Log In

Editôt ou éditard (54)

Etre ou ne pas être ? P’tête ben que oui ou…

La semaine a mal commencé en matière de climatologie, malgré un soleil pointant son nez tardivement dans l’après-midi, les journées se suivent et se ressemblent tristement. Avec un ciel plombé de nuages, chargés eux-mêmes d’une pluie bienfaisante mais lassante tout de même depuis les mois qu’elle dure, la beauté de ce ciel ombrageux ne suffit pas à me mettre en émoi et c’est de mon besoin de chaleur que nait mon désespoir. Désespoir qui va certainement apparaître dans les lignes qui suivent et pour lequel je vous demande la plus grande commisération.

 

Ecriture.jpg

 

Comme cela m’arrive parfois, heureusement rarement, que tous les Dieux disponibles me protègent, je vois l’inutilité de mon écriture, de mon intérêt et de mon amour du genre humain. Il est vrai que votre présence, mes très Chers lecteurs, me remplit d’une joie non dissimulée, mais… Mais, il n’est pas ridicule, et encore moins irréaliste, de dire que ce que je fais ou rien représente à peu de choses près le zéro absolu. Quel est le but de ma démarche et est-elle, comme je le crois souvent mais à tort surement, nécessaire, voire utile, voire compréhensible ? Je suis hésitant quant à penser si je dois être fier d’être lu par tant de personnes ou honteux de l’être par si peu. Non, ce n’est pas du spleen, ni une conséquence du stress, ni une dépression passagère. Cette question mérite d’être posée, elle doit l’être pour savoir si une telle démarche vaut la peine d’être continuée et de perdurer en dépit de son insuccès notoire. De là surgissent d’autres questions, toujours aussi existentielles et désagréables. Les principales reposent sur les buts avoués et les éventuelles fins dissimulées derrière une façade faite de générosité et d’affection au bénéfice de mes prochains. Suis-je sincère dans la défense de mes frères humains, cette colère qui gronde et s’amplifie dans le tréfonds de mon cœur lorsque je vois la souffrance de certains hommes, est-elle un élan d’altruisme ou simplement le désir inavoué d’une reconnaissance, la volonté d’influencer les autres dans le but ultime de me bâtir une réussite façon « success story » à l’américaine avec, à la clé, un enrichissement financier et une arrivée en fanfare sur les écrans et les radios, symbole du vrai triomphe dans notre société hyper matérialiste et déshumanisée. Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Eternelles questions auxquelles nous sommes peu à pouvoir répondre honnêtement du fait de notre propre ignorance de ce que nous sommes réellement.

 

Si ce que nous faisons ne doit être accompli que pour atteindre un résultat concret, prouvé pedagogie_reussite.jpgscientifiquement et admis par tous, tous nos projets ou presque, beaucoup de nos idées deviendraient des pertes de temps, des caprices inutiles et dont la réalisation ne revêtirait qu’un piètre intérêt de la part de ceux qui nous jugeraient pour ce travail, qui n’en est pas un, du fait de son inefficacité et de son manque complet d’efficience. Autrement dit, pour rester humain, nous devons aussi faire des choses, tirer des plans, inventer, et tout ça inutilement, juste pour la beauté du geste ou pour donner du grain à moudre à nos neurones gorgés de neuroleptiques et soumis aux affres de la lobotomisation en douceur de nos médias chéris et corrompus. La culture du résultat est une des conséquences de notre société « orientée profit » comme disent les hommes d’affaires sur-occupés à faire de l’argent sans toutefois savoir pourquoi. Je ne crois pas que nous ayons à procurer un résultat à tout ce que nous entreprenons, tout simplement parce que l’art, par exemple, ne peut répondre à ce type d’attente. Pouvons-nous annoncer brutalement à un peintre ou un sculpteur que son travail n’est pas fini ou ne convient pas à ce qu’on espérait ? Le culte du résultat à tout prix est le fruit de cette recherche inextinguible du profit et seulement cela. Mais toutes nos activités sont-elles susceptibles de générer des profits ? Il est vrai que certains peuvent faire des enfants dans le but inavoué d’obtenir des avantages sociaux encore plus importants, que d’autres peuvent tenter de monter des tours Eiffel en allumettes pour entrer dans le livre des records, mais est-ce bien de cela que nous parlons ? Que nos actions soient éthiques ou non, elles peuvent être désintéressées, elles ne sont pas obligatoirement génératrices d’un quelconque intérêt ou alors à un terme si long qu’elles en sortent du cadre habituel de nos attentes de rentabilité. Par exemple, si j’écris dans le but de devenir célèbre et de pouvoir vivre de mes textes, aussi médiocres soient-ils, ce n’est pas vraiment dans le but d’obtenir un retour immédiat sur mon travail mais une façon lente et difficile d’entreprendre une tentative de réaliser ce que je souhaite faire et d’en vivre, peut-être, ce n’est qu’une éventualité, je ne suis même pas sûr de vouloir cette reconnaissance mais si elle venait, serais-je à même de la rejeter, de refuser la gloire, de m’effacer généreusement pour laisser ma place à un autre qui parcourrait le même itinéraire ? Même moi, je ne le sais pas… C’est vous dire !

 

Force est de constater que ce que j’écris ne l’est que pour moi. Ce que nous faisons est d’abord pour nous, ensuite, nous pouvons élargir le cercle des bénéficiaires mais la première cible, l’objectif primordial est centré sur nous. Mon écriture est ma thérapie, ma façon personnelle de faire passer ce que je pense et de le partager avec ceux qui le souhaitent, sans contrainte ni agressivité, sans recherche de résultat. Les résultats ne sont que la ou les cerises sur le gâteau, mais le gâteau est là, même sans cerise.

Donc, malheureusement pour vous tous, mes très Chers lecteurs, je vais tout de même continuer d’écrire, d’abord pour moi, ensuite pour vous, et, même si l’humanité ignore de façon absolue mon existence, aussi pour elle, parce que je me moque du résultat mais si je ne le fais pas je n’aurais jamais la chance de pouvoir réussir à transmettre tout ou partie de mes idées. Comme le disent les escrocs de la française des jeux, seuls ceux qui jouent ont une chance de gagner.

 

A mon jeu, tout ceux qui jouent gagnent, c’est quand même plus sympa, non ?

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP to LinkedIn Auto Publish Powered By : XYZScripts.com