société, à leur pays, à leur propre avenir. Bien sûr que j’avais moi aussi mieux à faire, ne serait-ce que de regarder à la lanterne magique les matchs de football de la coupe du monde, pour me détendre, pour me faire oublier à la fois mon âge, mes soucis financiers ou familiaux, mes problèmes professionnels, enfin tous ces tracas qui font de nos vies l’enfer consenti et accepté dans lequel nous avons choisi de vivre. Oui, je sais, je suis un peu excessif en disant que nous avons choisi de vivre tel que nous le faisons, mais, au fond, n’ai-je pas raison de le dire, de le penser, puisque c’est ce que nous avons toujours fait. Nous choisissons nos vies, nous ne sommes pas obligés de nous laisser porter par le courant et par la volonté d’autrui, nous pouvons vivre comme des êtres responsables, mais il y a des conditions. Je vous livre une image que mon père employait souvent avec moi, toujours âpre à la défense de mes libertés et de celle de mes congénères. Il me disait quelle était la différence entre le loup et le chien. Le loup, seul ou avec ses frères, efflanqué, mangeant à l’occasion de ses rares rencontres avec des gibiers difficiles à attraper, dormant sous les pluies battantes comme le soleil brûlant ; et le chien, caressé, adulé par ceux qui l’aiment et le choient, dormant à l’abri des intempéries, ayant chaud l’hiver et frais l’été dans sa maison d’adoption, gavé des bonnes pâtées distribuées trop souvent pour ne pas être gras, voilà les différences entre le loup et le chien. Qui serait assez stupide pour préférer être loup que chien ? Mais la différence la plus importante, celle qui rend les adorateurs de la liberté plus proches du loup que du chien repose sur la présence autour du garrot du chien d’un collier. Celui-ci le prive de sa liberté et lui enjoint, pour bénéficier des bienfaits de ses maîtres, de respecter l’allégeance et la servitude que ceux-ci lui demandent. Je suis un loup… Même si je respecte les conventions que j’exècre pour des raisons purement matérielles, je suis un loup et je le revendique. Etre victime d’un système est le constat que nous ne voulons et ne pouvons pas le changer, je n’en suis pas victime puisque je sais ce qu’il attend de moi et que j’accepte en partie de jouer un jeu qui n’est pas le mien. Mais ce qui compte le plus, c’est le degré de conscience dont nous sommes les dépositaires et qui nous permet de savoir que ce que nous faisons, même si ce n’est pas dans l’éthique qui nous est propre, est réalisé pour atteindre un but ultime. Et c’est là que tous nos partis politiques se fourvoient…

Ce qui détruit la cohésion entre êtres humains repose sur l’absence de projet commun, ce que j’appelle une vision, une vue précise de ce que nous voulons atteindre dans 6 mois, 1 an, 5 ans, 10 ans, 50 ans, 100 ans, 1000 ans. Seule une vision sur le long terme peut engendrer l’enthousiasme, si ce futur souhaité le mérite bien entendu, inconsciemment nous voulons faire survivre notre espèce, comme tout animal de cette planète. La création d’une vision du monde que nous souhaitons ne se veut pas uniforme pour tous les êtres, ce qu’il faut c’est abord de créer un fond commun, les racines de notre arbre qui grandira, grossira et se peuplera des branches de nos différences autour d’un tronc commun qui nous enracine dans notre volonté de partager une petite boule d’eau et de terre avec la nature qui nous a permis d’exister. Les idéaux ont disparu pour laisser la place au matérialisme le plus débridé, le plus égoïste, le plus corrompu. La seule raison valable qui justifie que l’idéal capitaliste ait duré plus longtemps que le collectiviste est qu’il repose sur une apparente liberté personnelle laissée aux membres de sa société. Mais cette liberté est au mieux relative et au pire inexistante. Le fait de choisir nos chaînes et ceux qui nous les passent aux chevilles n’impliquent absolument pas que nous soyons libres, bien au contraire. Il faut donc que les partis politiques nous fassent rêver d’un monde meilleur, d’un monde où nous ne serions pas seulement des instruments aux mains de manipulateurs ayant des projets de caste contraires à l’éthique, mais où nous serions maîtres de nous-mêmes, responsables de nous comme du monde qui nous entoure. Utopie diront certains, folie diront d’autres, peut-être…

Mais dans l’histoire de l’humanité les grands changements, les bouleversements ne se sont pas faits autour des inventions du lave-vaisselle ou de l’automobile mais bien sur des projets grandioses qui engageaient l’humain sur d’autres sujets que sa propre matérialité. Un monde sans réflexion, sans spiritualité ne peut perdurer sans prendre le risque de perdre sa souveraineté sur lui-même comme sur son avenir. Un parti politique, pour être fort et attractif, doit proposer une Vision, sans cela, il ne sera qu’une coquille vide de plus où les ambitions personnelles et les richesses matérielles le mèneront vite à la décadence.

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP to LinkedIn Auto Publish Powered By : XYZScripts.com