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De 2 maux, prenez le moindre… Militaire ou militaire ?

L’Egypte est un pays magique, je dirais même particulier et magique. Y ayant vécu plus de onze ans, je perçois quelque peu, j’entrevois dans les comportements de mes anciens hôtes des symptômes qui ne trompent pas. Hier je disais que la liberté n’était pas de choisir son maître, qu’elle était bien plus riche et risquée que le fait de se mettre à genoux devant celui qui nous la prendrait ne serait-ce qu’en échange d’une sécurité et de certitudes pour notre avenir. La liberté, sujet ô combien développé et étudié par les vrais et faux philosophes, n’est pas ce que l’on croit…

 

Morsi-avant-la-prison.jpg

 

L’exemple de l’Egypte est intéressant, il permet l’étude, ici forcément pauvre et limitée mais beaucoup plus importante chez des gens qui ont un cerveau et qui l’utilisent, des comportements humains face aux incertitudes générées par les excès. Peu importe dans quel sens ces mêmes excès nous mènent, les excès ont tous un point commun, ils sont le reflet d’une situation d’exacerbation quelle qu’elle soit. Ils sont l’explosion d’émotions portées à leur paroxysme dans des événements dont les protagonistes n’ont aucune idée de l’issue réelle à son terme. Il en est ainsi de la pseudo révolution égyptienne née le 25 janvier 2011 et décédée le 30 juin 2013. Partant d’une inspiration extérieure, financée de manière occulte par les USA d’un côté et par les pays du Golfe de l’autre, la jeunesse, tout d’abord globale et ensuite divisée en fonction de critères religieux, exprima son rejet d’une gestion « familiale » et dictatoriale de l’état. Aidée en cela par le refus des militaires de laisser le pouvoir à un civil, fils de l’ancien président Moubarak, cette jeunesse, au tempérament fort et qui souhaite vivre à l’américaine, vue assez simpliste d’une existence faite de plaisir et de consommation outrancière, les militaires eux-mêmes éjectèrent leur « patron » d’alors. Il faut savoir que les Egyptiens pensent que l’armée leur veut du bien et, qu’en dernier recours, celle-ci prendra toujours la défense du peuple. Grave incompréhension, sombre erreur, les militaires n’ont aucun autre intérêt que les leurs… A aucun moment je n’ai pensé qu’une démocratie pouvait s’installer en Egypte, quand je dis démocratie je veux parler d’un régime comme ceux que nous avons en occident. Il m’est toujours apparu que les militaires aidés par des influences inspiratrices externes garderaient le pouvoir ad vitam aeternam dans ce pays fantastique. La raison majeure de cette réflexion personnelle est que les Egyptiens ne sont pas attirés par la démocratie et , de plus, ne savent pas ce qu’elle représente, en revanche ils le sont par les Pharaons, par les hommes puissants qui leur garantissent paix, vie facile et tranquillité.

 

Des manipulations extérieures, visant à déstabiliser la nation, mirent en avant l’aspect religieux, poussèrent en avant les plus orthodoxes des musulmans à des postes et des responsabilités qui ne pouvaient convenir à des personnes aux idées étriquées et limitées à leurs propres interprétations du Coran, parfois diamétralement opposées aux écrits coraniques et aux hadisses, textes complémentaires au Coran qui reprennent des citations du Prophète Mahomet et des études de cas qu’il avait résolus. C’est comme cela que Morsi se retrouva propulsé au poste de président avec une majorité substantielle. En fait, si vous voulez, nous pouvons faire une analogie entre le rejet de Sarkozy par les Français et le rejet de Moubarak et compagnie par les Egyptiens. Seuls les frères musulmans étaient préparés à prendre le pouvoir et ils l’ont pris. Ce qui est comique est de voir que les anciens présidents se disputent la vedette dans les actualités judiciaires égyptiennes. Ils n’avaient pas fini le procès de Moubarak que, déjà, son successeur se retrouva sous les verrous. Comble du ridicule, l’armée vient de demander à son maréchal de se présenter aux futures élections présidentielles. Après avoir fait leur révolution, la vraie, en 1956, l’Egypte ne connut jamais de président qui ne soit pas militaire. La seule tentative se déroula sous nos yeux avec Mohamed Morsi durant moins de deux ans. Nasser, Sadate, Moubarak (et bientôt Sissi) étaient des militaires, des vrais, des professionnels, des stratèges. L’armée, pour reprendre le pouvoir, qu’elle avait confié à des incompétents pour bien montrer que, eux, ne le sont pas, va jusqu’à mettre en disponibilité son commandant en chef pour lui garantir un travail à temps complet lorsqu’il sera président. Quel talent, quelle générosité…

 

On voit ici l’exemple même du choix délibéré d’un peuple pour celui qui va lui passer les chaînes aux pieds, aux mains et à la tête. La vie va reprendre le cours qu’elle avait avant l’intermède Morsi. Les rues vont devenir plus sûres, c’est certainement ce qui importe le plus aux Egyptiens aujourd’hui, les touristes vont pouvoir revenir et garnir les sites historiques et les plages qui ont fait le bonheur de millions de personnes jusqu’à ce jour mais qui avaient été délaissées faute de sécurité. C’est tout ce que veulent les Egyptiens, ils ne veulent pas de la liberté, ils veulent vivre en paix, manger à leur faim, éventuellement envoyer leurs enfants à l’école. Le minimum sera à fournir pour la future équipe de dirigeants qui vont pouvoir recommencer à racketter, à rançonner leur pays et ses habitants. Mais de quel droit les jugerais-je, s’ils sont heureux comme cela, c’est leur droit le plus imprescriptible que de se mettre à la disposition de leur nouveau maître, ce n’est pas honteux si c’est leur volonté. Des amis égyptiens me disaient hier que leur peuple ne pouvait vouloir la démocratie, car, plus de 40 % de la population ne sachant ni lire ni écrire, cela compromettait toute réflexion sur la liberté et les responsabilités qu’elle demande d’assumer à ceux qui la veulent.

 

Alors oui, la liberté est aussi relative que le temps et toutes les choses qui touchent à l’humain et nous avons le tort de croire que ce qui est bon pour nous l’est forcément pour tout le monde. Ce n’est pas vrai, notre liberté n’est pas la même que celle des autres et notre façon de la vivre non plus…

Alors, pourquoi vouloir l’imposer partout ? Pour défendre notre hégémonie prédatrice ???

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

2 Comments

  1. michel-la-six Répondre

    En effet, et je le dis sans malice, ou presque, une dictature est bien plus facile à imposer qu’une démocratie, qui n’en serait plus une ! Mais je suis sans doute plus soucieux aujourd’hui du
    mauvais temps ici que de printemps arabes plus ou moins suscités et restant étrangers dans la plupart des cas aux peuples concernés.

    1. Point de Vue Incorrect Répondre

      C’est pour cela que le monde, dans son entier, se dirige, bon gré mal gré, vers la dictature, d’abord locale et ensuite globalisée.

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