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Corruption quand tu nous tiens…

Je vous parle souvent de la corruption de nos édiles et des politiciens professionnels qui meublent les vitrines que sont nos téléviseurs, en particulier lors de campagnes électorales faites pour le renouvellement de leurs sources de revenus licites ou pas. La corruption, passive ou active, n’est rien d’autre que de la corruption et je ne crois pas que les payeurs aient une quelconque joie à partager le butin qu’ils tirent de leurs « amis » bien placés. La finesse entre ces deux modes de corruption m’échappera toujours…

 

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Dans le vent semé par la mort de techniciens français dans l’affaire Karachi, il y a de quoi engendrer la tempête qui va survenir dans les prochains mois. Selon « Le Monde » du 7 juillet, la réponse à une commission rogatoire par l’administration suisse permet de constater que les personnalités impliquées avaient des emplois du temps qui les rassemblaient souvent « par hasard » dans une Suisse qui ne doit son succès financier qu’aux tristes magouilles que son système bancaire autorise. Il semblerait aussi, toujours dans cet article que Copé, le Saint Bernard de Sarkozy ait eu quelques relations avec le même intermédiaire Zied Takieddine. Thierry Gaubert, proche de Balladur et Sarkozy, ami de Zied, est dans le collimateur des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, j’espère simplement qu’ils ne manqueront pas leurs cibles, ne serait-ce que pour leur faire payer le prix du sacrifice qu’ils n’ont pas hésiter à faire de vies qui dépendaient d’eux et de Chirac.

 

Mais ici, nous avons à faire à de la corruption de haut vol, comme à celle des sous-marins Scorpène dont je vous parlais la semaine passée. Cependant, cette corruption se généralise et le plus petit des médiocres fonctionnaires ou élus qui a un tant soit peu de pouvoir souhaite parfois s’essayer sur ce territoire scabreux de l’enrichissement indu. C’est abjecte, je le sais mais c’est humain, n’est-ce pas ? Nos modèles ne sont-ils pas nos plus hauts responsables nationaux et locaux ? Peut-être sont-ils même au plus haut poste qu’un Français puisse tenir ou l’ont été ? Je ne serai pas surpris d’apprendre que le PS, comme on peut le voir avec les membres de son parti au nord et au sud du pays, ait aussi quelques soucis de ce même point de vue. On se souvient des bureaux d’études et des sociétés écrans qui firent la joie de la droite dans les années Mitterrand…Malheureusement tout cela ternit l’image de nos dirigeants et ne pousse pas à participer à des élections qui mettent en place les bénéficiaires de prébendes qui nous trahiront comme d’habitude.

 

Je vous donne un exemple de corruption à petit niveau, juste pour vous faire rire un peu et vous dégoûter beaucoup…

 

Cela se passe en Egypte. Le Consulat Général de France recherche un restaurateur pour animer la cafétéria qui doit ouvrir au sous-sol de son nouveau siège sur les bords du Nil. Un appel d’offre est fait et un seule candidat répond à celui-ci tellement le nombre de clients potentiels est limité. Ce proposant n’est autre qu’un Français, associé à son meilleur ami, un Egyptien. A la suite de différentes discussions un rendez-vous est pris en présence de l’Ambassadeur de France, du Consul Général de France au Caire, du responsable financier de l’ambassade et des deux associés restaurateurs. Le Français parle des intentions qu’ils ont de développer un service et une cuisine à la « française » afin de gérer dans un premier temps le Consulat mais dans l’objectif avoué de faire de même avec l’Institut Français d’Egypte comme avec tous les points de restaurations dépendants de l’administration française en Egypte. Tout le monde est d’accord sur ce point si la qualité des prestations est celle souhaitée par les clients de la cafétéria du Consulat.

 

Au terme de la première année d’exercice de la restauration organisée par nos compères, tout le monde se félicite de leur réussite et le contrat est renouvelé pour trois ans. Au même moment, c’est à dire durant les formalités et les négociations menant au renouvellement du contrat du Consulat, un appel d’offre pour l’Institut Français est organisé par son directeur. Nos amis restaurateurs étaient au courant de cet appel d’offre depuis plus d’un an et s’étaient rapprochés du directeur de ce morceau de France au Caire lors des festivités du 14 juillet 2011, en l’invitant, en tout bien tout honneur à visiter leurs installations, pour constater la qualité des services offerts tant dans leur restaurant d’un quartier du Caire, Maadi, qu’au Consulat. Par souci de probité et d’irréprochabilité le directeur refusa. Cette invitation fût renouvelée lors d’un déjeuner où le directeur en question était l’invité du Consul Général à la cafétéria du Consulat. De nouveau le refus fût aimable mais ferme et définitif.

 

La participation à l’appel d’offre attira les convoitises de six compétiteurs dont nos deux gestionnaires de la cafétéria consulaire. Ils arrivèrent seconds malgré la présentation d’un dossier sans égal au regard des autres offres parvenues au « comité de sélection ». Le vainqueur était un hôtelier de Siwa, une oasis dans le désert libyque, professionnel non pas de l’hôtellerie et de la restauration mais de concepts bio et naturels qui firent sa fortune et son succès et lui permit d’ouvrir un hôtel de luxe où les chambres se louent plusieurs centaines de dollars la nuit sans climatisation dans les chambres, on est « nature » ou on ne l’est pas, non ?

 

Comment ce non professionnel pouvait-il avoir gagné ce concours ? J’ai appris entretemps que le directeur de l’Institut Français avait été invité, tout frais payé y compris le vol qui le mena à Siwa avec son épouse, pour la fin d’année 2010. Ce réveillon majestueux et gratuit a-t-il influencé sa décision ? Surement puisqu’il se vantait devant ses subalternes de ses amitiés particulières avec des gens riches et puissants. Il semblerait que l’ambassadeur de l’époque avait aussi bénéficié des largesses de cet hôtelier particulier.

 

Par ailleurs, contrairement au dernier appel d’offre fait du temps du CFCC, Centre Français de Coopération et de Culture, un comité avait été réuni, devant lequel tous les candidats avaient planché comme il se doit dans une compétition honnête. Or, en 2012, le directeur anima à lui seul le comité qui n’en était pas un, aucune comparution des candidats ne fût organisée. La décision fût prise par le dictateur, pardon, le directeur un point c’est tout.

 

Première question : cette corruption peut-elle être classée active ou passive ? Le fait même de la corruption étant indiscutable, seul les détails nous intéressent, vous le comprenez bien.

 

Deuxième question : notre république bananière n’est-elle composée que de gens de cet acabit ?

 

Troisième question : est-ce la meilleure façon de représenter la France que de faire pire, ou aussi mal, que les gens dont on se moque du haut niveau de corruption général ?

 

Morale de cette histoire : L’élu de la compétition ne tint aucune de ces promesses, il ouvrit le restaurant avec près de deux mois de retard. Tous ses prix sont supérieurs à ceux de sa proposition, sa cuisine est médiocre, son menu est une feuille de chou qui contient plus de boissons que de plats, je caricature mais on en est là. Même les chaises qu’il a mises dans la splendide cour de l’Institut sont celles de cafés populaires égyptiens sur lesquelles on ne peut rester assis sans avoir mal aux cuisses et d’avoir envie de partir.

 

Bien sur le directeur est parti pour un autre poste ou est sur le point de le faire, l’ambassadeur est lui aussi promis à de hautes fonctions, nommé par le nouveau clown de l’Elysée dans le cadre d’une mission sur les pays arabes, et ainsi la vie suit son cours paisiblement d’une corruption à une autre dans le meilleur des mondes pourris que nous fabriquent les voyous qui nous gouvernent.

 

Je conseille à mon ami, que j’aime comme un frère, de déposer un recours devant le nouvel ambassadeur, le nouveau directeur de l’Institut et de pousser encore plus loin cette triste affaire devant de plus hautes instances si nécessaire…

 

Mais il est Français et trop gentil… Mais méfiez-vous de l’eau qui dort !

 

Haroun.

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