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Editôt ou éditard… (139)

Editôt ou éditard... (139)

Il est déjà très loin le 11 janvier 2015 et son esprit. Esprit soi-disant unificateur et renforçateur de tous les peuples et en particulier le nôtre. Il est mort et enterré ce pauvre esprit qui est devenu un véritable ectoplasme errant de frontière en frontière pour savoir enfin où la liberté d’expression existe réellement. Une chose est certaine ce n’est pas en Turquie, pays hautement démocratique, vis-à-vis de sa presse bâillonnée, qui envoya un de ses plus importants ministres à notre défilé de dictateurs du 11 janvier 2015 en gage de sa propre liberté d’expression. Mais lorsqu’il s’agit de réseaux sociaux ou de YouTube il ne s’agit plus de la presse, d’organes spécialisés dans la distribution de l’information, il est question de chacun de nous, de tout un chacun. Ce n’est même plus de la liberté d’expression que nous parlons ici mais de liberté tout court. La Turquie l’a fait.

Encore que, nous pourrions, si nous avions un sens de l’humour démesuré, croire que c’est en raison de l’anniversaire de la coupure des réseaux sociaux de l’an dernier que celle de cette année a eu lieu. Mais non ! Celle de l’an dernier était relative aux messages concernant la corruption du premier ministre turc et de sa famille, alors que cette année il s’agissait simplement d’empêcher de circuler les photos d’un juge assassiné lors d’une prise d’otage au palais de justice. Mais donner les raisons d’une mauvaise action, surtout de ce type-là, c’est déjà essayer d’y trouver des excuses. En fait, le principe de la limitation de la liberté d’expression sous prétexte de violence, de pornographie ou d’autres raisons aussi dangereuses que les précédentes est le support de la définition même de cette liberté. A partir du moment où, quelle que soient les raisons, on empêche quelqu’un de dire ou de montrer un fait au public, dans la mesure où celui-ci respecte le territoire sacré de la vie privée et se réalise donc dans un espace public, tenter de le limiter est une suppression de la liberté d’expression.

On ne peut pas demander aux procureurs, aux officiers de police, aux juges d’instruction, enfin à tous les personnels administratifs, qui n’avaient jusqu’à maintenant qu’à respecter une réserve bien compréhensible en matière de justice en particulier, et par ailleurs demander aux journalistes, ou prétendus tels, de ne rien dire ou montrer. C’est le monde à l’envers. Ceux qui devraient se taire s’étalent sur les écrans et bavardent sur les ondes, et ceux dont le métier est d’informer devraient se taire. N’est-ce pas aussi ce qu’on pourrait baptiser de la manipulation de l’information ; on veut bien nous informer, via les personnels administratifs dont je parlais ci-dessus, parce qu’on leur dit ce qu’ils doivent nous dire alors que certains journalistes, oui il en reste un ou deux, pourraient dire la vérité qui viendrait s’opposer à la version estampillée par les officiels, ceux qui s'autorisent à informer, souvent au détriment d'autres. Je trouve assez saumâtre de voir en boucle les pauvres et maigres informations divulguées par les chaînes d’information continue mais si nous devions nous contenter des berceuses chantées par les affidés de nos politiciens, ce serait pire encore et surtout mensonger.

En fait, le seul moyen de savoir la vérité repose sur la pluralité de l’information ; dès que celle-ci est dirigée, limitée ou maîtrisée, vous pouvez être certain que les données qui vous sont communiquées sont fausses, mensongères et manipulatrices. Donc, nos amis turcs, forts, très forts, forts comme eux-mêmes, ont choisi, malgré une présentation modérée, à leur propre dire, de leur expression religieuse, de limiter à la fois les sources d’information tout autant que leur contenu. Voilà, si besoin était, la preuve d’une application totale de la démocratie musclée et savamment dosée dont se parent beaucoup de théocraties. Une dictature prouve son autorité dans sa capacité à gérer toute forme de communication sur le territoire où s’organise sa puissance. La Turquie est un état tombé dans l’escarcelle remplie de pays sous dictature. Qu’elle soit orthodoxe ou modérée, comme s’en vante la Turquie elle-même, une théocratie, surtout dans le cadre de nos religions monothéistes, est malheureusement souvent, pour ne pas dire toujours, une dictature. Je crois même que seuls les pays monothéistes sont à même de connaître des régimes théocratiques, ce qui prouverait encore mieux ce que j’affirme. C'est à vérifier. Alors lorsque le prochain attentat mobilisera les foules de politiciens que nous avons vues pour Charlie, regardez bien si les Turcs en font partie… S'ils sont là, comme ils l'étaient le 11 janvier dernier, vous aurez la preuve de ce qu'ils sont…

Au fait, pourquoi personne n'a défilé pour les 142 étudiants massacrés au Kénia ? Bonne question, n'est-ce pas ? J'ai une réponse, elle vaut ce qu'elle vaut mais cela fait des siècles que ça dure… Ne serait-ce pas parce qu'ils sont noirs et donc quantité négligeable, sauf dans les mines où ils meurent pour notre confort ?

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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