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Vive la pollution !

Vive la pollution !

Parfois je me demande si je ne suis pas masochiste. J'ai passé une soirée, forte intéressante au demeurant malgré un sujet qui me hérisse le poil, auprès de relations d'un club Rotary dans la banlieue parisienne. Bien sûr, dans ce genre d'assemblée, il n'est pas vraiment question de trouver un quelconque révolutionnaire dans ces réunions et ceux d'entre les rotariens qui sont de gauche se font discrets, surtout maintenant avec un pépère maladroit et traître à sa cause aux commandes. Le sujet de la conférence donnée par un de membres était les carburants fossiles tirés de roche mère. En fait, vous avez deux façons de parler de ce nouveau type de pétrole, soit vous êtes pour et vous appelez ça, gaz ou pétrole d'origine de roche mère, soit vous êtes contre et vous dénommez ce même produit gaz ou pétrole de schiste ou de sables bitumineux…

Je suis contre pour vous éviter de vous poser la question. Vous avez remarqué que tout est affaire de mots, notre façon de parler des choses prend une tournure différente que nous soyons pour ou contre le sujet de notre conversation, c'est triste mais c'est comme cela. Nous sommes plongés dans un matérialisme qui fait de nous les utilisateurs d'outils qui ne mettent en valeur que notre superficialité, nos apparences, il en va de même de notre langage comme de notre consommation en général. Pour en revenir à notre conférence, qui s'apparentait plutôt à une session d'endoctrinement ou une assemblée d'actionnaires qui se repaissent des bonnes nouvelles concernant leurs dividendes réalisés sur la misère de pauvres bougres, eux-aussi victimes d'une obsolescence programmée limitée à leur prochaine demande d'augmentation de salaire. En fait, sa projection de diapositives semblait être celle faite par une compagnie pétrolière à des fins de prosélytisme en faveur des extractions tirées du schiste. C'était propre, c'était bien fait, c'était convaincant, mais… pas pour moi, je ne fais pas partie des investisseurs en actions de compagnies pétrolières ou en quoi que ce soit du casino appelé bourse. Je vais jusqu'à me demander si le conférencier n'avait pas été payé, d'une façon comme d'une autre…

Après cette brillante présentation, qui chantait les louanges de la consommation de produits pétroliers, les questions ne fusèrent pas. Tout le monde était content, tout le monde était rassuré, grâce aux produits tirés des fossiles de nos forêts primaires aujourd'hui disparues, nous allions pouvoir continuer à rouler dans nos rutilantes voitures. Nos week-ends, nos vacances au soleil ou sur les pistes enneigées avec des kilomètres de bouchon et des heures de longue attente, ne risquent pas de disparaître de nos emplois du temps si serrés. Ouf, ils ont eu peur d'avoir à rester chez eux nos rotariens, les pôvres… Je pris tout de même le risque de leur dire que tout cela ne me paraissait pas vraiment nécessaire et qu'il me paraissait injuste de gaspiller l'intégralité des matières premières d'une planète qui n'était pas la nôtre mais celle de nos enfants et petits-enfants. Mal m'en prit, ce fut un tollé général et une levée massive de boucliers dont l'argument principal était que le progrès, la science allait trouver des solutions à tout ce qui peut nous arriver. Le pouvoir de l'homme est incommensurable tout comme son imagination et sa créativité. Et la nature n'a qu'à bien se tenir… Et oui, des vieillards ne veulent rien changer à leurs habitudes, ils croient toujours à l'illimité dans un monde dont les limites sont de plus en plus proches d'être atteintes, tout ça pour ne pas avoir à remettre en cause leur petit confort, ils misent sur la probabilité de se sauver d'une situation catastrophique plutôt que de tout faire pour ne pas la connaître. Je trouve assez aberrant d'entendre parler sans cesse, dans la bouche des corrompus de politiciens que nous avons, du principe de précaution, alors qu'il s'agit d'un risque planétaire où des gens risquent de voir leur maison, leur pays englouti dans une élévation du niveau de la mer, alors qu'on les voit sans aucune réaction devant les actions immédiates à mener pour limiter les affres qui nous attendent potentiellement. Nous marchons sur la tête, le principe de précaution ne sert qu'à faire entériner, par une population résignée, des lois liberticides.

Le seul but du jeu est-il, de faire disparaître une bonne partie des pauvres de la planète pour en faire un havre de paix pour les riches oisifs qui survivront au grand déclin final ? Si c'est cela, nous sommes bien partis, entre le sida, ebola, le paludisme et toutes ces belles maladies que nous pourrions guérir pour ne pas dire éviter depuis longtemps en économisant sur nos guerres pour financer notre pharmacopée, l'Afrique sera la première à périr. Pas toute, juste ce qu'il faut pour conserver assez d’esclaves pour continuer à extraire ce que nous aurons à gaspiller en occident, bien sûr. Il est clair que les rotariens ne sont pas des gens méchants, ils jouent d'ailleurs un rôle important dans différentes actions caritatives comme la banque alimentaire et ils financent de nombreux projets contre la misère autour de chez eux comme dans les continents les plus pauvres, ce ne sont pas des mauvais bougres mais ils sont victimes du culte du progrès, de la science et des pseudo lumières qui ont un jour fait croire aux hommes qu'ils pouvaient domestiquer la nature au lieu de s'y associer et de vivre en bonne intelligence avec elle. Le problème n'est pas les rotariens, ni les gens de droite, ni les gens de gauche, c'est beaucoup plus profond, c'est un problème devenu humain.

Il est entré dans nos têtes le virus du capitalisme libéral sauvage et débridé. Sa première fonction est de nous asservir à un mode de vie basé uniquement sur la consommation et l'économie, la culture du chiffre et de la valorisation. Tant que nous n'extirperons pas ce satané virus de nos cervelles lobotomisées… Cela ne changera pas, il nous faut nous éveiller… Et vite !

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

2 Comments

    1. Haroun Répondre

      Le problème n’est pas la vitesse à laquelle on roule, il repose sur nos raisons de rouler… A voir l’analyse de nos déplacements, plus de la moitié d’entre eux pourrait être évitée…
      Il est malheureux de constater que c’est le prix des carburants qui fait évoluer nos déplacements au lieu de justifications plus respectueuses de nos réelles obligations de nous mouvoir en automobile.

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