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Qu’as-tu fait de bien récemment ?

Qu'as-tu fait de bien récemment ?

« Qu’as-tu fait de bien récemment ? » disait souvent sœur Emmanuelle à ses interlocuteurs, et c’est une sacrée question que celle-là, sans faire de mauvais jeu de mots. J’ai eu la chance de la rencontrer et elle m’avait fait le coup comme aux autres. La bonté naturelle de cette femme était la moindre de ses qualités. Bien sûr elle n’était pas parfaite, mais à faire le total de ses bonnes et ses mauvaises habitudes, tout débat est inutile, c’est le bien qui l’emporte haut la main. Et c’est cela qui compte, c’est un peu comme le bonheur. Le bonheur « extase permanente » n’existe pas, le bonheur c’est l’addition, l’agrégat de tous les petits bonheurs de notre vie qui doit être supérieur à la somme de tous nos petits malheurs aussi.

Les chiffonniers de Mokkatam au Caire sont célèbres de par le monde grâce à Sœur Emmanuelle justement. Par ses idées et son pragmatisme elle a trouvé une solution pour aider des milliers de gens qui crevaient dans la crasse et dans l’oubli de leurs propres concitoyens. La crasse devint leur métier, ils devinrent les éboueurs de la capitale égyptienne et ce n’est pas peu dire. Au-delà du service qu’ils rendent à la collectivité quant au ramassage des ordures, ils font un tri nettement supérieur en termes de qualité que celui fait par la multinationale Véolia qui pense plus à faire de l’argent que de lutter pour un monde moins pollué. Le taux de tri est supérieur à 80 % pour ces enfants et ces adultes qui trient à la main contre moins de 60 % pour les faiseurs de profit qui ne trient que le plus simple et mécaniquement. Elle nous a montré l’exemple, elle nous a ouvert le chemin qui mène au bonheur, celui de se prendre en charge et, en toute responsabilité, choisir de faire le bien, pour les autres et donc pour nous. En donnant à ces misérables de quoi subsister, en les instruisant, elle réalisé des miracles humains.

Il ne faut pas croire que seuls les êtres d’exception sont capables de grandes choses. Cela est donné à tous mais peu choisissent cette voie, encombrée d’obstacles, parsemée d’embuches, mais qui au final, vous donne un bonheur que rien ne peut égaler, celui d’avoir été utile, aux autres, à soi, au pays, au monde et donc à tout l’univers dans son infinie dimension. Aujourd’hui je pourrais hurler sur les agences de notation ou nos imbéciles de gouvernants ou encore aux crétins de l’opposition de gauche comme de droite, mais je préfère prendre l’itinéraire du plus, du mieux, de l’espoir et de l’avenir. Il y a des jours comme cela où il devient difficile, voire impossible, de se contenter de critiquer. Des jours où la construction reprend ses droits et fait oublier que ceux que l’on choisit pour nous représenter détruisent, avec délectation, ce que leurs propres ancêtres ont mis tant de temps et de mal à bâtir, une société humaine. Aujourd’hui je vous propose de vous interroger, comme je le fais et l’ai fait moi-même : qu’ai-je fait de bien récemment ?

Cette question peut nous révéler des choses graves, des situations qui semblent désespérées, en particulier si nous ne pouvons pas répondre à cette question autre chose que : RIEN ! Mais ce n’est pas définitif et la vie, tant qu’on la possède et qu’on en bénéficie, nous permet de changer les événements et d’en créer de meilleurs si nous le voulons. Il n’est jamais trop tard et même si nous sommes les derniers à nous pardonner pour nos manquements et nos erreurs, rien n’est irrémédiable. Tant qu’il y a de la vie, n’y a-t-il pas d’espoir ? Et même si tout est de notre faute, ne serait-ce que partiellement par notre résignation, il n’est jamais trop tard. Il n’est jamais trop tard ! Ne baissons pas les bras, ne nous laissons pas déborder par la tristesse et la passivité, nous pouvons reprendre la main sur nos vies, et préparer celles de nos enfants un peu mieux que ce que nous avions prévu si nous n’avions rien changé. Tout est entre nos mains. Le choix est de notre responsabilité. Tu veux ou tu ne veux pas ?

Notre résistance à la déliquescence de notre société, à son obsolescence programmée, ne dépend que de nous et ne nous demande pas de fantastiques réalisations ou de gigantesques projets. Il suffit de petites choses faites quotidiennement pour changer ce qui nous entoure d’enfer à paradis. Il n’a fallu que se mettre au travail et ramasser les déchets de toute une ville pour redonner la dignité à une population laissée à l’abandon. Grâce à cette prise de conscience de sa propre dimension, cette population de malheureux, de délaissés, s’est trouvée grandie et a repris goût à la vie. Ce n’est pas le travail en lui-même qui génère cet état d’euphorie mais bien le sentiment d’utilité. Pour vous donner un exemple, j’ai préféré continuer à vivre à l’étranger, au Caire et maintenant de plus en plus en Afrique où je suis actuellement grâce ou à cause de cela. Des gens comme moi garnissent les villes de France et ce que je fais peut être réalisé par n’importe qui, en revanche, le peu que je sais revêt une importance considérable pour ceux qui en savent moins que moi et pour qui la vie prend du sens par la transmission qu’il reçoive.

Bien sûr il ne s’agit pas de tous partir en Afrique ou dans le tiers monde pour trouver ce que moi et moi seul ai trouvé. Ce qui est valable pour moi ne l’est pas pour tous les autres. Mais si nous ne nous posons pas cette troublante question, nous ne trouverons jamais ce qui fait de nous des humains à part entière dans le respect de nos différences et de nos goûts personnels… Et surtout, l’exaltation d’être enfin utile à quelqu’un ou quelques-uns !

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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