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« LA » Chronique du week-end… (126)

"LA" Chronique du week-end... (126)

L'année 2015 est à peine née que déjà apparaissent les mêmes vieilles habitudes des pouvoirs qui se suivent lamentablement. Comme chaque début de calendrier des listes de personnes à qui on voudrait rendre grâce font leur apparition. Il en est ainsi de la légion d'honneur qui n'en a plus depuis longtemps. Il est consternant de voir que ce sont les gens les moins bien placés qui remettent des récompenses dont ils n'ont même pas l'ombre du sens ou ne savent pas eux-mêmes ce que peut être le mérite. La définition du ridicule touche à son paroxysme lorsque la médaille du mérite, justement, est remise par des personnalités connues et reconnues depuis des décennies pour leur incompétence démesurée…

Heureusement, des destinataires intelligents refusent ces distinctions de pacotille, qui ne vous font d'autre honneur que celui d'entrer dans le monde des mécréants qui vivent d'un système qu'ils ne veulent absolument pas changer puisqu'ils en sont les seuls bénéficiaires. Cette oligarchie, entretenue par un entre-soi omniprésent et continu, se complaît dans ces remises de prix et des possibilités qu'elles procurent de passer devant des caméras qui améliorent, dans le meilleur des cas, ou détériorent, la plupart du temps, l'opinion du public à leur égard. Thomas Piketty, auteur reconnu dans de nombreux pays du monde mais beaucoup moins dans le sien, la France, devait recevoir la breloque à mettre sur sa veste et qui porte le nom, donné par Napoléon 1er mais qui a bien perdu de sa superbe depuis, la légion d'honneur. Il ne la recevra pas car il l'a refusée comme beaucoup d'autres avant lui et non des moindres.

Ce besoin de reconnaissance, dont ont besoin les esprits les moins forts parmi les génies qui garnissent nos stades, nos laboratoires, nos sièges sociaux, enfin tous les endroits où on trouve des gens épris de pouvoir et prêtes à tout donner, y compris leur honneur, pour en avoir. Même si ce pouvoir est ridiculement reconnu via une rosette qui n'a pour but que de vous catégoriser parmi la nomenklatura. Piketty avoue « Je refuse cette nomination, car je ne pense pas que ce soit le rôle d'un gouvernement de décider qui est honorable », a-t-il expliqué, ajoutant que l’État « ferait bien de se consacrer à la relance de la croissance en France et en Europe » plutôt que de distribuer ces distinctions. Même si je ne partage tous les points de vue de cet auteur remarquable et en particulier son culte de la relance de la croissance, je trouve son jugement tout à fait honorable, plus honorable que celui de recevoir une récompense qu'il mérite sûrement mais dont les distributeurs automatiques ne connaissent pas la vraie valeur alors que ce sont eux qui la distribue dans d'autres buts, souvent inavouables.

Comment comprenez-vous que cet économiste ait été reçu par les conseillers d'Obama et que nos gouvernants ne lui ait même pas demandé l'heure ? Moi, la stupéfaction et la colère m'ont envahi lorsque je l'ai appris. Comment féliciter un personnage, dont je suis certain qu'aucun des proches du président n'a pris le temps si ce n'est de lire l'ouvrage ou, au moins, de demander à son auteur quelques explications ? Nous avons là une preuve de plus de l'opportunisme de nos hommes politiques qui remercient que ceux qui peuvent « arranger » leurs affaires ou leurs images. Quelle honte, un président étranger et pas des moindres, le plus grand manipulateur que la terre porte en ce moment, demande, via ses aides-de camp, à un auteur français de lui expliquer le sens de ses textes afin d'en comprendre les finesses et, éventuellement, d'en tenir compte dans ses décisions à venir. La honte ne réside pas dans le fait que Barack ait demandé des explications mais bien dans l'absence de cette même demande par le nôtre, notre président qui préfère dîner grassement avec ses copains et quelques Français triés sur le volet.

Dans toutes les républiques bananières les médaillés ne manquent pas. Ils sont nombreux et collaborent activement à la survie de régimes pernicieux et autoritaires qui n'ont rien de démocratiques. Il n'était pas rare de voir des poitrines couvertes de métal doré chez les vieux briscards de l'ancienne URSS comme aujourd'hui dans la nouvelle Russie. Ces armées de récompensés me font penser à l'armée mexicaine où il y a plus de généraux que d'hommes de troupe… Heureusement le ridicule ne tue pas… ou malheureusement ? La même remarque peut se faire sur tous ces prix, ces Césars, ces Oscars, ces récompenses en tous genres. En quoi avons-nous besoin de cette reconnaissance publique ? En quoi est-ce utile de se faire honorer par ses pairs ? Si ce n'est que pour flatter notre ego, nous faire gonfler une poitrine couverte de la preuve de notre compétence ou de notre talent. Lorsque l'on voit que Barack Obama, le guerrier et le bourreau qui pérennisa Guantanamo et ses tortures, a reçu le Nobel de la paix, que Tyrol reçut celui de l'économie alors que ce qu'il vante a prouvé depuis des décennies que ça ne fonctionne pas, quelle valeur pouvons-nous donner à ces simulacres de la reconnaissance ? Aucune.

Comme Léo Ferré, Georges Brassens, Pierre Curie, George Sand, Claude Monet, Georges Bernanos, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Jacques Tardi, Annie Thébaud-Mony, et tant d'autres, Piketty a dit non à cette parodie. Bravo à lui et à tous ceux qui firent de même.

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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