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Editôt ou éditard… (132)

Editôt ou éditard... (132)

Dans le film « rive droite, rive gauche » Depardieu, jouant le rôle d’un avocat célèbre et efficace au service d’un homme d’affaires peu scrupuleux, dit la sentence suivante : « est-ce qu’un avocat qui défend un salaud est un salaud ? » ou quelque chose comme ça. C’est une sacrée bonne et intéressante question, vous ne trouvez pas ? On peut même pousser le raisonnement encore plus loin. Devenons-nous corrompus si nous acceptons d’être représentés par des corrompus ? Y a-t-il une transitivité entre nos représentants et nous-mêmes ? En fait, la question réelle et pertinente est tout simplement : sommes-nous, oui ou non, responsables de ce que nous faisons, par nos actes, nos votes, et plus si affinité ? Sacrée question, non ? La réponse est dans la question, comme toujours !

La responsabilité, une donnée complètement absente de la Constitution de la cinquième République, est une chose difficile à définir. Tout d’abord ne peut être responsable que celui ou celle qui en a la capacité, c’est-à-dire quelqu’un qui possède l’instruction, la culture et la compréhension de ce terme ô combien noble mais tant galvaudé. Là ce n’est déjà pas gagné, comment voulez-vous faire comprendre à un gamin des banlieues qui dispose d’un vocabulaire de 500 à 800 mots ce que « prendre ses responsabilités » signifie ? Et même des gens dits « normaux », pas des sans dents, mais juste au-dessus, qui travaillent mais qui n’ont fait que peu ou pas d’études. Croyez-vous que nous pourrions facilement leur faire assimiler le concept même de responsabilité ? La démocratie comme la responsabilité sont des produits réservés aux riches, aux instruits et aux cultivés, tant que les écoles fabriqueront des ânes, hors de question de faire comprendre quoi que ce soit. Ne voyez aucune allusion disgracieuse ou péjorative à l’encontre des gens peu instruits, la plupart du temps, s’ils sont dans cet état de connaissances générales, ce n’est certes pas de leur faute mais bien celle d’une école qui n’est pas faite pour enrichir mais seulement pour formater.

Mes parents n’avaient jamais fait d’études mais la vie, à leur époque, avait encore des valeurs de base qui étaient encore bien ancrées dans les mœurs de leur génération. Aujourd’hui il en est autrement, bien autrement… Le matérialisme exacerbé est passé par là. Mais admettons que tout le monde bénéficie du degré minimal de connaissances permettant la complète assimilation du terme responsabilité et de ce qu’il représente. Les questions restent posées. Dans le dicton « qui ne dit mot consent » nous trouvons une solution possible qui, même si elle n’est pas à notre avantage, n’en est pas moins présente. Cela signifie en clair que le fait de ne rien dire nous rend complice des actions, contre ou pour lesquelles, nous nous abstenons de montrer notre éventuelle désapprobation. Je dois bien vous avouer que mon désir d’adopter ce point de vue est fort. Nul n’est obligé d’abonder dans un sens qui n’est pas le sien propre. Nul n’est contraint d’adopter un point de vue qui n’est pas le sien propre. Nul n’est condamné à suivre les opinions des autres, quels que soient ces autres. Encore faut-il en être capable.

Donc, nous voyons que pour devenir responsable, il faut être capable de comprendre ce que cela entraîne ainsi que d’être aussi en capacité de résister, de dire le contraire du ou des autres pour affirmer son point de vue. Cela fait beaucoup de capacités pour un seul être, non ? Mais si on ne les a pas, est-ce que leur absence fait vraiment de nous les complices de ce que nous ne voulons pas au plus profond de nous-mêmes ? Ce n’est pas le manque qui nous condamne mais bien la conscience de ce manque et de ce qu’il génère comme conséquence qui font de nous des adeptes du sens de la culpabilité dont notre société judéo-christiano-musulmane nous menace sans cesse. Malgré cela je considère que notre complicité est totale, même si on ne comprend rien, même si on ne voit pas toutes les conséquences de ce que nous faisons ou ignorons, nous sommes responsables et notre résignation ne fait qu’ajouter à notre culpabilité. Notre silence coupable, notre lâche acceptation, notre traitresse résignation vis-à-vis de notre propre humanité ne fait que nous accabler toujours plus et détruit nos existences de l’intérieur.

En fait ne nous faudrait-il rien d’autre que du bon sens pour bien appréhender les conditions de nos vies, les relations, les connexions devrais-je dire, les réseaux comme c’est la mode, qui font que nous nous créons nos propres peurs en acceptant celles qui nous sont imposées par nos dirigeants. L’autocensure, à laquelle les journalistes faisaient référence en parlant de Charlie et qui caractérisent la majorité de nos vedettes des informations du petit écran, n’est qu’une des facettes que prennent nos peurs professionnelles et carriéristes, il y en a d’autres, combien de brimades, d’injures ne sont-elles pas supportées par des salariés, qui préfèrent souffrir en silence en torturant souvent leur propre famille par leur nervosité et leur angoisse persistantes, c’est aussi à cela que sert le chômage. Tout est fait pour nous mener vers des objectifs qui ne sont pas les nôtres, mais notre crainte des résultats de notre résistance fait que nous nous tenons silencieux alors que nous devrions hurler.

D’une manière comme d’une autre, avec bon sens ou pas, avec instruction, culture et plus encore, nous ne devons plus rien accepter que nous ne souhaitions pas. La solidarité entre nous devrait nous rassurer quant aux conséquences de nos combats… Mais la solidarité existe-t-elle encore, ce mot a-t-il plus de sens que responsabilité ?

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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