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13 novembre, suite et fin ?

13 novembre, suite et fin ?

La paranoïa s'est emparée de nos gouvernants. Elle est le meilleur vecteur d'une instauration d'un état d'urgence permanent ou du moins de l'impression de la nécessité de cet état d'urgence de façon permanente dans le conscient collectif. Les commémorations, les minutes de silence, les cérémonies, officielles ou non, ne font qu'augmenter cette montée irrépressible d'un ressentiment que personne ne veut exprimer mais qui n'en est pas moins présent pour autant. Dans une émission d'Arrêt sur Images de Schneidermann son invité, Daniel Dayan, regrette ce non-dit évident d'un ressentiment pourtant inévitable. Car effectivement comment dépasser quelque chose que l'on cache ? Tout le problème est là, le consensus aurait déjà dû se bâtir sur cela avant de parvenir au refus de la haine.

Accepter la haine pour mieux la rejeter

Il apparaît nécessaire de passer par différents stades, de multiples étapes, avant d'atteindre les objectifs que nous nous fixons. Notre société, qui vit dans une immédiateté aussi stérile que compulsive, ne veut pas respecter cet aspect naturel de la « digestion » salutaire des événements qui parsèment nos vies. Nous ne pouvons vivre constamment dans le déni des mésaventures qui surviennent et faire fi de leurs conséquences, visibles ou non, sur nos comportements et nos fonctionnements aussi bien affectifs que relationnels. Nous devons traverser certains moments qui construisent, après une destruction nécessaire, ce que sera notre vie après chaque drame que nous connaissons. Il me paraît tout à fait improbable de trouver un quidam qui, ayant perdu un être cher ou étant lui-même victime physiquement des terroristes, ne connaîtrait pas la colère voire la haine, ne serait-ce qu'un court et furtif laps de temps. Partant du principe qu'on ne peut lutter que contre un ennemi connu, comment vaincre la haine si nous l'ignorons. Idem pour la peur. Quand je vois ces jeunes, pris dans l'engrenage et le tumulte médiatique, répondre avec ostentation à des journalistes avides de sensation, qu'ils n'ont pas peur, je crois rêver. Non seulement c'est faux mais c'est ridicule. Seuls les inconscients et les imbéciles ne connaissent pas la peur. Relisez le texte de Gandhi qui est sur la photo de mon article d'hier et vous comprendrez que seule les consciences de ce qu'on fait et pense attestent de notre humanité et nous rendent plus forts, plus résistants. D'ailleurs pour ce qui est de la peur, il n'y a qu'à reprendre l'exemple que je citais également hier d'un bruit de lampe qui éclate et qui engendre une panique générale… Nous n'avons pas peur ? Moi, j'ai peur ! Peur pour mes enfants, mes petits-enfants, tous ceux que j'aime et pour moi aussi. Mais je vis avec en luttant.

Mauvais exemple : le monde politique

Les beaux discours de Hollande et des autres politiciens n'y changeront rien. Les menaces de rétorsion, les bombardements, les perquisitions inopinées et sans intervention des autorités judiciaires, n'y changeront rien non plus. Ce mépris de nos édiles pour les brutes qui nous ont pris nos enfants n'est pas de mise. Cette arrogance, dont notre monde politique ne peut se défaire, ne convient pas à la situation. Ce passage de bourreau à victime sans peur et sans haine pour un retour immédiat à la fonction de vengeur n'est pas un itinéraire logique dans ce genre de bouleversement sociétal. Il faut se donner le temps de l'assimilation des faits, les analyser, et chercher les meilleures explications à leur création pour mieux leur répondre. Or on s'aperçoit du comportement uniquement réactif de nos dirigeants. Je ne parle pas uniquement des fous de droite qui veulent fermer les frontières, mettre les migrants sur la lune, embastiller tous les membres du fichier « S » et pourquoi pas ouvrir nos premiers camps de concentration et coller des étoiles vertes, comme la couleur de l'Islam, sur la poitrine des musulmans comme le suggère le décérébré de Donald Trump. Non, je ne parle pas uniquement de ceux-là, je veux aussi parler des fous de gauche qui oscillent entre les mêmes propos que leurs collègues de droite jusqu'au monde de bisounours où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Ils ne comprennent pas la différence entre réagir et agir. C'est notre plus gros souci avec ces faux démocrates.

La résistance ne se décrète pas

Comme beaucoup de nos émotions sont très fortes lors de situations extrêmes comme celles du 13 novembre dernier, nous perdons un peu nos repères. Des mots sont employés à la place d'autres et même les définitions de nos mots usuels sont parfois reléguées au profit de nouvelles qui en changent le sens profond et réel. J'ai souvent entendu parler de résistance. Mais la résistance doit une grande partie de sa noblesse aux actes valeureux et courageux de nos aînés durant la seconde guerre mondiale. Et donc certains ont utilisé la richesse de ce mot pour valoriser le fait qu'ils allaient au café quelques jours après le carnage en guise de résistance. Ceci n'en est pas. C'est un déni de notre peur, un déni de nos ressentiments, un déni de la réalité. La résistance, comme je l'écrivais déjà hier, c'est autre chose. C'est avoir envie de prendre ses jambes à son cou mais ne pas le faire et se retourner contre son ennemi ; tenter de l'empêcher de nuire en annihilant ses actions, en les faisant disparaître sous le flot continu des résistants qui se précipitent sur leurs bourreaux pour faire cesser leurs exactions. La résistance est active et ne peut pas être ni passive ni réactive ; elle demande réflexion, abnégation, décision, et enfin action, tout cela en un millième de seconde. Soyons de vrais résistants et admettons que nous avons peur car sans cette reconnaissance nous n'aurons jamais de courage.

Je n'écrirai peut-être plus sur ces attentats, cela suffit je pense et nous devons laisser nos frères et sœurs qui ont perdu des êtres chers, qui ont encore des personnes en souffrance ou qui souffrent encore eux-mêmes, faire leur deuil de cette journée que nous n'oublierons jamais. Après les larmes de l'émotion, la colère et la haine des barbares, il est temps maintenant de réfléchir à ce que sont nos vies et ce que nous décidons d'en faire.

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

« L’ASSEMBLEE NATIONALE est toujours otage de Thomas THÉVENOUD et de Sylvie ANDRIEUX qui sont toujours députés. Pensons à elle. Ne l’oublions pas. »

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