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Démocratie… Religieuse ou laïque ?

 

La victoire des listes islamistes en Egypte au premier tour des législatives est donc confirmée. Les frères musulmans ont remporté 36,62% (3,5 millions de voix), le parti salafiste Al-Nour 24,36% (2,3 millions) et le Wassat (islamistes modérés) 4,27%, (environ 416.000 voix). Le premier tour se termine par un laminage des forces libérales et laïques pour le premier tiers des gouvernorats égyptiens, dont les deux principales villes, la capitale Le Caire et Alexandrie.

 

Elections-Egypte.jpgJe vais jouer les grands analystes politologues façon France 24, c’est à dire bruyants mais creux. Non, il vaut mieux que je reste aussi sot que d’habitude, c’est plus drôle pour vous et pour moi… Je vous la fais courte, enfin j’essaie…

 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Depuis 1928 les frères musulmans prônent un état où la religion régit les rapports des citoyens entre eux ainsi que ceux entre ceux-ci et leur état. C’est leur choix et je ne le discute pas ni n’en détermine s’il est démocratique ou pas, là n’est pas la question. Ce parti a un fondement religieux et c’est tout. Ils furent interdits longtemps et travaillèrent sans cesse sous le manteau et ceci sans relâche. Durant la période Moubarak, bien qu’interdit, le parti des frères était toléré, et, seules quelques arrestations en masse une ou deux fois dans l’année contenaient le développement de leur obédience. Ils étaient tolérés mais maîtrisés. Depuis les évènements de ce début d’année et le départ du raïs, ils peuvent plus ou moins laisser libre court à leurs mouvements comme à leurs interventions face à une armée parfois complice parfois dépassée.

Mais une chose est sure, ils n’ont jamais cessé de s’intéresser aux Egyptiens, ils ont redoublé d’ardeur avec la pseudo tolérance moubarakienne et ont étendu leurs champs d’activité à la fois dans l’espace égyptien mais aussi autour en harmonisant leurs relations avec le Hamas et d’autres mouvements islamiques non salafistes. Ils ont créé des hôpitaux, des écoles, aidé de pauvres gens, fait de la micro finance, tout cela dans les endroits négligés par le pouvoir en place qui était bien content que d’autres que lui financent le silence des régions défavorisées du pays. On peut leur reprocher beaucoup de choses mais certes pas de s’être intéressés à leurs ouailles qui sont devenus aujourd’hui leurs électeurs.

 

Alors, que les laïques et les chrétiens soient effrayés par ces masses d’élus qui vont noyer les leurs me semble normal. Qu’ils aient peur est non seulement normal mais aussi mérité. Pendant que beaucoup d’entre eux s’occupaient à développer leurs affaires et leurs intérêts par des compromissions avec les gouvernements passés, leurs ennemis jurés, les frères musulmans, passaient leur temps à agrandir le nombre de leurs adeptes et de leurs alliés. Maintenant, tous ces braves laïques et démocrates de la dernière heure, qui n’ont jamais pris le risque de s’opposer au pouvoir en place comme le firent les frères musulmans, peuvent regretter d’avoir laissé sur le bord du chemin tous les laissés pour compte pris en charge par leurs opposants musulmans, mais c’est trop tard. On ne peut pas être démocrate à temps partiel, on doit être présent et lutter pour faire valoir nos arguments sans cesse et sans crainte de se faire embastiller. Combien d’années de prison les frères musulmans ont-ils écopé au total, on peut les compter par siècles, pour les nouveaux démocrates les additions seront vite faites… En revanche ils sont plus fortunés…

 

Je ne suis pas un fan des frères musulmans, mais notre aveuglement nous rend injuste. Comment voulez-vous que ce peuple délaissé par tous ne se retrouve pas dans les bras de ceux qui étaient là aux pires moments de leurs vies. Je trouve au contraire que leur loyauté les honore, ils remercient comme il se doit ceux qui leur ont tendu une main fraternelle dans le passé. Ne nous étonnons donc pas du succès des islamistes, ils portent en leur sein la morale qui manque à tous les gouvernements passés, présents et à venir et partout sur notre terre, ils portent l’espoir d’une justice que notre démocratie, même en France, n’a pas été capable de faire régner en permanence. Justice à deux vitesses, médecine à deux vitesses, j’en oublie certainement, sont les exemples des manquements que la religion parait garantir en théorie. Reste maintenant à voir la mise en pratique mais les êtres sont des êtres et j’ai bien peur que le pire soit à venir, mais en attendant, ne faisons pas les étonnés, les chrétiens d’Egypte ainsi que les démocrates n’ont malheureusement que le résultat de ce qu’ils avaient semé… Rien.

 

Que va-t-il se passer maintenant ?

Beaucoup de beaux parleurs vont vous dire que l’Islam va tout réglementer au plus près de la elections-egypte.jpgcharia, en privant les femmes, tous les islamistes modérés, les démocrates, et ceux qui s’opposent à eux de façon générale, de la liberté dont ils rêvaient.

Pour ma part, je pense plus simplement que les frères musulmans vont d’abord, pour ce second tour qui commence demain, s’opposer aux salafistes qui leur taillent des croupières ou en tout cas les ennuient dans beaucoup de villes et villages. Cette lutte fratricide laissera des traces qui devraient, je le souhaite, permettre aux frères, grands gagnants de ces élections, de réunir autour d’eux des partis moins radicaux que les salafistes mais aussi, pour avoir la majorité dont ils auront besoin, de libéraux qui mettront un peu d’eau dans leur eau puisque le vin leur sera interdit… Cela ne garantira pas l’avenir à long terme car nous avons vu par le passé que toutes les théocraties ont toujours été plus rigoureuses en prenant de l’âge.  Mais cela peut peut-être donner suffisamment de temps aux libéraux et aux démocrates de se créer des réseaux et d’augmenter leur présence et leur soutien loin des salons où ils ont l’habitude de palabrer.

Seule leur pénétration des provinces avec un développement de l’instruction (qu’ils devraient prendre en charge s’ils étaient intelligents) les autorisera à devenir autre chose que des grains de sable dans le désert. Sans cela, l’Egypte restera une terre musulmane où règnera une théocratie sans partage. Les deux années prochaines seront des années difficiles et de combat pour tous les démocrates égyptiens, sans ces luttes à venir, mieux vaut accepter son destin tel qu’il se dessine ou fuir le pays.

 

Qu’adviendra-t-il de la démocratie laïque ?

Passé ce délai de deux années, sans retour à une démocratie laïque à son terme, la théocratie dont je parlais ci-dessus s’installera et aura tout le temps pour elle. Les politiciens ont des limites temporelles claires, Dieu n’en a pas et ses représentants, plus ou moins honnêtes, non plus.

 

Haroun.

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