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Apologie de la lenteur…

Apologie de la lenteur...

Profitant de la baisse du Yen et des cours du pétrole, le Japon a eu des résultats positifs dans le cadre de sa balance commerciale qui redevient bénéficiaire depuis la catastrophe de Fukushima. Quel talent ces Japonais ! Et nous, les rois de l'autoflagellation, n'arrivons pas à nous motiver pour en faire autant, si ce n'est mieux, puisque nous n'avons pas encore eu la chance de voir un de nos réacteurs nucléaires partir en fumée. Je dis bien la chance parce que pour un gouvernement ploutocratique comme le nôtre, perdre quelques centaines de milliers de citoyens ce n'est pas si grave. En revanche, gagnez de l'argent à l'exportation, relancer la croissance, donner vie à la reprise, ça, cela a du sens, n'est-ce pas ? Et le tout, au Japon, sans l'aide des centrales nucléaires, toutes fermées pour cause de… refus populaire !

Vous voyez bien qu'on nous raconte des histoires, nous pourrions fermer quelques centrales, si ce n'est toutes progressivement, sans vraiment gêner le fonctionnement de notre pays. Et puis, cela ne nous ferait pas de mal d'apprendre à ne plus gaspiller, non ? Mais je vous rassure sur un point, la croissance, chiffrée à 1 % cette année par le FMI pour le Japon, ne durera pas. Sans la baisse assez étrange du pétrole, nous n'aurions pas eu ce beau résultat qui n'est, en fait, qu'un miroir pour nos alouettes préférées. Cette course à la croissance me fait toujours un peu sourire car elle s'auto-alimente en permanence, ce qui fait que nous courons, c'est sûr, mais nous ne savons même plus pourquoi nous faisons cette fuite en avant obstinée. Si nous ne croissons pas, tout va mal, c'est la crise, le chômage, la pauvreté, la misère totale. En revanche si nous croissons, c'est moins la crise, mais c'est toujours le chômage, la pauvreté, la misère totale et même l'accroissement des inégalités et l'impudence des riches à se gaver toujours et encore plus. Où est la différence pour nous, les sans dents ?

Ce qui est aussi étrange que la baisse d'une matière première fossile aux limites prévisibles à moyen terme, est que la France ne réagit pas de la même façon économiquement que le Japon. Tout simplement parce que nous n'avons plus de capacité industrielle, nous avons fermé nos usines ici pour les ouvrir ailleurs, en Chine, au Maghreb, etc. Le Japon, plus raisonnable que nos industriels et politiques français, a su garder une capacité de production et un tissu productif industriel, ce qui lui permet, grâce à la qualité de ses produits de nous damer le pion sur ce terrain aussi. Le premier étant celui de son habileté à survivre sans le nucléaire. Notre monde ne veut pas remettre ses fondamentaux à l'épreuve de la réflexion sinon nous aurions depuis bien longtemps arrêter de diviniser le PIB et les économistes. Non contents d'attendre patiemment une croissance qui ne reviendra pas faute de consommateurs à portefeuilles bien remplis, les pays industrialisés, pris en otages par les multinationales et la finance globale, ne savent à quel saint se vouer pour retrouver les marges et les profits sans cesse plus grands auxquels ils étaient habitués jusqu'à maintenant. Et si je parle de saint c'est aussi à dessein, la croissance comme la science et le progrès sont devenus des religions, des fois que tous pratiquent dans l'espoir secret d'avoir plus de biens que son voisin.

Les écologistes devraient s'émouvoir de voir le Japon nous donner un sacré exemple. Mais non, ils préfèrent s'écharper entre eux pour savoir qui sera ministre, pour satisfaire leurs ego respectifs, et surtout encourager notre président qui pense plus à renouveler le mandat que nous lui avons si naïvement attribué qu'à l'intérêt de son peuple ou des convictions anciennes, si toutefois il en a eues, ce dont je doute. Ces Verts, vides de sens et d'idées, ne connaissent rien de l'écologie politique, la vraie, celle qui mène avec calme et lenteur vers une décroissance réfléchie mais obligatoire avant qu'elle ne s'impose d'elle-même avec une extrême violence. En revanche, j'ai entendu un élu Vert qui regrettait que le TGV fut dépassé ces derniers jours par le train « électromagnétique » japonais qui a battu le record de vitesse de notre TGV en atteignant 603 km/h. Ça c'est vraiment de l'écologie, accélérer le rythme de nos déplacements pour aller plus vite et plus loin, ça c'est de la vraie écologie, mais de l'écologie socialo-libéro-capitalo-productiviste. Quel est l'intérêt d'aller si vite ? Sommes-nous vraiment obligés de courir tout le temps et pourquoi ? Posez-vous la question, vous serez surpris du résultat.

Il fut un temps où je jetais dans un tiroir tous les dossiers urgents. Souvent au terme de quelques jours, voire d'une semaine, ceux qui me les avaient donnés venaient me demander si j'avais avancé. Je leur disais à ce moment précis, « pourquoi me mettre dans l'urgence si au bout de plusieurs jours vous ne vous préoccupez pas plus de cette affaire importante »… Généralement, je n'obtenais pas de réponse claire, que du bavardage inutile et stérile. Je leur disais souvent que je ne sauvais pas des vies et que, dans ce cas, beaucoup de leurs urgences n'en étaient pas.

Arrêtez-vous quelques minutes, demandez-vous si ce que vous faites vous fait du bien ou vous enrichit intérieurement ou vous donne du plaisir. Si la réponse est non, pourquoi le faites-vous ? Et ne me dites pas que c'est pour gagner votre vie, on ne gagne pas sa vie à la perdre !

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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