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Les prémonitions des génies

Les prémonitions des génies

En 1945, Georges Bernanos écrivait : « Un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins la tonne ». Ce génie, controversé, avait une vision de l'avenir qui, 70 ans en arrière, se révèle être notre quotidien d'aujourd'hui. Cette anticipation d'une délocalisation et d'une mondialisation de la production est à proprement parler géniale et c'est parmi les grands écrivains, tels Orwell, Huxley et ensuite les philosophes précurseurs de la décroissance comme Charbonneau, Ellul, Illich et tant d'autres qu'il mérite d'être rangé. Refusant à plusieurs reprises la Légion d'Honneur et un siège à l'Académie Française, il ne faisait que prouver son attachement à sa liberté d'esprit.

La France contre les robots

La phrase citée ci-dessus est tirée de l’œuvre dont le titre est celui de ce paragraphe. La mécanisation, la recherche inextinguible du moindre profit, mettent les populations productives, faites des salariés de tous niveaux, à la merci de toutes les décisions qui vont dans le sens de l'objectif des capitalistes, augmenter leur capital. Pas de sentiment, encore moins de pitié, seul ce but sacré doit être atteint. Sa vision du monde est claire, il analyse la crise de 1929 et en tire les leçons pour ce qui est de l'économie. Il sent venir des mouvements importants, des lames de fond qui vont changer le monde et le rendre moins humain. Car en fait, c'est de cela qu'il s'agit dans toute son œuvre, une recherche permanente d'un retour à l'Homme. Son combat est celui d'un libre-penseur contre la méga-machine en train de naître sous ses yeux. Ses analyses, qu'elles soient sociales ou politiques sont évolutives, signe de sa liberté de penser et de son ouverture d'esprit, et c'est vers la fin de sa vie que son œuvre va devenir plus politique et tournée vers une renaissance de l'humanisme chrétien.

Pourquoi si controversé

Même si ses positions monarchistes le conduisent dans des relations établies avec Charles Maurras et Edouard Drumont, dans des partages avec l'Action Française, c'est en gardant néanmoins une capacité d'ouverture qu'il acheva sa vie en vrai combattant de l'antisémitisme et du racisme. Vrai et profondément chrétien, encore plus spécifiquement catholique, son antisémitisme apparaît clairement dans « La grande peur des bien-pensants » en 1931. Mais c'est un antisémitisme purement religieux, je dirai, même si cela offusque certains, c'est un antisémitisme chrétien, partagé depuis la période médiévale par tous les chrétiens, toutes tendances confondues. Cependant, son penchant humaniste lui fait prendre une opposition franche et totale aux accords de Munich et il s'en prend ensuite au régime pétainiste avec une vigueur qui avait peu d'égale à cette époque. Il devient même un défenseur de la cause juive et Elie Wiesel, lui-même, dira dans un livre qu'il était un écrivain « qui eut le courage de s'opposer au fascisme, de dénoncer l'antisémitisme et de dire justement ce qu'il a dit et écrit de la beauté d'être juif, de l'honneur d'être juif, et du devoir de rester juif ». La seule raison que je vois dans les changements comportementaux et politiques de Bernanos repose justement sur son désir ardent d'un retour à un humanisme total sur la base d'une appartenance chrétienne. Certains le taxent d'être de droite, d'autres libertaire, il se disait lui-même ni de gauche ni de droite et assénait « Qui dit conservateur dit surtout conservateur de soi-même », et « Le réalisme, c'est précisément le bon sens des salauds ».

Pourquoi parler de Bernanos aujourd'hui ?

Pour commencer, je vous conseille de lire « La France contre les robots », réédité chez Le Castor Astral, 18 €. C'est agréable à lire et ne vous engage à rien politiquement si ce n'est à constater que la mécanisation, l'automatisation, la mondialisation et les délocalisations ne sont donc pas une nouveauté, nous étions prévenus (même si nous ne l'avons pas cru). Ma deuxième raison est que je pense que Bernanos était un décroissant sans le savoir. Ses dénonciations des abus de la finance et du capitalisme sont claires, elles justifient son antisémitisme du début des années trente par l'imagerie populaire de la caricature des financiers sous les traits de juifs aux doigts crochus, elles sont aussi la démonstration de son inadaptation à la droite capitaliste et le range dans les rangs des précurseurs de la décroissance à mes yeux. Sa lutte contre le progrès, qu'il prédit, est aussi claire que faire se peut. Sa volonté de rester libre et de ne pas se faire happer par un système qu'il méprise en est une autre preuve. Il faut, pour résister aux honneurs et à la gloire, une conviction bien enracinée et il l'avait. En fait, et surtout en toute humilité, je me retrouve partiellement en ce personnage génial, non pas que j'ai la moindre parcelle de son propre génie, mais plutôt dans ses excès pamphlétaires, son style nerveux et sec, son désir de n'appartenir à personne ni à rien. Ni de droite, ni de gauche, du dessus.

Une lecture rafraîchissante qui vous fera passer un bon week-end tout en vous poussant à réfléchir.

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

« L’ASSEMBLEE NATIONALE est toujours otage de Thomas THÉVENOUD et de Sylvie ANDRIEUX qui sont toujours députés. Pensons à elle. Ne l’oublions pas. »

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