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Editôt ou éditard… (122)

Editôt ou éditard... (122)

Hier nous avons eu droit à un festival durant le journal télévisé de France 2 où l’invité d’horreur était le premier sinistre, Manuel Valls. Un festival de quoi me direz-vous, mais un festival du néant, un palmarès du vide où notre danseur de Vienne excelle, un florilège de mots creux qui étaient en compétition entre eux pour savoir lequel en disait le moins. Il est venu juste pour se montrer, juste pour paraître, juste pour communiquer. Mais dans communiquer il n’y a pas que « commu », il y a le reste et c’est bien de cela qu’il s’agit lorsque l’un des plus hauts personnages de l’état s’exprime devant le peuple qu’il asservit à sa méthode de gestion sans dire quoi que ce soit d’intelligible et ayant du sens.

Notre Vème République a cela de fascinant qu’elle a suivi pas à pas, mais avec une dizaine d’années de retard tout de même, ce qu’elle voyait se réaliser aux USA. Notre France, avec sa célèbre exception qui n’en a jamais été une, s’est formatée, a adopté, un modèle qui n’est pas le sien. Nous ne sommes pas comme les Américains, heureusement, nous ne sommes pas comme les Russes ou les Chinois, nous sommes nous-mêmes avec nos qualités et nos défauts. En se façonnant comme son modèle non seulement nous sommes des suiveurs sans imagination mais il nous est de plus en plus difficile de reprendre la main, de redevenir ce que nous sommes et nous nous fondons toujours plus dans une société uniformisée et mondialisée où les seuls points communs des êtres seront les produits qu’ils consomment, tous identiques, issus des mêmes machines manipulées par les mêmes esclaves. L’exception française est un délire parmi tant d’autres qui ne peut trouver de place dans un monde où nous devenons tous identiques.

Faute d’exception française nous trouvons utile de passer devant les caméras de télévision pour dire tout et son contraire comme le font aujourd’hui tous les hommes politiques du monde. Et ce qu’il y a de plus étrange est que la comparution de nos élus ou pseudos élus sur les écrans est inversement proportionnelle au développement de la démocratie dans le pays concerné. En clair, moins il y a de démocratie et plus vous voyez vos chefs sur vos télévisions. Il y a une relation entre ces deux facteurs que nous évoquerons dans un article à venir mais le fait est là, Big Brother est bien parmi nous… L’influence d’un personnage politique, quel qu’il soit, ne se mesure pas à l’étendue de ses qualités, ou de son charisme, ou de sa compétence, mais seulement par le temps qu’il passe face à face, par écrans interposés, avec son peuple. Pire encore, ce n’est pas le temps uniquement mais encore le taux d’audience qui en fait une vedette ou un nul.

C’est pour cela que nos présidents, premiers ministres, ministres, députés et sénateurs, et même les policiers, les procureurs, les juges d’instruction se battent pour être les premiers sur l’échelle du temps de présence et du taux d’audience. Même s’ils ne disent rien, même s’ils ne nous apprennent rien, ils doivent occuper le terrain. Sinon ce même terrain, ce champ de bataille de la communication sera mis à la disposition des compétiteurs, des concurrents qui nous dameront le pion et nous prendront quelques points d’indice d’écoute. Cependant, à leur corps défendant, je dois admettre que si nous ne regardions pas nos télévisions cela s’arrêterait forcément, ils sont vides, creux et méprisants à notre égard mais ils ne sont pas fous. Le succès des chaînes d’information en continu vient du fait que nous avons besoin d’être rassurés. Mais c’est exactement l’inverse qui se produit puisque le peu de vraies nouvelles que nous entendons sont toutes aussi pénibles et effrayantes que possible. Et c’est bien cela que nos représentants ont réussi à faire, à nous rendre peureux, à nous faire éviter le moindre risque, à nous replier sur nous-mêmes et donc nous obliger à leur faire confiance pour notre sécurité.

Le passage de Manu hier n’était qu’une façon de pérenniser son action dévastatrice sur nos esprits de lobotomisés. Les questions de Laurent Delahousse étaient faites pour lui faire dire ce que sa politique attendait qu’il dise afin de continuer à se répandre comme la ciguë dans le corps de Socrate, lentement mais sûrement jusqu’à la mort. Les hommes politiques passent à la télé mais les journalistes sont là pour leur passer les plats, pour les faire valoir, pour leur donner un contenu que naturellement ils n’ont pas. Si vous avez vu l’interview vous avez sans doute remarqué les gestes et mimiques des deux protagonistes de cette galéjade. L’un s’écoutait parler, le journaliste, l’autre ressassait les éléments de langage appris par cœur et répétés en boucle. Quel est ce type de communication où ceux qui n’ont rien à dire ont toujours la parole alors que ceux qui ont des informations et des opinions à mettre sur la place publique sont éliminés de toute forme de communication de masse ? C’est la communication des dictatures !

Alors avant que Monsieur Valls devienne (j’aime cette blague) le démocrate qu’il n’est pas, nous allons le voir régulièrement pour nous faire passer de la peur à l’effroi, de l’homme à l’animal…

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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