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Editôt ou éditard (35)

Jusqu’où s’arrêteront-ils ?

Nous avons tous appris en musique que « une blanche vaut deux noires », saviez-vous que c’est un père de la révolution française, Jean-Jacques Rousseau, qui est l’auteur d’une réforme du solfège qui est toujours exploitée aujourd’hui par nos musiciens, qu’ils soient des stars incontestées de la musique dite classique ou des chanteurs sans voix de la musique dite moderne. J’ai toujours cru que cette équivalence musicale ne prévalait qu’en cette matière… Eh bien, non !

 

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L’égalité n’est que très rarement le fait de l’homme. Quand il génère une égalité par son intervention, c’est, dans la plupart des cas, pour mieux préparer une opération qui lui conférera encore plus de pouvoir ou d’argent ou tout autre chose dont il aura seul le bénéfice. L’égalité est la meilleure rampe de lancement de l’égoïsme parce que l’homme possède une conscience. En jouant justement sur nos consciences, les manipulateurs de tout acabit peuvent atteindre des sommets de réussite personnelle ou plus trivialement d’enrichissement sur le dos de nos mouvements de cœur, de nos émotions parfois reposant uniquement sur nos consciences alourdies par notre égocentrisme exacerbé. Sans conscience le bien et le mal n’existeraient pas. Qu’on l’appelle conscience ou éthique, ce qui n’est tout de même pas la même signification, ce sont ces caractéristiques humaines qui nous font réagir à des situations qui nous semblent contraires à celles-ci. La mendicité et le système caritatif qui repose sur elle en sont les plus parfaits protagonistes et les plus grands bénéficiaires.

 

Alors si une blanche vaut deux noires en musique, il est triste de constater qu’en vies humaines on est diantrement loin de ce ratio extrêmement positif pour les noirs, vous rendez-vous compte seulement deux pour un, c’est tellement bien. En matière de santé, il en va vraiment autrement. Prenons par exemple une comparaison entre les victimes des myopathies et celles du paludisme. Là le ratio est beaucoup moins favorables aux noirs, juste pour vous donner une idée, quelques milliers de malades atteints des différentes formes de myopathies et 655 000 morts, dont l’immense majorité d’enfants, pour le paludisme. Nous vivons dans un monde où tout est compté, évalué, jaugé et jugé, alors je vais employer les mêmes méthodes que les mécréants qui nous dirigent. Si nous admettons que, environ, trois millions de personnes sont touchées directement ou indirectement, majoritairement des enfants, souffrent de myopathies et que certains d’entre eux, nettement moins, en meurent. Soyons même généreux et accordons à ces marchands de mort une comparaison entre des gosses qui souffrent de myopathies avec d’autres qui sont victimes de paludisme, soit en chiffres trois millions pour les myopathies et 216 millions pour la malaria, le ratio passe à un blanc pour 72 noirs. Le prix de la vie humaine varie en fonction de la géographie. Il varie aussi en fonction de la couleur de peau. Quand je dis blanc, je peux dire Français puisque le téléthon que nous venons de voir encaisser plus de quatre vingt millions d’euros, s’est déroulé en France au profit des victimes, y résidant, de cette maladie.

 

Selon le Rapport sur le paludisme dans le monde 2011, on a enregistré, en 2010, 216 millions de cas de paludisme (avec une marge d’incertitude comprise entre 149 millions et 274 millions) qui ont causé 655 000 décès (avec une marge d’incertitude comprise entre 537 000 et 907 000), soit une diminution de la mortalité de 25% au niveau mondial par rapport à 2000 et de 33 % dans la Région africaine de l’OMS. La plupart des décès surviennent chez des enfants vivant en Afrique, où chaque minute un enfant meurt du paludisme.

 

Ne croyez pas que je sois insensible à la vue de ces enfants malades et souffrant de handicaps certainement monstrueux. Non, ce n’est pas le problème, un enfant malade, où qu’il soit dans le monde, quelle que soit sa couleur ou sa religion est une insulte à notre intelligence et à notre éthique. Mais les larmes que tirent de mes yeux ces enfants que l’on expose pour générer toujours plus de générosité, ne sont-elles pas celles d’un crocodile. On touche ma sensibilité de père, de grand-père pour mieux me tirer des sous de la poche. C’est parfaitement abjecte si l’on considère que des millions d’enfants meurent chaque années sans que personne n’y trouve à redire quoi que ce soit. Si je ne fais pas ce que je dois pour les millions d’enfants qui meurent partout dans le monde, puis-je me racheter une conscience en envoyant une poignée d’euros aux malades qui ont « la chance » d’habiter en France, pays de cocagne où même les plus à plaindre le sont moins que des centaines de millions d’autres ailleurs. Il en va de même pour la santé que pour la gestion de notre monde. Nous faisons tout dans l’illusion que notre espace de vie personnel, que l’on imagine déconnecté du reste du monde, est le seul qui existe, on ferme nos yeux sur les misères de nos voisins pour mieux se concentrer sur nos petits soucis quotidiens. Mais en agissant ainsi nous faisons l’impasse sur la petitesse de notre planète. Ce qui arrive à l’autre face de la terre risque et va certainement nous arriver aussi. Nous sommes tous sur cette petite boule bleue, nous ne sommes que de passage, rien ne dure et c’est bien ainsi. Ce qui survient chez nos voisins doit nous toucher autant que ce qui advient aux nôtres, pas dans l’émotion et les sentiments bien entendu, mais dans la dimension de l’humanité qui nous anime et qui fait de nous autre chose que de simples animaux.

 

Ce n’est pas une critique du téléthon ou des restos du cœur ou de tous les mouvements caritatifs dans leur ensemble, c’est simplement la remise en perspective de notre nombrilisme et de notre immense égoïsme qui nous fait ignorer les malheurs des autres en fermant nos yeux embués par notre propre image à qui l’on voue un culte immérité. Il y a quelque chose de pourri dans notre façon d’agir et de penser. Que vous le vouliez ou non, nous devons bien admettre que la misère des autres ne nous concerne pas. Quand la moyenne des Français dépense 346 € pour les cadeaux de Noël, quand les gouvernements de la planète dépensent stupidement et sans compter l’argent, par milliers de milliards, que nous gagnons durement et que certains d’entre nous vivent été comme hiver à la belle étoile, que certains sont atteints de paludisme ou de myopathies, et tellement plus encore, comment pouvons-nous supporter cela ?

 

C’est dans l’oubli de soi que l’homme se réalise, lorsqu’il fait le bien au plus grand nombre et sans différence aucune pour ceux à qui il s’adresse. La vraie révolution est celle qui fera prendre conscience aux Hommes qu’ils sont tous sur terre, notre mère nourricière, pour s’aider mutuellement et progresser dans leur fraternité obligatoire de par l’exiguïté de la terre qui les porte et les nourrit.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

 

PS : Par ailleurs, vous pouvez trouver ici une interprétation de l’utilisation des fonds dont nos organismes caritatifs ont le gestion, c’était en 2009 mais je suis convaincu que rien n’a vraiment changé.

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