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« LA » Chronique du week-end (129)

"LA" Chronique du week-end (129)

Le Français est une langue riche, pas d’argent bien sûr mais de tout le reste. Je dis souvent que notre langue est une de celles avec lesquelles on peut penser, discuter et philosopher. Contrairement à l’Anglais, qui est une langue riche dans son acception ancienne, avec Shakespeare par exemple, mais devenue pauvre par la mise en avant de l’efficacité financière et matérialiste prônée par les Américains et qui fut adoptée par la majorité des états anglophones. La suprématie de la matière sur l’esprit est née il y a fort longtemps mais n’a jamais été aussi forte que depuis que des colons européens ont créé les Etats Unis que nous connaissons aujourd’hui, qui mirent la réussite matérielle au-dessus de tout. Le Français est une langue pour penser, l’Anglais pour agir, les deux pour manipuler…

La dialectique de nos édiles et autres mandataires du peuple nous manipule, vous ne me croyez pas ? Je vous donne un exemple. « Radical » est un mot qui a du sens, je dirais même des sens. Voici ce qu’en dit le Larousse maintenant :

Qui appartient à la nature profonde, à l'essence d'un être ou d'une chose : Vice radical d'une constitution.

Qui présente un caractère absolu, total ou définitif : Une transformation radicale des institutions.

Se dit d'un genre d'action ou de moyen très énergique, très efficace, dont on use pour combattre quelque chose : Une action radicale contre la fraude.

Qui appartient à la racine d'une plante.

Qui appartient au radical ou à la racine d'un mot.

Il fut un temps où ce mot ne parlait que des deux dernières lignes de leur définition, l’aspect racine, source. L’usage aidant, il a été transformé en une signification négative, voire péjorative lorsqu’il est associé à d’autres mots qu’il renforce dans leur négativisme. Prenons par exemple le mot gauche dans le langage politique, il n’a rien d’avilissant, il décrit une tendance, une manière de penser les rapports sociaux des êtres dans une société. Si vous y ajoutez le mot « radicale » vous le changez en « gauche radicale » et là le sens devient complètement différent. On fait muter un terme générique d’un mode politique en une expression devenant la caricature de la précédente par sa contenance d’un esprit d’extrémisme, de jusqueboutisme, d’intégrisme. Lorsque les journalistes parlent de la gauche radicale de Syrisa c’est pour montrer des dangers qui n’existent que dans l’esprit des conservateurs qui les paient et qui les mandatent pour faire passer leurs idées négatives à l’encontre de gens qui veulent évoluer, essayer autre chose.

Si vous associez « radical » à Islam ou à quoi que ce soit vous passez immédiatement d’une religion à une vue tout à fait extrême de celle-ci pour continuer sur l’exemple de l’Islam. Mais il en est de même pour tous les mots auxquels on adjoindrait le fameux « radical » qui tend vers l’absolu tous les termes qui y sont liés. Il en est ainsi des langues, on peut les utiliser pour le bien comme pour le mal, pour le vrai comme pour le faux, tout dépend en fait de la bouche qui émet ces sons et des pensées qui l’animent. Lorsque tous les chroniqueurs discutent entre eux, aucun ne remet en cause l’usage du mot « radical » dans le mouvement que représente un espoir pour la Nation grecque. Ils sont tous d’accord pour parler de « gauche radicale » pour Syrisa. Or il ne s’agit pas de gauche radicale mais bien d’une gauche traditionnelle car aucune révolution sanguinaire, aucun échafaud, aucune extermination stalinienne n’est jusqu’au moment où j’écris prévue. Ce ne sont pas des révolutionnaires mais bien des gens qui autrefois se seraient aisément retrouvés dans un « vrai » PS, ou tout au plus dans un PC comme après la chute du mur de Berlin.

Avez-vous noté que jamais ô grand jamais le mot « radical » n’est associé à libéralisme ou capitalisme ? Il n’est pourtant pas difficile de constater que nous retournons à grands pas vers les affres des années du début du XXIème siècle où les excès de ces deux techniques de direction des sociétés nous ont été connues et font encore souffrir bon nombre de sans-dents. Mais les journalistes, comme tous les politiciens convaincus que la solution est surtout de ne rien changer, préfèrent le ventre plein de la continuité au risque de régime apporté par l’aventure de la nouveauté. Ils ne souhaitent aucune autre recette que celles, éculées, usées jusqu’à la trame, de la croissance magique qui n’a jamais, je dis bien jamais, apporté une solution durable au plein emploi. Tout simplement parce que le plein emploi n’est pas réellement voulu, désiré.

C’est la raison pour laquelle on cultive une proportion importante de chômeurs, cela permet de maintenir une pression constante contre toute hausse salariale. C’est aussi la raison pour laquelle on parle sans cesse de compétitivité en nous comparant à des pays où rien ne peut être comparé au nôtre, tant au niveau économique, que social ou politique. Nous ne pouvons pas jouer contre la Chine qui est diamétralement opposée à notre système économique et politique, c’est tout simplement impossible. En revanche, nous ne devrions commercer qu’avec des peuples et des Nations qui partagent nos valeurs et le respect de notre Humanité.

En conclusion, méfiez-vous du langage, soyez certains de bien comprendre ce qu’on vous dit et surtout ce qu’on sous-entend derrière les mots que l’on manipule pour vous berner et vous ravir votre libre-arbitre.

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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