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Editôt ou éditard (34)

Hier, trois lettres et manuscrits de Napoléon ont été adjugés près de 700.000 € lors d’une vente à Fontainebleau… Quel talent, quelle réussite, mais, quelle horreur, quelle honte. Alors que des millions, voire des milliards, d’individus de notre fraternité humaine meurent de faim, de soif, de combats inutiles et fratricides, d’autres achètent des feuilles de papier qui n’ont d’autre qualité que d’être couvertes d’encre, jetée là par des hommes qualifiés d’illustres. Bizarre autant qu’étrange, non ?

 

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Oui, notre monde marche sur la tête, il tourne à l’envers et ne se contente pas de ça, il recherche par tous les moyens à accélérer cette rotation contre nature et contre son propre intérêt. Vous allez me dire que je ne suis jamais content et que des collectionneurs peuvent bien mettre tout l’argent qu’ils souhaitent et qui leur appartient dans du papier toilette s’ils l’entendent comme cela. En fait, c’est vrai, cet argent est le leur mais ce n’est pas leurs investissements que je critique. Comme d’habitude, les gens confondent le fond et la forme du fait même que notre société fait tout ce qu’elle peut pour retirer le fond de ses actions, pour retirer le sens de nos réalisations et n’en laisser que les apparences qui sont, non seulement trompeuses, mais volontairement tronquées pour mieux nous gruger et nous faire consommer.

Cette fois, c’est le musée des lettres et manuscrits qui fît l’acquisition de ces documents, une fois n’est pas coutume, cela permettra de garder ces documents à la disposition des chercheurs et du public intéressé, c’est un moindre mal, on s’en sort relativement bien malgré un prix dépassant l’entendement.

 

Je ne doute pas de l’intérêt historique, de la connaissance nécessaire et utile de notre passé, au travers des écrits que les hommes qui nous précédaient dans ce bas monde ont laissé par les traces de leurs réflexions et de leurs décisions. Bien sur que non, je trouve cela à la fois riche et plein de sagesse. Mais cette connaissance doit nous permettre de ne pas générer les mêmes erreurs que celles que ces « grands hommes » ont commises. Nous ne tirons pas les leçons de leurs comportements négatifs et n’attachons d’importance qu’à l’aspect propriétaire de ces informations qui sont, il faut le savoir, du domaine public et devraient être divulguées dans l’intérêt collectif. L’histoire ne peut être la propriété de quelques uns et son contenu est libre d’accès à tous et pour tous. Non seulement nous mettons entre les mains de gens, qui ne pensent qu’à eux, des documents qui sont l’histoire de tous, mais, de plus, l’accès à ces mêmes documents deviendra très difficile et peut-être payant pour tout ceux qui auraient la nécessité ou le plaisir de les étudier.

 

D’autre part, ce n’est pas la lettre ou le manuscrit qui est important mais bien leur contenu, les mots qui, juxtaposés selon l’ordre souhaité par leurs auteurs signifient des idées, des réflexions, des propositions ou des décisions. Encore une fois, nous confondons le fond et la forme. Un des exemples que je cite souvent pour démontrer l’importance de bien cerner les différences entre contenant et contenu est celui de la lettre justement. Quand j’en reçois une, ce qui m’intéresse n’est pas l’enveloppe mais bien son contenu. Quand bien même serais-je collectionneur de timbres, je prendrais le timbre, mais sans omettre que quelqu’un s’est donné la peine, ou le plaisir, de me l’envoyer pour me dire quelque chose qu’il jugeait suffisamment important pour me le communiquer. C’est bien la lettre par elle-même, qui, par son contenu, revêt toute l’importance de ce courrier. La communication n’est pas le fait d’envoyer du papier mais bien d’y inscrire dessus l’objet de cette communication volontaire. Donc, par cette voie, j’essaie d’éclairer les différences qui séparent le fond de la forme. Mais avec l’exemple de la vente d’hier, on va encore plus loin. Même la lettre n’est plus prise en compte pour ce qu’elle contient mais seulement par la qualité de la signature qui la garnit. Mon exemple est anéanti par des collectionneurs, qui donnent plus de signification à une traînée d’encre, si elle compose l’autographe qui appartient à une sommité passée, qu’au message qui la précède. Si par bonheur mon exemple a pu convaincre quelques uns de mes élèves, aujourd’hui il va falloir que j’en change si je veux obtenir le même résultat car, une fois de plus, les apparences ont eu raison du sens profond de ce qu’elles cachaient. Je dois malheureusement prendre en charge ces évolutions permanentes et négatives de notre société pour moduler le sens de mes propos et je constate que le consumérisme et le matérialisme ambiants ne peuvent qu’alimenter cette progression des signes extérieurs au détriment du message qu’ils contiennent. Nous sommes obligés de nous plier aux exigences de notre civilisation qui marche sur la tête, et, c’est à nous qu’il revient de nous opposer et d’expliquer aux générations nouvelles que les choses ne furent pas toujours comme cela, que les secrets détenus dans les millions d’informations quotidiennes qui nous pourrissent la vie en nous faisant croire qu’elles y donnent un sens, recèlent plus de connaissances que les emballages marketing qui les contiennent.

 

Mais, combien de temps pourrons-nous encore avoir des témoins du passé, qui attesteront de cette analyse, on ne peut plus différente, et qui ouvriront les yeux des jeunes sur une autre manière d’appréhender et d’assimiler des informations qui ne sont faites que pour nous manipuler.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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