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Editôt ou éditard… (106)

Editôt ou éditard... (106)

Ce qu’il manque à nos gouvernants, je l’ai déjà si souvent répété que je vais finir par croire que je suis plus vieux que je ne le semble, c’est une vision de l’avenir. Pas du leur, parce que celui-là aucun souci, ils en ont une image très précise, peut-être trop précise. Je parle ici de la vision de leur pays, à des termes aussi différents que 6 mois, 1 an, 5 ans, 25 ans, 100 ans et 1000 ans. Eh oui, vous croyez que j’exagère, c’est bien, vous êtes libres de croire ce que vous voulez et qui vous voulez, mais cela ne vous garantit pas d’avoir raison ou tort, d’ailleurs le but n’est pas d’être gagnant de cette compétition où nous sommes tous perdants, mais d’accepter les idées des autres comme étant aussi intéressantes que les nôtres.

Il est tout de même plus facile de connaître le but de sa trajectoire pour pouvoir en jalonner le parcours qui nous mènera à cet objectif, le remplir des étapes nécessaires à une réalisation qui, si elle n’est pas forcément ambitieuse, a le mérite d’être la vôtre et qui, à ce titre, est originale. Sans cette vue, qui peut être idéalisée ou non, il est difficile de sortir d’une gestion à la petite semaine, d’une application stérile de vieux concepts qui ne devraient avoir plus cours. C’est de cela que nous manquons, nous manquons de philosophes. Pas de BHL et autres Onfray qui se pavanent devant les caméras de télévision pour vendre leurs ouvrages comme d’autres vendent leurs cigarettes ou leurs lessives, de vrais philosophes, de ceux qui ont un intérêt particulier pour le genre humain sans en tirer un quelconque avantage personnel. C’est sûr qu’un Socrate serait perdu dans cette foule de pseudos philosophes qui, s’ils ne se qualifiaient eux-mêmes de penseurs, n’auraient jamais eu d’autre talent que le marketing. Mais les médias adorent ces intellos bon marché qui font vendre et animent les émissions de leurs scandales et disputes entre intellectuels, ou classés comme tels, des beaux quartiers. Déjà la qualification d’intellectuel n’est-elle pas une autre façon d’anoblir ceux qui ne portent pas cravate et font métier de penser au regard de cette populace à la mentalité grégaire que ces mêmes intellectuels croient représenter alors qu’ils n’en sont que les abuseurs de confiance. Pourquoi en viens-je à parler de ce manque irrépressible de recul et d’intérêt pour un futur plus lointain que les prochaines élections ? Tout simplement parce que nos intérêts à court terme ne sont pas les mêmes que ceux à moyen et long termes. Pire, les trois termes en question, non seulement doivent coexister, mais, de plus, ils doivent le faire dans une cohérence totale. Les uns déterminant les autres, ils se doivent de se compléter, de s’organiser pour toucher au but ultime et souvent oublié, du bonheur des êtres.

Alors bien sûr, Benoit Hamon, chargé par son patron et néanmoins traître à sa cause, va devoir imposer le numérique encore un peu plus dans les temps périscolaires de nos chérubins. Ils vont même aller, cette bande de politiciens sans idéal, jusqu’à enseigner la programmation dès le primaire. Quel talent, quelle vision de nos enfants et de leur avenir. Les clouer encore un peu plus devant des écrans lobotomisateurs à des fins de « production », oui, le mot a été prononcé. Il faut apprendre à nos bambins comment produire quelque chose à partir du numérique. Pourquoi ? Pour créer des « startups », je vous le donne Émile, comme disait Coluche, le but est de faire naître dans l’esprit de nos jeunes, de nos enfants, cet esprit de compétition, déjà exacerbé par l’école et l’emploi à venir, au service de la production. N’a-t-on rien d’autre à donner à nos jeunes qu’un empressement sans cesse grandissant à produire et à consommer. Sans compter que les professeurs sont bien moins doués que leurs élèves pour tout ce qui concerne l’emploi de ces outils qui robotisent toujours plus les hommes. Bien entendu, le principe de précaution, la sécurité mise en exergue de tout et de rien, les assurances qui vous couvrent de vos moindres périls, tous ces beaux arguments qui permettent à nos dirigeants de nous retirer une à une chacune ces libertés que nos ancêtres avaient si durement combattu afin de les obtenir, nous ralentit dans nos prises de risque originales. Mais le risque d’entreprendre et de produire, lui, est renforcé, appuyé, aidé voire même subventionné, afin de mettre en œuvre une reprise de la croissance et donc celle de notre célèbre PIB. Qu’ensuite les jeunes entreprises ferment au rythme magistral de 80 % de cessations d’activité dans les deux premières années, n’est pas le vrai problème, on aura toujours gagné deux ans et cela fait passer d’une élection à l’autre en limitant les dégâts. Pas de cohérence, pas de recherche du bonheur commun et particulier, cette absence de vision, comme je le disais plus haut, font de nos aboyeurs professionnels de vulgaires camelots, désolé pour les camelots qui sont bien mieux que nos politiciens. Nous n’agissons pas, faute de vision, nous réagissons parce que c’est tout ce qui nous reste pour ne pas ressembler à des inactifs et mobiliser les foules lobotomisées pour les prochaines consultations électorales.

Encore un exemple de cet empressement à faire des choses pour qu’elles soient vues et qu’elles permettent une amélioration de l’image de celui qui prend les décisions ; le deuil national et les drapeaux en berne pour « fêter » les victimes du crash de l’avion d’Air Algérie dans le désert malien. On ne sait rien encore mais on déplore les pertes d’êtres chers, cependant, nous sommes un État et nous devons d’abord réfléchir avant de décider, et décider sans arrière-pensée électoraliste ou basée sur l’opinion du peuple. Sinon tout cela s’apparente à du spectacle, à une tragédie mais tout de même du spectacle, et donc retire toute noblesse à l’action commise par l’entremise de la marchandisation d’une fausse bonne action.

Pour nos dirigeants qui manquent de tout sauf d’ambition personnelle, je prie que tous les Dieux disponibles leur fassent pousser une cervelle, au pire de mouton puisque nous approchons de l’Aïd… Mes biens chers frères, prions ensembles… Oups, je me prends pour un jésuite, les rois du « faites ce que je vous dis mais pas ce que je fais »… Moi, je prie vraiment !

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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