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Toussaint reste… pragmatique

Toussaint reste... pragmatique

Brice Toussaint, présentateur des pseudos journaux du matin chez ITélé, prédit une baisse des cours de bourse de l’action TF1 à la bourse de Paris suite au décès de personnalités sportives dans un crash de deux hélicoptères. Il faut dire que ces gens tournaient une émission à gros budget de télé-réalité, « Dropped ». La compassion des mondes, du sport, de la politique, du spectacle, est en plein délire pour tous ces disparus, même Manuel Valls a dit que la France était en deuil… Mise à part la profonde et réelle tristesse que je peux avoir, et que j’ai en l’occurrence, pour les familles et les proches, je trouve ce cirque absolument exécrable, hypocrite, exagéré, en un mot comme en mille, démentiel. Tout ça pour passer à la télé, la larme à l’œil lui-même dirigé sur les statistiques d’écoute et les côtes de popularité… Quelle honte ! Rien ne nous sera épargné.

Bien sûr que la mort d’êtres chers est une source de souffrance incommensurable, mais de là à faire mine d’aimer des gens connus et reconnus pour leurs talents, pour en tirer des profits personnels… C’est assez repoussant, franchement déplorable et assez caractéristique de notre société incapable de montrer de véritables sentiments autrement que pour tout ramener à ceux qui en font la démonstration. Cette superficialité, ce manque de réelle empathie, mot à la mode très employé mais trop peu appliqué par nos journaleux verbeux et intéressés, est la preuve de nos absences totales de vraie compassion, de ce véritable amour des êtres qui nous fait partager la peine même que ceux que nous ne connaissons pas, mais qui représentent des gens aimés par d’autres que nous, de qui nous nous rapprochons par solidarité humaine, par fraternité. C’est d’amour que nous manquons, de rien d’autre, mais pas des démonstrations d’amour, du vrai, du pur, enfin de l’Amour avec un A majuscule.

Alors les nécrologies, les bios comme disent les professionnels du monde télévisuel, tournent en boucle avec l’absence de pudeur et de véritable discrétion qui devraient être liées à la solitude intérieure que l’absence des disparus génère chez ceux qui les aiment de tout leur cœur. Cette rengaine, ce fleuve d’images, toutes aussi morbides malgré les situations, parfois cocasses, montrées sur nos écrans, n’est fait que pour vendre de la publicité. Les larmes font toujours le même effet sur le commun des mortels, elles le poussent à mettre un peu de compassion et de bonté dans ces actions immédiates. Pourquoi montre-t-on des enfants myopathes, des affamés, si ce n’est pour éveiller en nous de meilleurs sentiments et de la générosité ? Je hais la mise en scène de la misère humaine, et je hais de même ceux qui la font pour en tirer des satisfactions matérielles qui n’ont rien à voir avec une quelconque compassion et encore moins de l’Amour. Le problème est toujours le même, nous regardons ces images, nous nous repaissons de cette morbidité lucrative dont font preuve nos médias au lieu du respect et de la solidarité réelle et profonde qu’on devrait en attendre. C’est encore nous qui les faisons vivre de nos morts !

Mais le Toussaint a fait vraiment fort en parlant des cours de l’action de TF1, il a montré sa vraie dimension, petite, si petite, tellement médiocre. J’ose espérer que les parents et amis, les vrais, des décédés n’ont pas entendu cette phrase lamentable qui en dit long sur son auteur, même s’il trouvera rapidement des excuses pour cet écart d’humanité, je lui fais confiance pour cela. S’il y a une chose dont on se moque lors d’événements de cet ordre c’est bien de cours de bourse, non ou je me trompe ? Mais pas Toussaint, il est vrai qu’il porte le nom d’une fête qui n’est plus rien d’autre que la fête des fleuristes, on peut comprendre qu’il ne s’intéresse qu’à l’argent. Plus rien n’a de signification, plus rien n’a de sens, plus de densité, que du vent et de l’argent. Je pleure ces morts qui défendaient sans le savoir, ou en le sachant, ce type de société dont ceux qui leur survivent, pas ceux qui les aimaient mais tous les autres, devraient être heureux de leurs décès pour ce qu’il va leur produire. Jusqu’où ira se nicher le commerce et la recherche du profit ?

Alors oui, je pleure mais je ne pleure pas que pour eux, je pleure aussi pour les centaines de milliers de personnes qui vont mourir aujourd’hui dans le monde, dans d’atroces souffrances, de la guerre, de la faim, de la soif, de maladie, d’abandon. Je pleure pour toutes les femmes qui sont en train de se faire violer maintenant et durant cette journée, elles seront des milliers. Je pleure pour tous ces enfants abandonnés à eux-mêmes dans les rues des pays pauvres que nous rackettons et que nous spolions. J’ai des millions de raisons de pleurer, j’ai des millions de raisons de souffrir et je souffre de cela tous les jours de ma vie depuis que je me suis rendu compte que nous habitions tous sur une petite boule bleue où nous sommes les voisins du même palier d’un immeuble en train de s’effondrer ou qui court à sa destruction avec un empressement incroyable. Parfois les Hommes me font peur, leur gigantesque inconscience est abyssale et nos larmes ne rempliront jamais ce trou béant qui va nous engloutir tous, mais souvent je suis rassuré car s’il est vrai que nous sommes stupides, nous sommes néanmoins bons et généreux ne serait-ce que par moment, alors tout espoir reste permis et c’est à nous de le planter, de le faire germer, grandir et ensuite de le moissonner pour en faire profiter tout le genre humain.

On peut rêver, non ? Cela ne tient qu’à nous !

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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