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Editôt ou éditard… (141)

Editôt ou éditard... (141)

Il est étrange, lorsque vous écoutez parler aussi bien des personnalités politiques, qu'économiques, ou artistiques, de constater l'absence totale de conflit, d'opposition. Je discute ici de vraies intentions de recherche de solutions concrètes de compromis entre des avis complètement divergents, soutenus par des arguments réfléchis et structurés, qui demandent à une contrepartie d'étaler des arguments inverses susceptibles de renverser, chez tous les intervenants, leurs opinions figées pour en faire un équilibre, entre tous les antagonistes, capable de les faire fonctionner ensemble dans leur intérêt particulier et général. Non seulement nous baignons dans un consensus putride qui efface toutes nos différences en les réduisant à leur plus simple expression, mais cet accord général va au détriment de ceux qui y participent.

Ainsi le monde entier est d'accord, enfin presque, il reste quelques irréductibles comme Cuba, le Venezuela et quelques autres mais ils tendent à disparaître aussi vite qu'ils sont capables d'adopter l'American Way of Death. D'accord, oui et non ! En fait, il ne s'agit pas d'un véritable agrément entre les parties, il est plutôt question d'une espèce de démission, une reddition sans condition de la plus faible des parties au profit de la plus forte. C'est ce qu'on appelle habituellement le politiquement correct. Né sur la base de la peur du plus fort, il devient un comportement de sauvegarde où tous les participants refusent tout débat ou toute confrontation pour ne pas faire disparaître l'équilibre précaire qui empêche le plus fort d'exercer des mesures coercitives à l'égard des téméraires qui tenteraient de quitter sa zone d'influence et s'affranchiraient de leur crainte à son égard. C'est comme cela que le Brésil, avec une présidente qui baigne dans un gros scandale de corruption, l'Argentine qui est en crise et les autres qui, avec la baisse des matières premières, sont à genoux devant la reprise et la croissance américaine pour y vendre de quoi payer leurs dettes.

Donc tout le monde est d'accord, les Sud-Américains pour continuer à être les esclaves des USA, mais aussi tous les partis politiques de tous les pays. Regardez en France, l'extrême gauche, le Front de Gauche, le PS, les centres, l'UMP et le FN sont tous d'accord sur un point, la seule solution est la croissance. Ce sont ce qu'on peut appeler des partis productivistes, seuls les Verts devraient ne pas l'être, mais je vous rassure, ils le sont aussi. Ils en rêvent de la reprise, du décollage du PIB, bien sûr chacun redistribuera à sa façon, la gauche aux pauvres et la droite aux riches en caricaturant un peu, car Hollande nous prouve tous les jours qu'il sait surtout donner aux riches, nul n'est parfait et surtout pas un énarque. Là aussi le consensus règne, à tort mais il règne. Il n'y aura plus de croissance, les quelques soubresauts que fait notre économie ne sont que les derniers spasmes d'un malade à l'agonie, soutenu par des médicaments qui coûtent plus cher que ses moyens ne lui permettent d'en acquérir pour lui garantir sa survie. La question que je me pose est assez banale ; si tout le monde prône les mêmes solutions, cela les rend -elles bonnes pour autant ? Ce n'est pas la quantité d'adhésions qui fera la réussite mais la justesse du point de vue de celui ou celle qui l'émet.

La détérioration climatique qui nous attend dans les prochaines décennies risque de mettre à mal cette volonté de tout prendre tout consommer et de passer notre temps à toujours chercher de nouveaux produits à épuiser plus ou moins rapidement. On veut tout prendre, tout extraire de la terre, de la mer, du ciel, rien n'est suffisant pour calmer nos ardeurs de domestication de la nature à qui nous montrons notre grandeur décadente et notre arrogance. Nous avons fait de cette nature, qui nous a créés, un ennemi que nous avons asservi, spolié, martyrisé et nous n'avons de cesse que de lui montrer chaque jour que nous sommes plus forts qu'elle, alors que ce n'est absolument pas le cas. Les prochaines catastrophes, comme celle de la sécheresse en Californie, ou celle de ces continents de plastique qui se créent au gré des courants dans les océans Atlantique et Pacifique et qui empoisonnent les poissons qui nous empoisonneront en retour, ou encore celle de ces cyclones de plus en plus puissants et fréquents, vont nous prouver que la nature, notre mère à tous, est restée la plus forte et que toutes les croyances dans la science et le progrès n'y feront rien. Nous allons le payer et fort cher.

Pourquoi suis-je en train de vous parler à la fois de politiquement correct et de nos excès polluants, tout simplement parce que le consensus sur le productivisme va continuer à accélérer le processus de destruction de notre planète et de son réveil violent à notre égard. Je ne suis pas certain que quelqu'un ait raison ou tort parmi les climatologues qui nous alarment ou ceux qui nous rassurent mais c'est du débat que jaillira la lumière, pas d'un accord larvé générée par une lâcheté généralisée. Cependant, si 97 % des professionnels du climat sont d'accord pour dire qu'il sera bientôt trop tard, j'ai une fâcheuse envie de leur dire de le crier plus fort, plus haut et dans les sphères propres à prendre les bonnes décisions. Encore faut-il que nos politiciens soient effectivement capables de prendre de bonnes décisions, ce dont je doute.

Alors non, pas de croissance, pas de plein emploi, pas de richesse facile à se partager entre anciens de la même promotion… Il va falloir cesser le politiquement correct pour se mettre vraiment à réfléchir, vous ne croyez pas, au risque de ne pas être d'accord mais au moins aboutirons-nous à une solution commune et peut-être… salvatrice ?

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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