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« LA » Chronique du week-end (131)

"LA" Chronique du week-end (131)

Le pouvoir des mots, ou des maux comme dirait ma compagne, est plus grand que beaucoup ne l’imaginent. C’est sans doute pour cela que les dirigeants de la planète s’entendent au moins sur une chose, la destruction de toute maîtrise du langage, quel qu’il soit, et son mélange avec des langues plus simples comme l’Anglais par exemple, pas l’Anglais de Shakespeare bien entendu, mais l’Américain des endroits perdus du Texas ou Wisconsin, où les seuls sujets de conversation sont le « business et les dollars ». Je le dis souvent, le Français est une langue pour philosopher, l’Américain est celle des affaires vite faites et rémunératrices, une langue pour l’abstraction, l’autre pour le matérialisme exacerbé. Le pouvoir des mots crée chez nos politiques l’envie de parler, par exemple en conférence de presse…

Pourquoi rassembler des journalistes pour répéter ce que nous entendons tous les jours, parce que justement les mots ont de la puissance et l’art de les dire bien tient rôle de pouvoir de conviction et donc de persuasion. C’est pour cela que nos édiles s’entourent de conseillers en communication, en image, et en tout un tas d’autres choses aussi futiles que couteuses. Quand ce que nous avons à dire est banal, il faut organiser une théâtralisation des propos pour leur donner l’importance qu’ils n’ont pas par leur contenu. L’avantage de la conférence de presse est qu’elle institue, en fonction du lieu où elle se déroule, une ambiance qui correspond, si l’on est bien conseillé, à la nécessité de de convaincre. L’Elysée est bien évidemment l’endroit rêvé pour faire passer n’importe quel message anodin en lui donnant la solennité qui l’ennoblit.

Si vous repassez en les écoutant vraiment les allégations, constats, promesses de notre président à titre temporaire, vous comprendrez bien que rien n’a vraiment été dit. Oui, nous avons entendu du bruit, celui délivré par les lèvres purpurines de Hollande, mais que contenaient ces sons ? Rien, rien de nouveau, l’esprit du 11 janvier qui est déjà mort et enterré ? Même pas, le vide intersidéral. Des promesses, qui resteront comme les précédentes toujours sans suites, nous ont été faites encore, qu’en sera-t-il de celles-ci ? Nous n’en savons rien mais nous avons écouté, de moins en moins, mais les médias sont là pour répéter en boucle les babillements de notre président. Cependant, le fait de les avoir écoutés, ces propos insipides qui ne passeront jamais à la réalisation, nous ont déjà quelque peu persuadés car nous espérons toujours que quelque chose améliore notre situation actuelle, nos espoirs prennent le relais de notre raison pour nous éviter le suicide ou l’insurrection.

Tout est là, tout ce que nous disent les uns et les autres, quel que soient leurs partis politiques, n’est qu’une sempiternelle ritournelle sans intérêt qui ne donne jamais lieu à concrétisation. Les lendemains qui chantent nous sont promis mais dès que ces espiègles de la politique ont pris le pouvoir ce n’est que pour prendre l’exact contre-pied de ce qu’ils nous avaient promis quelques jours plus tôt. Malgré cela nous continuons de voter, de moins en moins il est vrai mais tout de même, c’est tellement plus qu’en Suisse ou aux USA. La raison qui justifie notre comportement débile et incohérent repose sur notre volonté de croire, notre désir de faire confiance, notre rêve de paix et de bonheur et tout ce qui nous est dit dans ce sens est toujours ressenti avec délice parce qu’attendu. Nous avons besoin d’amour, de vérité, de joie, de partage mais nous l’avons oublié. Pas nos hommes politiques qui savent jouer sur nos points sensibles pour gagner nos votes et leur donner le pouvoir qu’ils convoitent tous pour eux-mêmes et leurs bandes respectives.

A cela s’ajoute le fait que les promesses qui nous sont faites nous désolidarisent des efforts à fournir pour obtenir des résultats mirifiques qui ne viendront jamais. On nous promet tout et surtout sans souffrance. Ils s’occupent de tout, les bougres, et nous n’aurons qu’à manger cette manne venue du ciel pollué que nous sert la gente politique. Et c’est exactement ce que nous attendons d’eux, de belles promesses de jours heureux avec un minimum de sacrifice à faire pour en bénéficier. Alors que la morale qui nous oblige depuis des siècles, la célèbre règle établie par notre judéo-christianisme, qui persiste dans la gloire au travail, à la souffrance et au sacrifice, devrait nous permettre de nous imperméabiliser contre la facilité dans laquelle nous font baigner nos faiseurs de promesses professionnels. Il n’en est rien. Nous préfèrerons toujours le moindre effort car l’homme n’est pas fait pour travailler, il est fait pour vivre, ce qui est foncièrement différent. Nous ne sommes pas programmés pour travailler, pour produire, nous sommes les détenteurs d’un pouvoir extraordinaire, celui de refuser de continuer à détruire nos vies en travaillant, en gaspillant le peu de temps que nous avons à passer sur cette terre à nous rompre les reins au travail pour obtenir au bout du compte une retraite qui ne sera que peu ou pas perçue. N’est-ce pas stupide de consacrer sa vie entière à mettre de côté de l’argent que nous ne pourrons pas dépenser dans de bonnes conditions à la fin de notre période de service professionnel ? Et encore, seulement si notre argent ne nous sera pas pris par le système pourri dans lequel nous nous complaisons et auquel nous nous résignons dans l’absence de tout autre espoir.

Quel programme ! Et tout ça rien qu’avec des mots… Ou des maux ?

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

1 Comment

  1. Elhias Répondre

    Il me revient en mémoire un mot du Dalaï-lama :
    L’homme occidental passe la première moitié de sa vie à se détruire la santé au travail pour accumuler de l’argent, puis le dépense pendant la seconde moitié pour restaurer sa santé …

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