Log In

La presse aux ordres ? Oui mais de qui ?

La presse aux ordres ? Oui mais de qui ?

Je suis absolument scandalisé (je la joue façon homme politique corrompu), abasourdi par cet article du Canard Enchaîné qui relate la condamnation d’un jeune homme qui a participé à une des manifestations contre le « Ayraultport » de Notre Dame des Landes. Figurez-vous que ce citoyen, qui a fait acte de violence, selon la justice, contre les forces de l’ordre, a été condamné à une peine de prison sur dénonciation d’un support de presse qui a fourni les photos à la police qui attestent de sa présence lors de cet évènement. Le support de presse en question est Ouest France, cela rappelle le bon temps des dénonciations ordinaires, les bonnes choses se perdent, n’est-ce pas ?

Je vous déconseille de répondre à une interview, de vous laisser prendre en photo ou filmer lors de vos promenades, bucoliques ou politiques, vous êtes à la merci de ces faquins qui hurlent dès qu’on touche à leur liberté d’informer mais qui vous vendent au plus offrant quand leurs intérêts sont à défendre. Que la presse soit vendue aux pouvoirs successifs qui se moquent de leur peuple, on le savait. Que la presse soit à genoux devant des annonceurs qui lui paient les salaires mirobolants demandés par une profession protégée et aux avantages exorbitants, on le savait aussi. Que la presse ne soit plus qu’une gigantesque brosse à reluire de tout ce qui peut lui attirer les bonnes grâces des puissants et des élus, on le savait encore. Mais qu’elle devenait collaborationniste de la police, c’est officiellement nouveau, on se doutait bien un peu des connivences mais là, on y est, la délation est devenue collaborative. J’ai toujours dit qu’il fallait se méfier de cette presse qui ne recherche que le profit et qui est donc prête, pour en avoir, à répondre à certaines avances qui ne sont pas très respectueuses de l’éthique de ce métier mais qui peut aussi être pratiqué de façon honorable. Le Canard Enchaîné reprend cette information avec la pudeur qui est la sienne mais que je ne partage pas. Cependant, il ne faut pas faire d’amalgame trop rapide et associer des choses qui n’ont rien de commun. Nous n’en sommes pas encore à la délation généralisée de la presse collabo de la seconde guerre mondiale, mais il faut y prendre garde, les dérapages comme celui-ci sont les signes d’une violation réelle et continue de nos libertés par ceux qui sont là pour les défendre, et qui, maintenant, ont créé un précédent en ce qui concerne la divulgation d’information. Sur simple réquisition de la police, Ouest France, a mis à la disposition des autorités répressives des informations que ce support ne devait en aucun cas communiquer. Pas parce que cela leur est interdit, juste parce que c’est la seule solution pour ne pas confondre les genres et respecter une déontologie réduite à une peau de chagrin. Les journalistes qui se respectent ne peuvent ni divulguer leurs sources, ni participer en quoi que ce soit à l’information dont ils ont la seule responsabilité du transfert à leur clientèle. Dénoncer est un acte de participation à la procédure qui va toucher la personne dénoncée, or ce n’est ni la fonction, ni la mission d’un corps qui se veut uniquement informatif et objectif. L’objectivité, on le sait depuis très longtemps, n’est pas le propre de l’homme et encore moins des journalistes soumis à des pressions carriéristes ou des intérêts personnels. Mais que le rédacteur en chef trouve normal de fournir des photos que la police aurait pu prendre directement sur le site Internet de ce journal sans faire de vague, montre la volonté de participer à l’action. Si les journaux se mettent à générer les actes qu’ils vont ensuite présenter à leur public, on aura compris que la boucle est fermée et que la liberté de la presse se résume au droit de celle-ci à hurler avec les loups sur des victimes désignées par ses maîtres.

J’ose caresser l’espoir de voir le peuple français comprendre enfin que toutes ces jérémiades qui tournent autour de la sécurité, les plans vigie-pirate et autres fadaises, comme le fait de ne se déplacer en avion qu’avec des appareils électroniques aux batteries chargées, tout ce cirque est là pour nous maintenir dans un climat de peur permanente qui justifie la mise sous contrôle de nos libertés, les limitations de leur usage à des fins uniquement consuméristes et rien d’autre. Notre vocation dans cette société totalement axée sur les activités productivistes est de devenir des bœufs, on était déjà des veaux me direz-vous, c’est donc le résultat d’une croissance réussie, à base d’antibiotiques et autres produits magiques qui font de nos viandes des poisons en puissance et à long terme. Des bœufs à l’unique vocation d’aller de leur labeur aux magasins et des magasins à leur labeur. Nous aurons le droit de dormir et de prendre des vacances mais seulement dans des draps que nous serons obligés de changer régulièrement pour donner du boulot à des gamins chinois de 8 à 12 ans, et de partir par avion dans des hôtels qui appartiennent aux groupes financiers qui détiennent aussi les rênes des journaux dans lesquels nous trouverons les offres alléchantes de leurs promotions innombrables. Pour nos gouvernants et ceux qui les financent, nous ne sommes que des outils, des courroies de transmission entre deux aspects de nos indigentes cervelles, le premier est celui de notre capacité de produire et le second celui de notre volonté de consommer. J’ai dit Français mais tout ceci concerne tous les peuples du monde entier qui vit maintenant sous l’ère de l’American Way of Death, même à Cuba parait-il.

Alors, je dis non, ça vous une voire deux belles jambes, mais si nous disions tous non, si nous arrêtions de nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas, des bœufs, peut-être que ces braves corrompus qui nous gouvernent changeraient d’opinion vis-à-vis de nous ? Encore faut-il le faire, et d’abord le décider !!!

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

3 Commentaires

  1. Pangloss Répondre

    Vous avez raison: ne jamais parler devant un micro, ne pas répondre aux sondages, ne pas se laisser photographier. On ne sait pas quel usage serait fait de tout cela. Aujourd’hui, bientôt ou dans quelque temps.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP to LinkedIn Auto Publish Powered By : XYZScripts.com