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Cahuzac, Guéant et Tapie… Victimes de l’anneau de Gygès ?

Thrasymaque s’oppose à Socrate sur une affaire bien triste, l’utilisation effrénée du sentiment d’impunité. Je caricature bien sûr, comme d’habitude, mais est-ce que tous ces gens, ces voyous, ces corrompus, feraient le dixième de ce qu’ils font si ils n’avaient pas effectivement la sensation permanente de pouvoir passer au travers des mailles du filet de la justice ou même simplement de la réprobation populaire, là est le problème, non ?

 

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De cette dispute naquit l’histoire contée par un des interlocuteurs de Socrate, Gygès était un berger au comportement on ne peut plus aimable, il avait un anneau magique qui, lorsqu’il le tournait sur son doigt le rendait invisible. Grâce à ce bijou, après s’être rendu invisible, il séduisit une Reine, l’épousa après avoir tué son époux et devint le nouveau Roi de Lydie. Où veut en venir le fameux conteur ? Intéressante question, n’est-ce pas ?

« Si on s’abstient de transgresser la loi, c’est parce qu’on ne peut pas faire autrement ; si on pouvait faire le mal impunément, on ne se gênerait pas ! »

La peur de la sanction est telle qu’elle nous empêche de commettre le pire. Pire encore Gygès, qui est un berger vertueux, devient une crapule dès qu’il a la possibilité de ne pas se faire prendre, dès lors que la certitude de son impunité lui est acquise. C’est absolument terrifiant. C’est pour cela que je vous dis souvent que je ne sais pas ce que je ferai dans l’éventualité que j’aie un pouvoir certain sur les autres. Il faut une maîtrise de soi totale et complètement contrôlée pour être certain de ne pas devenir une bête sauvage si on en a l’occasion. Qui suis-je pour affirmer me connaître au point d’être convaincu que je resterai de marbre si je devenais, par exemple, un élu de haut niveau de la nation. Ne perdrais-je pas la tête comme l’ont fait tous ces gens qui se croient intouchables, qui se mettent au-dessus des lois qu’ils ont participé à créer et à faire respecter ? Je ne sais pas ce que je serais capable de faire, du bien à mes amis et du mal à ceux qui me sont opposés, je ne le sais pas de façon suffisamment certaine pour prendre l’engagement devant vous de mes actes à venir si cette possibilité se révélait un jour. Je ne peux prendre que les engagements que je suis sûr de tenir et rien de plus mais rien de moins.

 

Cela entraîne que seule la crainte de la sanction nous garantit que la majorité des membres de notre société respectera les règles qui la régissent. Pour les uns, ce sera une peur de l’enfer, ce sera la religion qui servira de rempart contre les attaques possibles du côté Mr Hyde du Dr Jekyll. Pour d’autres ce sera la peur du gendarme, la peur des tribunaux et des conséquences que cela peut avoir sur son avenir, il est vrai que la prison n’est pas le meilleur endroit où passer ses vacances. Pour encore d’autres, ce sera leur honneur, leur éthique qui va les contraindre à respecter ces sentiments qui les gouvernent, c’est beau, c’est grand, mais finalement n’est-ce pas normal ? On en vient à s’étonner du bienfait que font des personnes de qui nous n’attendions pas ce type de réaction, réaction qui était normale au temps où la morale dirigeait nos consciences. On en arrive à applaudir des actes qui ne sont finalement que respectueux d’une éthique qui a disparue et qui ne mérite aucune félicitation parce que logique et « normale » dans le cadre d’une vie en société respectueuse des droits et devoirs de chacun comme de leurs libertés, personnelle et collective. Chacun a ses raisons de respecter les lois de notre état. Quelques-uns ont préféré ne pas se fixer une telle obligation, ont choisi de prendre le risque de se mettre en contravention des gestes imposés par nos régulations. Parmi ceux-ci nous pouvons trouver des inconscients qui ne se rendent absolument pas compte des risques qu’ils prennent et d’autres, moins stupides ou qui ont quelque peu réfléchi, organisent autour d’eux un réseau qui va les protéger, les prémunir des conséquences de leurs actions négatives et perverses.

 

J’en arrive à mon argument habituel qui fait que je lutte en permanence contre la professionnalisation de la politique. Rendre ou plutôt donner un pouvoir à un être humain de façon quasi permanente est source de problèmessss, je mets beaucoup de « s » parce qu’ils sont vraiment nombreux. Si nous pouvons imaginer nous contrôler un moment, il devient de plus en plus compliqué de résister longtemps à des pressions qui, elles, seront constantes. Le nombre et la constance des demandes de passe-droits, de prébendes, d’aides et de soutiens aussi divers qu’avariés, feront, au bout du compte, que nous craquerons et tomberons dans des comportements contraires à l’éthique. Qui peut être sûr de ce qu’il sera dans quelques semaines, quelques mois, pire encore dans quelques années ? Personne et même si cela peut être garanti au moment où nous prenons nos engagements, nous sommes une partie d’un ensemble d’humains dont les comportements, les pensées influent sur nos congénères comme nous le faisons aussi.

 

Tout vit, tout bouge, tout se meut et évolue, comment peut-on être sûr de quoi que ce soit, nous pouvons tendre vers un but, un objectif, mais seules nos intentions et nos volontés peuvent nous soutenir dans l’exercice de cette recherche et du respect de l’éthique qui fait que le monde et ceux qui l’occupent survivront en essayant de trouver leur bonheur respectif.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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