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Sécurité quand tu nous tiens…

Sécurité quand tu nous tiens...

L’article court et clair de Daniel Schneidermann que vous trouverez ici est symptomatique de l’état de frustration et de peur dans lequel la classe politique, dans son entier mais encore plus la droite, essaie de nous plonger. La peur permet de manipuler toujours plus facilement les lobotomisés que nous sommes. Elle engendre dans le comportement collectif, ce qui signifie pour moi la partie commune de nos comportements particuliers, les mêmes réflexes de repli sur soi et de recentrage sur le « connu ».

Le « connu » représente ce que nous maîtrisons, ce que nous connaissons, ce que nous comprenons… A bien y réfléchir cela fait vraiment peu de choses face à l’infini de notre ignorance… Et cela entraîne des misérables attitudes de rejet vis-à-vis de ce que nous ignorons, justement, ce qui a pour conséquence immédiate une impossibilité d’apprendre et de parfaire notre connaissance. Le cercle est vicieux car si nous refusons d’apprendre et de connaître, cette ignorance persistante ne peut qu’aggraver nos peurs naturelles, auxquelles s’additionnent les peurs institutionnelles prodiguées par nos gouvernants et leurs affidés les journalistes. Au bout du compte la peur engendre le rejet de la connaissance qui, une fois rejetée, augmente la peur, et il en va ainsi de mal en pis.

L’insécurité, dont tous les candidats à la présidence de l’UMP se repaissent lors de leurs réunions électorales, est le joker qui pare à toutes les situations. Il suffit d’en parler pour générer de facto le besoin de son opposé, la sécurité. Comme je le disais lorsque je parlais du film « V pour Vendetta », ce besoin irrépressible de sécurité nous oblige à accepter la perte de notre liberté contre une protection réelle mais liberticide. En fait, il ne s’agit plus là de protection mais bien de mise sous tutelle d’une population dans son entier, d’un emprisonnement total dans des limites qui sont fixées par le bienfaiteur du peuple, le dictateur. En employant le mensonge pour faire régner la peur on touche le fond de l’ignominie, domaine où excellent nos présidents et dont Sarkozy nous amène la preuve à chacun de ses discours, remplis de haine et distillateurs d’effroi. La sécurité est le maître mot des peureux et c’est bien là le problème.

C’est parce qu’ils ont peur de ne pas être aimés que nos gouvernants visent à nous rapprocher d’eux, à nous faire prendre des postures d’enfants qui courent dans les jupes de leurs mamans pour calmer leurs craintes et éviter la confrontation avec ce qui les effraie. Mais ce n’est pas vivre que d’éviter les confrontations, c’est ce que font les bestiaux que nous élevons afin de nous procurer de la viande à manger. La vie est un risque en elle-même et ce n’est pas en le niant que les risques disparaissent. La vie est une découverte permanente à qui veut la vivre. Pas une seule personne identique aux autres, pas une situation identique à une autre malgré l’apparente insignifiance de nos vies réglées comme du papier à musique, métro, boulot, dodo, mais encore faut-il ouvrir les yeux et agréer sur ce que l’on voit, ce que l’on entend et s’enquérir des raisons qui ont fait que les choses sont arrivées comme elles sont arrivées. C’est par un questionnement permanent et une réflexion personnelle que nous pouvons nous montrer différents des animaux que certains parmi nous continuent de déguster.

C’est par le truchement de nos peurs que le grand jury a finalement relaxé le policier qui tua un jeune noir en août dernier à Ferguson, et qu’un autre vient de commettre le même acte horrible envers un autre enfant ces derniers jours à Cleveland. Nos peurs, conséquences de l’inoculation de ce virus par nos représentants élus ou non, guident nos décisions. Bientôt il sera interdit aux enfants de jouer avec leurs pistolets de cow-boy pour éviter tout excès de zèle des policiers. Même si je suis opposé aux jouets stigmatisant les plus bas instincts des êtres humains, il devient vraiment ridicule de tirer pour des raisons futiles et des craintes qui n’ont pas lieu d’être sur n’importe qui et en particulier des enfants. Aujourd’hui ce sont les jouets demain ce sera la course à pied… En effet, si vous courez c’est que vous fuyez quelque chose, donc que vous êtes potentiellement coupable d’avoir commis un méfait, ceci fera de vous une cible putative pour un policier ou un quelconque sauvage armé jusqu’aux dents avec la bénédiction de l’état américain et du syndicat de fabricants d’armes à feu.

Le fait qu’un grand jury libère un assassin représente la confirmation et l’acceptation que la peur justifie tout. Un policier, dont le métier est de protéger les citoyens, sait que son labeur est plein de risques dont celui de se faire tirer dessus par des malfaiteurs, il ne peut espérer faire croire à quelqu’un de censé qu’il a eu peur d’un enfant de 10 ou 12 ans. On ne peut tuer ainsi sans au moins s’enquérir de ce que la personne sur qui on porte son attention fait ou souhaite faire, c’est la raison pour laquelle on demande aux policiers de faire une sommation avant de tirer et de la répéter tant que la violence n’est pas attestée.

Nous ne devons pas accepter d’avoir peur sur ordre ou sur provocation de nos dirigeants. Nous devons garder notre sang-froid et tenter de comprendre ce qui anime nos propres mouvements de violence et notre incompréhension du monde qui nous environne et se délite peu à peu. Mais il est tellement plus doux de se faire bercer par les sirènes de la pseudo sécurité dont nous parlent nos gouvernants liberticides et corrompus.

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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