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Déontologie journalistique…

Il fût un temps où les journalistes avaient le choix entre deux comportements qui étaient, tous deux, les seules voies du journalisme, du vrai journalisme… Lesquelles étaient-elles ? Celle du reportage et celle du constat évènementiel. La première envoyait des journalistes volontaires aux quatre coins du monde pour rapporter des informations sur ce qui s’y passait, la seconde se contentait de relater sans parti pris des faits ayant eu lieu dans l’environnement direct du support.

 

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Ces deux méthodes journalistiques étaient, de plus, usitées par des professionnels ayant à la fois une conscience professionnelle qui outrepassait leur égo et de beaucoup, mais aussi une probité intellectuelle et matérielle pour la plupart d’entre eux. Bien sur il y a toujours eu des gens « bien » et des gens « pas bien ». Comme maintenant, nous avons des journalistes « biens » et d’autres « pas bien », la seule différence entre le passé et le présent tient au changement des proportions attribuées à chacune de ces deux catégories. Jadis, les « bien » devançaient les « pas bien ». Pourquoi ? Tout bonnement parce que notre société n’a jamais été aussi matérialiste qu’en ce moment et que, cela étant, les intérêts personnels ont de loin dépassé l’intérêt général ou l’éthique chez nos amis journaleux qui rêvent plus de gloire et de richesse que d’honnêteté et d’humilité, si tant est qu’elles existent dans cette corporation.

 

J’ai eu la chance de gouverner aux destinées d’un magazine de loisirs et de deux quotidiens sur Internet. Pour disposer d’un contenu varié et agréable à mes lecteurs, un rédacteur en chef et plusieurs pigistes me procuraient un contenu, comme on dit maintenant, qui était supposé satisfaire nos clients. Un directeur artistique se chargeait de la mise en page et de la présentation générale du support avec mon aide aussi humble que possible. J’ai pu voir défiler toutes sortes de personnages qui souhaitaient apporter leur génie journalistique à notre équipe, depuis le journaliste le plus modeste au conteur d’histoires à dormir debout bouffi de mythomanie ou de mégalomanie en fonction des cas. Mais je dois avouer que l’évolution a toujours été dans le sens du mal en pis plutôt que l’inverse. La mode aidant, il est de bon ton d’être journaliste de nos jours, cela prouve qu’on est membre de la caste des intellectuels, celle des cultivés, celle de ceux qui savent, celle de ceux à qui on ne la fait pas, mais en vérité c’est surtout la caste des gens qui se prennent pour plus qu’ils ne sont.

 

Les médias, représentant un pouvoir nouveau et puissant, sont donc truffés de ces braves rédacteurs d’articles. Il faut savoir que beaucoup de sociétés s’arrangent pour que ces professionnels de l’information parlent d’elles dans du texte plutôt qu’en finançant de la publicité. Même lobotomisé, le public fait encore la différence entre texte objectif et publicité outrancière et mensongère. Certains journalistes, pour des raisons toujours bonnes à leurs propres yeux, acceptent de participer à une corruption dont je ne sais si elle est active ou passive mais qui est bien réelle et vantent les mérites de ceci ou cela contre des avantages quels qu’ils soient. Certains en profitent pour évoluer dans les hiérarchies des pourris et prendre les places que des gens mieux qu’eux n’ont pas su garder en se laissant corrompre de la même manière. Certains, juste pour faire luire encore plus les chaussures de leurs idoles politiques ou artistiques, sont prêts aux mêmes compromissions.

Pour l’exemple on se souvient des notes de frais de PPDA qui défrayèrent la chronique en son temps.

 

En plus de ces prébendes et autres privilèges, ces faquins s’autorisent à user de leurs supports pour défendre leur propre caste. C’est comme cela que pour les otages non journalistes, vous aurez droit à une allusion chaque mercredi durant les journaux télévisés, alors que pour un ou des journalistes, c’est tous les jours et sans arrêt qu’on les montre et en parle à qui mieux mieux. Belle équité, beau sens moral, judicieuse impartialité… Quelle qualité d’information !

 

Mais il y a encore pire… Quand nos journalistes n’ont rien à dire qui les intéressent, ils créent l’information. Vous ne me croyez pas ? Exemple : la vidéo nulle et sans queue ni tête qui mît le feu aux poudres des pays musulmans. Personne ne savait qu’elle était en ligne, personne ne savait même qu’elle avait été tournée tant son succès fut médiocre aux USA. Mais cette vidéo, aussi abominable soit-elle, a été mise en sujet prioritaire et en boucle sur tous les écrans, dans tous les quotidiens, sur toutes les radios des pays du Moyen Orient et du reste de notre planète, à tel point que la moutarde monta forcément aux nez des plus stupides d’entre nous, pour aboutir aux résultats qu’on connait.

Autre exemple : la campagne gratuite de publicité, organisée de toutes pièces et sur tous les supports médias connus, télés, radios, journaux, magazines, pour Charlie Hebdo et sa couverture montrant Intouchables 2. Deux jours avant sa parution jusqu’à l’épuisement de sa première édition, les commentateurs ont montré ce dessin et ont gonflé et chauffé à blanc les testicules de tout le monde alors qu’on se fout royalement de Charlie Hebdo d’une façon générale et habituelle. Vous savez ce que je pense de la liberté de penser et mes articles vous l’ont une fois de plus expliqué, mais là, il ne s’agissait pas de journalisme, le problème n’était pas encore survenu. En revanche, tous les minables scribouillards s’en sont donné à coeur joie de monter en épingle le « POSSIBLE DEVENIR D’UN EVENEMENT ». Evidemment, à force de répéter que ça va péter, ça pète toujours.

 

Ce n’est pas du journalisme, c’est un attentat contre la paix civile et une tentative d’embrasement entre des communautés.

Ne lisez plus les journaux, débranchez vos télés à l’heure des informations toutes aussi mensongères qu’inutiles pour comprendre notre société. Rechercher votre information de façon personnelle et responsable, mieux vaut peu de nouvelles vraies que beaucoup de fausses.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

2 Comments

  1. Pascale Répondre

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi pour Charlie Hebdo. Charb faisait ce qu’il faisait et surtout, que son journal est toujours l’étincelle qui met le feu aux poudres. Nous savions tous
    qu’il réagirait à l’actu. Sur ce coup, les journalistes ont (au contraire !) posé la problématique : la liberté de la presse autorise-t-elle tout ? Même les enfants en ont parlé entre eux et
    c’est bien !

    Bises.

    1. point-de-vue-incorrect Répondre

      Nous sommes bien d’accord. Mon exposé, certainement peu clair, consistait juste à dire que la montée en pression créée par les journalistes avant la publication de Charlie Hebdo, avait créé une
      information qui n’aurait dû en être une qu’après la publication. Et c’est là que le bat blesse, les journalistes doivent relater ou analyser ce qui s’est passé et pas généré les informations dont
      ils souhaitent ensuite débattre.

      Cela étant, tout peut et doit être dit.

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