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Changement de non… Oups… de nom !

Changement de non... Oups... de nom !

Pour garder les pieds sur terre il nous faut des repaires, des éléments stables sur lesquels nous pouvons tabler raisonnablement afin de vivre en cohérence avec notre environnement, notre société, notre univers personnel comme public. Un peuple a besoin des mêmes repaires pour continuer d’exister en tant que peuple dans le respect des mêmes conditions que pour un particulier. Mais, dans le cas d’une Nation, d’un peuple, un ingrédient est nécessaire en sus. Listons, si vous le voulez bien ce qui est essentiel à la fois pour un être et pour un peuple. Pour un humain il semble indispensable d’être lié à un lieu, à une histoire et à un nom. Pour un peuple, il en est de même sauf qu’il ne s’agit plus d’une histoire avec un h minuscule mais bien d’un H majuscule. En fait, l’histoire d’un pays ou d’un peuple n’est pas seulement l’agrégat des histoires des gens qui le composent, il a la sienne propre. Mais malgré tout le nom est l’élément majeur sans équivalent.

Retour rapide dans le passé… Nous avons perdu, grâce à la mondialisation et à ses succédanés, toute connexion avec les lieux, remplacés par le monde virtuel dans lequel on nous demande de vivre et avec lequel les échanges sont aussi virtuels mais permanents. Nous ne sommes plus non plus en phase avec notre histoire qui a été remplacée elle-aussi par la suite interrompue d’informations diverses et avariées qui nous tombent sur la tête et sous les yeux sans discontinuer, nous écrivons l’histoire passée, présente et à venir dans la plus grande des immédiatetés. Mais la refonte de l’histoire en tant que telle, celle du passé que nous avons en commun, à tout moment et en toute occasion la relègue au même niveau que les autres informations, sans aucune sorte de priorité ou de qualification, c’est cela qui rend notre histoire malléable et adaptable aux volontés de ceux qui veulent l’utiliser à des fins parfois douteuses. Et ce n’est pas fini comme dit la publicité.

Nous avons perdu nos us et coutumes, nos originalités, nos caractéristiques qui nous rendaient tous différents à l’intérieur d’une même population mais aussi toutes les populations différentes les unes par rapport aux autres. Nous sommes devenus des robots, habillés de la même façon, pensant (pour ceux qui le font encore ou croient le faire) de la même façon, se mouvant de la même façon, nous sommes devenus une foule de plus de sept milliards de gens identiques dans leurs comportements à peu de choses près. Même s’il subsiste encore quelques écarts culturels entre les orientaux et les occidentaux, ils disparaîtront sans coup férir si nous n’y prenons garde. Nous sommes des régiments de porteurs de jeans, de buveurs de sodas, ripaillant de mauvais aliments et cultivant les pires côtés de notre humanité pour aiguiser nos appétits consuméristes. Nos points communs sont tellement nombreux et le deviennent de jour en jour toujours plus que bientôt, à raison d’une ou deux générations, nous serons tous les mêmes tels des bœufs voués à terminer leurs vies à l’abattoir. Mais il y a sans cesse pire comme meilleur… et c’est dans le pire que nous sommes les meilleurs.

Pire que des bœufs ? Est-ce possible ? Eh bien oui et c’est simple. Il suffit pour cela de détruire la seule parcelle d’individualité qui reste en nous au travers de nos noms et des histoires qui les imprègnent. Nos noms sont les pierres angulaires sans lesquelles nos édifices ne sauraient résister ni au temps ni aux attaques incessantes des marchands qui peuplent nos vies de leurs produits sans intérêt. Comment faire pour nous obliger à croire que nos noms n’ont pas l’importance qu’ils ont depuis si longtemps, aussi longtemps que l’homme existe et conçoit des idées ? Simple ! Il suffit, comme cela se fait régulièrement en politique depuis la naissance des partis, de changer de nom. Cette novation dans ce qui caractérise une chose, un parti ou une personne est bien le signe avant-coureur de son peu de valeur. La banalisation de ce type d’acte, qui parait régénérer la chose qui en profite mais en fait la rend futile et sans intérêt, aura pour conséquence immédiate de donner à penser qu’il suffit de changer de nom pour changer de vie, voire d’histoire, voire plus encore. Il en va ainsi aux USA où le changement patronymique est d’une facilité déconcertante. La recherche d’une nouvelle histoire, plus belle, plus propre, est souvent la motivation de ceux qui débaptise au lieu de réfléchir.

Le changement de nom ne change ni l’histoire, ni l’analyse qualitative des résultats provoqués et fournis par le nouveau « rebaptisé », il relativise seulement sa valeur et la fait tendre vers le zéro absolu. Que tous les partis songent à se refaire une vitrine en troquant un nom pour un autre, l’UMP, le PS et maintenant le FN, ne prouve rien d’autre que leur totale incompréhension de leurs électorats et du mépris profond qu’ils leur vouent. Le nom, qui était encore un bastion solide de nos marques de fabrique, de nos caractères, de nos singularités, de nos originalités va devenir un produit de consommation courante et, de ce fait, en perdra toute signification. Nous nous appellerons « Les Républicains » pour les présidentielles, ou encore le PSN (Parti Social Néolibéral) ou, toujours plus vile, le Populaire pour les copains du vieux Le Pen en mal de bons mots. Pour les élections suivantes, il nous suffira de trouver une autre dénomination pour que les électeurs oublient tout ce que les partis auront fait de mal mais dans quel pourcentage…

Qui ira encore voter si nous ne savons même plus pour qui ?

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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