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Liberté d’expression à géométrie variable

Liberté d'expression à géométrie variable

Les meilleures choses ont une fin, j’en remercie tous les Dieux disponibles et même ceux qui ne le sont pas. Il est temps de remettre nos esprits en place et de retrouver le sol alors que nous planons depuis la fin tragique, mais positive, des événements de la semaine passée. Mais comme on le dit souvent, point trop n’en faut. Une sauce qui a bien pris ne doit pas cuire indéfiniment et si nous ouvrons les yeux sur la situation du monde aujourd’hui, elle n’est pas plus brillante qu’elle ne l’était avant le massacre organisé chez nos amis de Charlie Hebdo mercredi dernier. Je dirais même qu’elle a singulièrement empirée. Sauf que l’expression loin des yeux loin du cœur prend tout son sens dans notre société occupée à se regarder le nombril en permanence.

Pendant que nous pleurions et défilions pour nos 17 victimes de l’intolérance et de la barbarie, des milliers de personnes, dont une majorité d’enfants furent massacrés par les sauvages de Boko Haram au Nigéria et au nord du Cameroun. Bien entendu, 2000 morts c’est beaucoup moins grave que nos 17 victimes qui étaient blanches, juives ou chrétiennes ou athées, européennes et journalistes. Je parlais avec un de mes amis hier soir et il me disait que dans les médias ils parlent de morts au kilomètre. Cela signifie qu’un mort près de chez soi est plus important pour le téléspectateur que les milliers de morts loin de chez lui. C’est absolument odieux. Cette valorisation de l’être humain est tout bonnement aussi sauvage et barbare que les terroristes que nous décrions. Les jeunes qui n’ont pour choix que la drogue, la rapine, ou le jihad sont aussi victimes de cet état de fait. En quoi ? Eh bien c’est simple, qui, parmi les gens biens, les classes moyennes de notre belle France, se préoccupe du cumul d’erreurs et d’égarements que nos gouvernants ont réalisés depuis une quarantaine d’années au moins ? Personne. Nos hommes politiques ne savent pas ce qu’est la vraie vie de leurs citoyens les plus politiquement corrects comment voulez-vous qu’ils soient au courant de ce qui se passe dans les cités ?

Nous sommes responsables, les dirigeants parce qu’ils ont créé cette situation et nous parce que nous les avons laissé faire. La moitié des pays du monde ont des lois qui interdisent le blasphème dont presque une dizaine en Europe, comme en Grèce par exemple. Ce qui place la religion dans une position de force eu égard à tous les autres besoins dont les peuples ont besoin et qui ne sont pris en compte que très superficiellement. Le manque de vision de nos gouvernements et de notre classe politique, son absence totale de lien avec ses citoyens, sont le ferment de tous ces prédicateurs qui ont, pour leur part, un avenir à montrer à nos enfants. Bien sûr, cet avenir promis par des fous de Dieu n’est pas aussi beau à l’arrivée qu’au départ, mais nos enfants ne connaîtront jamais que le départ… Alors qu’ils n’ont de toute façon rien à perdre, ne nous étonnons donc pas du choix de ces enfants que nous avons abandonnés à eux-mêmes pour lutter toujours plus pour notre confort et notre instinct de propriété.

Nous sommes racistes mais notre sélection du bon et du mauvais est à géométrie variable. Comme notre liberté d’expression qui est, elle-aussi, à géométrie variable. Si Charlie Hebdo a le droit de parler, tout le monde doit jouir du même droit, que ce soit le pollueur Dieudonné ou la Marine du FN aux haleines fétides, car je vous le demande, qui peut s’arroger le droit de dire que cela est bien et que le reste est mal ? Qui nous protégera de celui qui aura le pouvoir de choisir et de déterminer qui peut et qui ne peut pas parler ? Ce qui est pénible est que dès que quelqu’un dit du mal des juifs il est taxé de nazisme, mais dès que cette même personne dit du mal des arabes, donc, dans l’esprit des imbéciles, des musulmans, c’est déjà plus « normal », moins grave. Faut-il faire une Shoah des musulmans pour qu’ils aient un pays pour les Palestiniens ou qu’ils soient un peu plus respectés, comme devraient l’être tous les êtres humains. Tout le monde peut tout dire ou personne ne peut rien dire, la liberté d’expression n’est pas à géométrie variable, définitivement elle est ou elle n’est pas. Je rappelle, à toutes fins utiles, que ces gens sont des Français et que leur religion est une caractéristique personnelle et intime. Si cette même caractéristique les empêche d’être de vrais Français, qu’ils s’en aillent où ils trouveront leur bonheur. Dans le cas contraire, qu’ils continuent de vivre avec nous en paix.

Les beaux discours de Vals ou de Hollande sont des mots, les chants entonnés par les députés sont des notes de musique sur lesquelles sont greffés d’autres mots qui ont du sens, qui firent que nos ancêtres donnèrent parfois leurs vies pour les avoir défendus. Mais les mots ne suffisent pas, maintenant les actes doivent les remplacer pour ne plus jamais reconnaître ça. Nous verrons demain comment nos politiciens vont envisager l’avenir de notre république bananière, mais je crains fort que l’épisode de la semaine passée ne sera qu’un souvenir vite estompé et que les mesquineries et les mensonges en tout genre vont reprendre le dessus. Notre pays, par ces derniers événements, a une chance dans son malheur, il peut se remettre en question, nos hommes politiques pourraient se remettre en question, la crise que nous traversons n’est pas une crise, elle est la fin d’une société, la fin d’un style de vie, la fin d’un ancien monde et nous n’avons même pas imaginé le suivant par négligence coupable.

Combien de temps, combien de victimes devrons-nous compter parmi nous avant de se mettre vraiment à changer les choses ? Cela ne dépend que de nous, pas de nos représentants, seulement de nous, les citoyens…

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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