Log In

Adorable Egypte…

Ah ! Egypte, je t’aime tant. Tu représentes plus d’un quart de ma vie professionnelle et les dix plus belles années de ma vie. Mais comme tout ce qu’on aime, les impairs nous font d’autant plus de mal que nos sentiments sont grands et forts, qu’ils sont sincères. L’élection présidentielle égyptienne est une élection d’anthologie…

 

tantawi.jpg

 

J’ai l’habitude de dire que la révolution égyptienne n’en est pas une, au grand dam de mes amis autochtones, mais c’est pourtant vrai. Lorsque Moubarak fût éjecté par les militaires dans le cadre d’un putsch bien déguisé, ceci à une vitesse qui dépasse l’entendement, non seulement le régime ne changea pas mais il empira par les atermoiements d’une armée qui n’est pas faite ni organisée pour gouverner. Ce n’est pas parce que la grande muette égyptienne est l’entreprise la plus riche de son pays, la plus tentaculaire et le plus gros propriétaire foncier que cela lui donne les compétences nécessaires à mener une nation de plus de quatre vingt cinq  millions d’habitants. Je dirai même, au contraire, la confusion d’intérêts l’en empêche. On ne peut être juge et partie sans être indubitablement de parti pris pour la protection de ses avoirs au détriment du peuple qui manque de tout.

 

Les militaires ont pourtant toujours gouverné depuis la révolution, la vraie, de 1952. Que ce soit Nasser, Sadate ou Moubarak, nous avions à traiter avec des militaires. Seul Moubarak abandonna quelque peu son corps et accordant une grande confiance à la police, se fît haïr par bon nombre de ses ex collègues quand il s’est agi de mettre son fils, civil, à la tête de l’état dans le cadre d’une succession, qui se voulait dynastique et centrée donc sur sa famille au lieu de son milieu d’origine.

Avec les évènements de janvier 2011, l’armée devait retrouver son niveau d’importance au yeux d’un peuple qui, après l’avoir prise pour une alliée, compris finalement qu’elle ne faisait que défendre ses intérêts. Non seulement elle se retrouva aux commandes mais elle en profita pour achever un certain nombre de ses projets dont certains se terminèrent lors de la dernière journée de la présidentielle. Elle tient maintenant, plus que jamais ce ne le fût, les rênes du pays concomitamment avec le président et bientôt la nouvelle assemblée récemment dissoute. Ses pouvoirs sont énormes et ses moyens de les faire respecter efficaces. Les frères musulmans, malgré leur grande fanfaronnade des premiers jours, ont peur des réactions de cette grande dame manipulée par des vieillards rompus aux arcanes d’un pouvoir corrompu depuis si longtemps.

 

Pourquoi l’armée a-t-elle donné la victoire aux frères musulmans ? Parce qu’elle avait plus à gagner avec eux qu’avec un excellent élève de Moubarak. En remettant un général aux commandes officielles du pays, ils n’auraient eu aucune raison de garder les pouvoirs dont ils ont dépouillé la démocratie naissante, en admettant qu’elle existe. Et de ce fait, ils auraient pris le risque, comme ce fût le cas avec Moubarak, d’une trahison née d’un conflit d’intérêts entre le nouveau président et eux. Alors qu’avec les frérots, pas de souci, chacun garde ses prébendes et les vaches seront bien gardées. Même si les militaires ont des intérêts liés au tourisme, ce n’est pas ce qui leur parait le plus important dans l’ensemble de leurs richesses. L’arrivée des islamistes va certainement affecté durablement le tourisme en question et ralentir une reprise déjà bien difficile et ce n’est pas le rapprochement éventuel avec l’Iran qui relancera un processus qui se fait diablement attendre. Le manque d’expérience et la stupidité des décisions que les frères vont classer au nombre de leurs priorités ne manquera pas de valoriser la gestion très conservatrice de l’équipe de Tantawi et de la pousser à intervenir pour calmer le jeu, et, encore plus évident, dans le cadre des fadaises racontées sur Jérusalem, du réchauffement des relations avec l’Iran et l’abandon du traité de paix avec Israël. Que les frères veuillent faire de la cité d’or la capitale de l’Egypte est à la fois la preuve de leur irrationalité, de leur peu de connaissances en géographie et encore plus de leur ignorance des aspects géopolitiques que les USA, la Russie, la Chine et l’Europe ont imaginés.

 

Les militaires pensent que les frères vont scier la branche sur laquelle ils seront assis et qu’il ne faudra pas plus de quatre ans pour que les Egyptiens, dans leur ensemble, ne les rejettent définitivement. Ils sont libres de le penser, mais c’est un jeu dangereux où ceux qui paient ne sont pas ceux qui possèdent.

 

Le pari est osé. Il l’est d’autant plus que les salafistes sont en embuscade et qu’en cas d’échec des frères ils apparaîtront peut-être comme la voie la plus claire, l’issue la plus favorable à un peuple qui, comme partout dans le monde, va devoir payer pour les frasques de ses gouvernants aux esprits tortueux.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP to LinkedIn Auto Publish Powered By : XYZScripts.com