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Editôt ou éditard… (143)

Editôt ou éditard... (143)

Vous avez peut-être constaté que de plus en plus d’économistes prennent un ton pessimiste, tout en n’abandonnant pas la doxa du moment qui veut que la croissance est le seul moyen de nous sortir du trou, où nos élus nous ont mis tout autour de la planète. Il en est ainsi de ces gens qui se repaissent de solutions anciennes, éculées, surannées, pour résoudre des problèmes qu’ils n’ont pas vus à temps et qui sont des soucis présents. Or il est difficile d’imaginer solutionner un agacement actuel par des voies qui n’ont jamais rien apporté par le passé et qui pourraient nous faire espérer sortir du tunnel dans lequel nous sommes perdus. Ce changement d’axe de vue de nos économistes est le signe de la peur. Ils craignent le chaos à venir et savent qu’ils en sont responsables avec la complicité de ceux qui leur demande de prêcher une bonne parole qui ne l’est pas, nos élus à la solde des multinationales et de leurs bailleurs de fonds.

IL apparait de plus en plus clairement que les pseudos croissances des USA et du Royaume Uni ne sont que des miroirs aux alouettes. Nous venons d’éviter l’éclatement de la bulle des obligations d’état qui sont devenues elles-aussi des passeports pour l’enfer. Il a fallu que les banques centrales sauvent in extremis la situation sinon nous aurions, dès aujourd’hui, les conséquences néfastes d’un crash qui aurait été pire que celui de 1929. Mais c’est reculer pour mieux sauter, tôt ou tard il arrivera. Croyez-vous que les taux négatifs servis aux investisseurs pourront rester comme ils sont pour l’éternité ? Croyez-vous que nous puissions rêver de rembourser nos prêts rien qu’en assurant leur paiement par le différentiel que nous volerions aux investisseurs chaque année ? Combien de temps pensez-vous que nous tiendrons, les paris sont ouverts. Je vous rappelle que les retraites sont payées par, d’une part la répartition et de l’autre des fonds de pension privés. Il n’est pas nécessaire d’être Grand Druide pour comprendre que des intérêts négatifs ne permettront pas aux fonds de pension de gagner l’argent qu’ils devraient ensuite distribuer. Pour ce qui est de la répartition, quand les caisses sont vides que voulez-vous répartir, la pénurie ?

Je reviens sur mon article d’hier où je parlais de décroissance, un gros mot, d’une vulgarité telle que les princes de notre république, passée comme présente, ne veulent même pas l’entendre. Je réponds à un de mes lecteurs qui pensent que je souhaite retourner à l’âge de pierre et m’éclairer à la bougie comme disent tous les adversaires d’une réflexion autre que la leur qui se veut néolibérale et consensuelle. Eh bien non, je ne veux pas retourner à l’âge de pierre mais j’attire votre attention sur le fait qu’à cette époque-là les inégalités n’existaient pas au niveau des nôtres et à ce titre je vous recommande une nouvelle fois le livre de Marshall Sahlins, « Age de pierre, âge d’abondance ». Il faut aussi faire une vraie différence entre misère et pauvreté. La pauvreté est un manque de richesse mais qui vous permet la satisfaction de vos besoins dans le cadre d’une vie sobre ou frugale, la misère ne vous permet pas cela, elle vous réduit à n’être même pas capable de satisfaire vos besoins les plus basiques. C’est à cela que nous avons mené les deux tiers de la population planétaire dont une partie croissante existe dans nos propres pays industrialisés.

Si la droite et la gauche sont d’accord pour taper ensemble sur la décroissance ne croyez-vous pas que c’est un signe plutôt positif ? La décroissance est leur ennemi commun mais est aussi l’ennemi de la croissance stupidement infinie dans un monde fini, l’ennemi de la finance spéculative et des multinationales sans foi ni loi, enfin l’ennemi de ceux qui œuvrent à la disparition de l’humanité au profit de l’humana perussi (l’homme consommateur). Il n’est pas nécessaire de retourner à la bougie pour sauver ce qui reste de notre monde, la fin du gaspillage et le début de la satisfaction de nos besoins primaires suffira à changer les choses vers le mieux tant que les changements prévus ne seront pas devenus irréversibles. La critique facile et la caricature qu’emploient les détracteurs de la décroissance montrent bien la limite de leurs arguments, ils sont obligés de traiter de réactionnaires, d’anti-progressistes, de passéistes leurs opposants, il ne leur reste que l’injure pour se défendre contre des combattants qui savent expliquer de quoi ils parlent et pourquoi ils le disent.

La décroissance ne peut-être consensuelle car elle est son opposée, elle « dissensuelle » et en est fière. Le « dissensus » au contraire du consensus amène à la réflexion, au dialogue, à la recherche d’une solution commune sans abandon de ses opinions. C’est de cela que manque notre pseudo démocratie molle et sans relief. La décroissance fait peur parce qu’elle remet en question plusieurs dogmes majeurs, employés et divinisés par la social-démocratie et le néolibéralisme qui ne sont que les deux faces d’une même pièce. Ces dogmes sont la science, le progrès, l’argent roi et pour finir en beauté la liberté individuelle dans le sens le plus consumériste et égocentrique possibles.

Si arrêter le gaspillage, vivre frugalement et sauver notre environnement permet de léguer à nos enfants autre chose qu’une décharge pleine à craquer, alors je suis décroissant et assez fier de l’être.

Une des caractéristiques de la décroissance est qu’elle génère automatiquement du lien, un retour en humanité et finalement n’est-ce pas ce qui nous manque le plus dans ce monde de fous ?

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

« L’ASSEMBLEE NATIONALE est toujours otage de Thomas THÉVENOUD et de Sylvie ANDRIEUX qui sont toujours députés. Pensons à elle. Ne l’oublions pas. »

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