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Editôt ou éditard… (133)

Editôt ou éditard... (133)

« Tu es libre seulement les moments de ta vie où tu fais des choses qui te plaisent, et tu n'es pas libre dans les moments de la vie que tu dois consacrer purement et exclusivement à gagner de l'argent. Donc, pour avoir de la marge, pour pouvoir dépenser le temps de ta vie, qui est l'unique marchandise que tu ne peux pas acheter, tu dois le dépenser le moins possible pour toutes les autres choses, afin d'avoir du temps pour toi-même. C'est ça la liberté. »… « La vie ne doit pas servir la marchandise ». Ce ne sont pas des paroles bibliques ou philosophiques mais celles du Président de l'Uruguay, José Mujica… C'est quelque peu différent de ce que disent les langues de bois qui garnissent les ors de notre République, non ?

Non, ne croyez pas qu'il soit parfait, ce président, comme tous les autres et comme nous-mêmes, il n'est pas parfait. Malgré des apparences politiques quelque peu décroissantes il développe son pays selon des critères toujours capitalistes et des méthodes qui ne feraient pas rougir les patrons du CAC40. Cependant, sa vie frugale, ses propriétés inexistantes, son véhicule anodin (une coccinelle), ses points de vue assez révolutionnaires compte-tenu des pressions qui l'assaillent, en font un président digne, honnête et loyal. Bien sûr il trahit ses principes en poussant son pays à prendre une place qu'il n'a toujours pas dans le concert des nations mais qu'il mérite tout autant que les autres, mais cet ancien gauchiste, qui passa 12 années dans les geôles de la dictature qui gouverna l'Uruguay de 1973 à1985, cet ancien guérillero des Tupamaros durant les années 60-70, montre le chemin que nos dirigeants devraient suivre. Il vit loin des ors de sa République et ne travaille que 5 jours par semaine en rentrant tous les soirs à la ferme de sa compagne où ne l'attendent pas des escadrons de gendarmes mobiles ou autres militaires de faction pour sa sécurité.

Pourquoi ce personnage riche en couleurs fait-il l'objet de mon attention aujourd'hui ? Tout simplement parce que la liberté, dans toutes les bouches depuis l'affaire Charlie, est autre chose qu'un produit. C'est exactement ce que José Mujica explique dans la citation que j'ai mise en introduction. La liberté c'est un esprit avant tout et à elle seule elle ne justifie pas tout. Elle est la source de tout mais pas une justification. C'est dans nos actes et par nos actes que nous serons jugés, un jour, soit par nos paires, soit par des divinités que je laisse à chacun le loisir de choisir. Ce que nous faisons nous caractérise, nous décrit, nous montre tels que nous sommes. La liberté, si nous l'employons pour nous intégrer dans des modèles qui ne sont pas les nôtres, si nous l'utilisons pour mettre en valeur nos forces et notre puissance, n'est pas utilisée selon le critère énoncé par le président uruguayen.

Il dit bien qu'il faut que tes actions soient faites dans le respect du plaisir qu'elles engendrent pour toi. Or lorsque nous faisons des actes dans le but d'atteindre un objectif qui rejoint cette notion de plaisir personnel mais pris dans son acception la plus large et la plus profonde qui rejoint le sens de « bonheur », l'intérêt dans lequel nous réalisons ces faits est plus que personnel. Il est nous et nous sommes lui. Lorsque nos actes sont faits pour complaire ou obtenir des satisfactions qui nous sont certes agréables mais sans pour autant faire naître notre bonheur profond et intense, ceux-ci ne sont pas réellement personnels. Cet intérêt, souvent concret ou purement social, est diffus et intéressé, il a pour but ultime de générer un profit, matériel ou non, qui répondra à un de nos besoins sans pour autant représenter notre « bonheur » profond. Pour donner un exemple, je dirai que celui qui ne travaille pas pour de l'argent mais parce qu'il juge que son travail est la réalisation de son bonheur intrinsèque, qui est prêt à vivre dans la frugalité, dans l'humilité dues à une réussite financière discutable et certainement pas valorisante socialement, celui-là touche au bonheur. Combien sommes-nous à prendre plaisir à faire ce que nous faisons ? Je vous laisse le soin de vous poser la question…

Sommes-nous prêts à laisser nos conforts, nos habitudes de riches, même pour les plus modestes d'entre nous qui sont et seront toujours plus riches et mieux lotis que des millions d'autres, qui meurent chaque jour de toutes les manières possibles et imaginables ? Sommes-nous prêts à abandonner nos joies factices pour atteindre au vrai bonheur, celui qui nous transcende et nous fait toucher au nirvana ? C'est la réponse négative qui l'emporte aujourd'hui, nous ne sommes pas prêts à atteindre le bonheur, le vrai. C'est la raison pour laquelle la révolution n'aura pas lieu, c'est aussi la raison de notre résignation et de notre respect immature pour une société qui nous pressure, nous exploite et nous détruit en tant qu'être humain pour faire de nous des consommateurs lobotomisés.

Que José Mujica soit comme il est, cela représente déjà presque un miracle en soi. Il est étonnant que les Américains n'est pas encore envoyé la CIA faire un coup d'état chez lui pour mettre un gueux à leurs ordres à sa place… Mais on ne sait jamais…

A bon entendeur, devenez sourd.

Haroun.

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