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Editôt ou éditard… (118)

Editôt ou éditard... (118)

Un lecteur qui n'a pas compris mon article d'hier m'a confié que la démocratie avait gagné un combat en faisant du mur de Berlin les ruines que l'on sait. Bien évidemment, dans un article court (malgré la longueur que d'autres me reprochent), il m'est difficile d’argumenter complètement mes propos. Aussi, dans un souci d'éclaircissement, je vais profiter de mon éditorial pour enrichir ma prose et la rendre moins opaque. La démocratie est l'art de gouverner le peuple, pour le peuple et par le peuple, paraît-il ? La question qui se pose est « est-ce encore vrai dans notre cinquième République ? »

Le dernier rempart à la folie libérale et ses excès dans le démantèlement de toutes les victoires sociales conquises de haute lutte par une gauche à l'idéal collectiviste reconnu était bien entendu cet idéal en question. Cet idéal, contrairement à ce que firent les dirigeants des pays communistes, était basé sur les théories, plus ou moins bien comprises, de Karl Marx. Celui-ci proclama, dans les différentes occasions et écrits dont il fut l'auteur, beaucoup d'idées qui évoluèrent en fonction du temps et donc de la sagesse qui vient avec l'âge. Mais, malgré les allées et retours de sa pensée, celle-ci était toujours relative à une générosité des uns envers les autres. Il fut tour à tour révolutionnaire, décroissant, j'en passe et des meilleures, mais il restait sans cesse convaincu que le peuple avait son mot à dire dans la gestion et la direction de la Cité. La démocratie, qu'elle soit populaire ou libérale, collectiviste ou capitaliste, est un régime, un art de gouverner, donc en résumé de la politique. La politique est avant tout une philosophie ou disons une de ses branches les plus communes. Sans philosophie il n'y a pas de politique. C'est à dire que la philosophie doit inspirer une vision du monde à terme plus ou moins lointain. C'est ce que faisait le marxisme jusqu'au fameux jour de son décès, le 9 novembre 1989, qui venait mettre un point final à son application, plutôt mal réussie par l'URSS comme par tous les autres pays exploitant cette méthode de gestion. Mais est-ce que la démocratie est née dans les pays qui quittèrent l'économie dirigée pour l'économie libérale ? Que nenni ! Au contraire, elle laissa le libéralisme échevelé faire tout, et même le reste, pour asservir la démocratie et la ranger dans la boîte à outils des capitalistes en défaisant point par point le tricot si longuement préparé par les théoriciens de la notion de l'égalité. C'est en cela que la démocratie ne s'est pas réalisée à la suite du déclin, lent mais persistant, du marxisme léninisme. Ce n'est donc pas la démocratie qui sortit vainqueur de la lutte que se faisait les pays de droite contre ceux de gauche, pour reprendre une description très française de la politique. Qui fut ce vainqueur ? C'est l'économie, un point et c'est tout. Or l'économie n'est pas de la politique, elle est un outil simple, mais ô combien efficace, qui ne peut servir qu'à une seule chose, justement la gestion et uniquement la gestion. L'économie ne fait que s'occuper des flux, que des flux et seulement des flux. Est-ce que la démocratie a quelque chose de commun avec les flux et leur organisation ? Non, certes non !

Par ailleurs, peut-on qualifier aujourd'hui la France de la terminologie « pays démocratique » ? Non, absolument pas. Vous allez dire que j'exagère, peut-être, mais regardez de plus près. Dans un pays où les manifestants qui réclament plus de concertation véritable que de compromis accordés aux amis et aux communautés professionnelles ou confessionnelles, aux électeurs catégorisés comme étant la source de voix aux futures consultations électorales, peut-on dire que la démocratie règne ? Non aussi. La république est devenue la prostituée des professionnels du pouvoir alors même que leur philosophie se contente d'un nombrilisme aigu et du culte du carriérisme qui, non contents de n'avoir aucune vision globale du bien de toute la population se complaisent dans la répétition de tous les usages surannés d'une économie qui prend allure de politique, qui remplace tant bien que mal la politique. Une autre preuve de l'absence de démocratie est le vote, presque unanime, de la loi antiterroriste le 4 novembre de cette année. Cette loi liberticide au plus haut niveau (mise à part la période intermédiaire de la seconde guerre mondiale) jamais connu depuis la Révolution de 1789 vient à point nommé apporter un élément de plus, à charge, contre l'idée que la démocratie est la gagnante de la fin du collectivisme. La démocratie n'est rien d'autre que le débat d'idées qui permet de trouver un terrain commun à chacun des citoyens sur lequel ils sont tous en accord. Cela n'empêche pas les différences de point de vue, au contraire, mais il nous faut un accord commun sur une vision de notre vie ensemble, de notre vie commune, de notre partage du temps de nos vies dans le cadre d'une communauté à laquelle nous nous rattachons volontairement et dans laquelle nous nous reconnaissons. Ce n'est pas parce que nous votons, pour choisir le moins pire des représentants possibles, que nous vivons en démocratie, sinon tous les pays du monde seraient démocratiques, n'est-ce pas ? En Afrique, en Asie, en Amérique, etc. Je n'ai pas besoin d'être grand druide ou prophète pour constater que tel n'est pas le cas. Que ce soit aux USA, pays de la liberté soi-disant, comme chez nous, la seule liberté qui nous reste est celle de générer de la croissance pour mieux détruire la planète et enrichir ceux qui sont déjà des nantis, et cette croissance est encore et toujours une donnée économique et ne projette en rien une quelconque vision d'un monde où le bonheur existerait… Autrement dit, si le mur de Berlin est tombé, ce n'était que pour mieux enterrer la démocratie politique pour la remplacer par une pseudo démocratie, l'économie globale.

Mais la démocratie n'est pas morte pour autant, tant qu'il y aura des esprits libres de toutes entraves communautaristes ou partisanes, cette enfant de la philosophie a de beaux jours devant elle… A une condition sine qua non, c'est que le peuple la cultive et la protège de tous ses prédateurs !

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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