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Editôt ou éditard… (105) En voiture ! Le train va décoller…

Editôt ou éditard... (105) En voiture ! Le train va décoller...

Je suis dans un train entre Yaoundé et Douala. La voiture est occupée aux deux tiers par des passagers plus ou moins ensommeillés, plutôt moins que plus d’ailleurs. Malgré le fait d’être en première classe et dans un espace climatisé où les hôtesses sont au nombre de deux au minimum, dormir est un vrai challenge comme disent les jeunes cadres dynamiques aux dents qui raient le parquet. Il est vrai que cette compétition qui s’est créée entre les voyageurs et les machines qui les transportent n’engendre pas les rêves mais plutôt les cauchemars. Pourquoi ?

En fait, il est vrai que je suis au Cameroun mais je suis aussi un peu en France. Le train qui nous transporte est français, enfin pas vraiment, il est plutôt chinois mais acheté par un Français pour déplacer des Africains. Oui, le train dans lequel je vous écris, ou en tout cas j’essaie de vous écrire, appartient à la société Camrail, qui elle-même appartient au groupe bien connu Bolloré via sa filiale Bolloré AfricaLogistics. Voilà l’exemple type d’un ami de notre ex, Sarkozy, cet homme d’affaires qui doit tout à la France, après l’élection de son compagnon de foire victorieuse au Fouquet’s se retrouve miraculeusement acheteur, pour une bouchée de manioc, de cette société du rail camerounais. Bien sûr ce n’est pas la SNCF mais il serait intéressant de regarder de plus près le fonctionnement de cette machine à cash. Pour le moment restons dans les apparences, des wagons à bestiaux changés en voitures de première classe, l’apparence du neuf mais la rusticité dans l’utilisation. Elles ne doivent pas coûter cher ces voitures estampillées en gros « made in China », c’est normal qu’elles n’aient pas suspension donc, que les toilettes donnent sur les voies, comme dans le bon vieux temps, par des tuyaux en plastique transparent. Mal assis, mal suspendu, je vous laisse imaginer le sommeil du juste que vous pouvez avoir. Oui, je sais, on est au Cameroun et tout ça c’est juste pour les « nègres », les blancs font le même trajet en voiture de luxe, climatisée aussi mais mieux. Alors s’il est vrai qu’il doit tout à la France, notre Bolloré de course, lui n’estime pas lui devoir grand-chose, je dirais même sans risquer de me tromper qu’il n’estime rien lui devoir, quelles que furent les conditions de son développement quelque peu rapide, n’est-ce pas ? Mais quand on est un homme d’affaires du XXIe siècle il vaut mieux connaître les politiciens importants qu’être bon négociateur, c’est un peu comme les tribunaux, mieux vaut connaître le juge que le droit lorsqu’on veut faire carrière d’avocat. Depuis que je suis en Afrique je suis pris entre écœurement et colère. D’une part vous avez des gens qui crèvent en manquant de tout et de l’autre les pilleurs qui se rassasient sur les cadavres de leurs esclaves. Non, je n’exagère pas, vous n’avez qu’à ouvrir les yeux pour le constater ici, encore faut-il venir bien évidemment, mais j’ai cette chance de pouvoir toucher du doigt, en réalité, le fond de nos problèmes d’immigration, de misère et néocolonialisme, je ne vais tout de même pas fermer les yeux et devenir complice ?

Vous imaginez une terre arable plus que fertile, riche de tout ce que vous pourriez souhaiter, métaux nobles ou pas, pétrole, éventuellement pierres précieuses (on est voisin de la Centrafrique, vous vous souvenez des diamants de Bokassa à Giscard), enfin trop de bonnes choses pour des noirs diraient des blancs. Alors que fait-on, on travaille surtout dans le cadre des productions de produits exportables, ce qui a pour conséquence immédiate de retirer leurs terres aux pauvres qui vivaient d’une agriculture vivrière et des ventes sur les marchés de leurs surplus. Ces gens, qui connaissent la faim et la misère, sont obligés de s’installer en ville pour y trouver un travail ou en tout cas des moyens de subsistance. Sous-payés, ils doivent acheter cher des produits alimentaires qu’ils produisaient eux-mêmes précédemment pour rien ou presque puisqu’ils n’utilisaient aucun pesticide ou engrais. Les villes grossissent de ce sous-sous-sous-prolétariat et que leur reste-t-il à faire à tous ces braves crève-la-faim ? A essayer de venir vivre là où partent leurs produits et matières premières, chez nous et dans toute l’Europe riche et prospère malgré la crise vis-à-vis de leur pays mis à sac par les vandales du CAC40. Alors, je n’ai aucun respect pour nos blancs qui s’enrichissent sur le dos de pauvres hères sans aucune défense et malmenés par leur propre gouvernement, en revanche j’en ai énormément pour ces personnes qui cherchent désespérément à trouver la sortie de leur tunnel, qui parfois la trouvent mais pour retrouver dans nos pays industrialisés la haine, le racisme exacerbé, la bêtise et la volonté appuyée de ne pas chercher à comprendre de tout ou partie de nos populations ventripotentes et égocentrées. Je suis, à proprement parler, révolté de voir ce que je vois, le foisonnement de ces vendeurs à la sauvette qui tentent de convaincre les passants de leur acheter qui un briquet, qui une paire de lunettes de soleil et tout le reste des ignominies fabriquées à bas coûts par des enfants chinois et vietnamiens qui, eux, deviennent riches à millions. Tant que nous resterons impassibles devant le spectacle horrible du monde globalisé dont une infime partie se goberge pendant que l’immense majorité des autres ne savent pas ce qu’ils mangeront ou ce qu’ils donneront à manger à leurs enfants, la misère se répandra et nous aurons un jour ou l’autre ces visiteurs affamés qui se serviront dans nos assiettes et ils auront raison de le faire.

La démocratie n’existe pas, elle n’a jamais existé, ni chez nous ni ailleurs et encore moins aux USA, que cela ne vous dérange pas je peux le comprendre. Mais que la misère nous saute aux yeux et que peu de gens réagissent me révulse. Et ne me dites pas « que pouvons-nous faire », nous pouvons tout, c’est notre consommation qui les assassine. Arrêtons et tout de suite ! Le monde s’écroulera mais il renaîtra de ses cendres dans une vraie solidarité qui se fera sur le dos des puissants, en oubliant les gouvernements et en prenant en mains nos propres vies.

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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