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Editôt ou éditard (36)

Le cas de notre plus gros acteur, je n’ai pas dit le meilleur mais bien le plus lourd, est assez symptomatique de notre société. On n’exerce plus son métier par amour, par passion mais plutôt par intérêt. Vous me direz cela est normal puisque nous travaillons pour gagner de l’argent qui nous sert ensuite à consommer. C’est bien là le problème, notre existence se résume de plus en plus à vendre notre temps pour pouvoir en dépenser la maigre rémunération que nous en avons obtenue.

 

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Or, il ne s’agit pas de n’importe quel temps. Ces heures et ces minutes, que nous consacrons à la recherche de moyens de survie, sont notre vie. Cette même vie, dont nous privons nos enfants en retournant à nos domiciles après qu’ils se soient couchés pour développer les gains de nos patrons chéris qui nous le rendent bien en nous en demandant sans cesse plus, cette même vie disais-je est celle dont nous privons aussi nos conjoints, qu’ils soient mâles ou femelles ou entre les deux. Nous donnons nos vies en échange de morceaux de papier qui vont nous permettre de confirmer aux yeux de nos familles, voisins, collègues et amis, que nous existons bien. Parce que tous ces gens, qui nous entourent, nous aiment ou nous détestent, ont réellement besoin de quelque chose de concret pour attester de notre réalité. Ils ne nous voient que par le prisme de la consommation qui nous rend la vie que nous avons donnée pour pouvoir justement consommer. C’est un peu bizarre, ne trouvez-vous pas ? On donne sa vie pour pouvoir la retrouver via les biens matériels que cette vente nous rapporte. Par moment je pense que nous marchons sur la tête. Effectivement, je suis de plus en plus enclin à imaginer une décroissance pour nous restituer nos vies et en avoir une maîtrise concrète et non pas virtuelle. Si nous consommions moins, nous pourrions travailler moins aussi, cela permettrait un meilleur partage du temps de travail et un retour sur des valeurs ancestrales basées sur les liens entre humains au lieu de liens entre vendeurs et acheteurs.

 

L’approche des fêtes de fin d’année et en particulier de Noël me fait toujours cet effet. Il serait faux de dire que je ne pense comme cela qu’en cette période, mais, il est vrai que de voir ces foules d’acheteurs putatifs dans les magasins exacerbe quelque peu ce sentiment déjà très fort chez moi. Il ne s’agit plus et depuis longtemps de l’anniversaire de la naissance du Christ mais bien de la fête du commerce et des commerçants. L’aspect religieux a disparu depuis déjà de nombreuses décennies avec la complicité active des prélats, du corps épiscopal, et de tous les prêtres. La messe de minuit, qui souvent se fait bien plus tôt, ne sert plus que de prétexte pour faire sortir la famille de chez elle, afin de permettre aux papas de garnir le pied du sapin des multiples cadeaux qui seront distribués au retour des convives. C’est là que mes reproches à la gauche caviar qui nous gouverne sont les plus virulents. Ils se complaisent, nos gauchistes de luxe, dans cette social-démocratie qui ne rêve que de croissance et de consommation. Ils n’ont aucun courage, et, certainement pas celui de ramener leurs électeurs à la raison, en leur demandant de se calmer au niveau de leur consommation effrénée qui détruit la planète et notre tissu social comme notre civilisation.

 

Pour en revenir à notre gros bouffon qui s’expatrie à Nichin, il a fait fortune et j’en suis enchanté pour lui, je ne suis pas jaloux et je lui souhaite de continuer sur la voie qui est la sienne. Mais, devons-nous choisir nos métiers pour l’argent qu’il nous rapporte ou par la satisfaction qu’il nous procure en l’exerçant ? Y a-t-il une relation entre notre rémunération et le contentement que nous avons à faire ce que nous aimons ? La rémunération n’est pas, me semble-t-il, liée à une quelconque approche du plaisir tiré de nos fonctions professionnelles. Nous pouvons très bien aimer notre travail tout en sachant que celui-ci ne nous assure pas des revenus supérieurs à la moyenne. Notre plaisir justement ne vaut-il pas plus que de l’argent s’il égaie nos vies et nous permet d’accéder au « bonheur » ? Parmi mes étudiants, combien de fois n’ai-je pas entendu que le choix de la filière qu’ils avaient fait ne dépendait que de leur chance d’y trouver un débouché avec de bonnes considérations financières. Loin de songer à leur satisfaction, leurs yeux n’étaient pleins que de grande maison, grosse voiture et de tous les ingrédients qui feront de leur vie un éternel esclavage à la consommation et donc à la recherche permanente des revenus qui le leur assureront. Le réflexe défensif de notre gros Obélix repose sur sa volonté de préserver les acquis que son activité professionnelle lui a procurés. Sa conception de la satisfaction passe par la propriété sans partage des bienfaits que la société lui a fait conquérir par son talent mais qui, sans cette même société, ne lui aurait jamais permis d’avoir tout cet amas d’or à protéger. Il fait peut-être partie du petit nombre de ces gens qui exercent une profession en y prenant plaisir et c’est tant mieux pour lui si c’est le cas, mais combien de gens, qui forment les bataillons de ses admirateurs, peuvent se targuer d’en faire de même. Combien parmi ces gens, qui paient une fortune des places de cinéma de temps à autre par faute de moyens, vont travailler par plaisir ? Combien parmi ces gens vont vendre le temps de leurs vies juste pour avoir de quoi survivre, sans avoir eu le choix de leurs métiers ?

 

Il y a quelque chose d’amoral dans cette manière de vivre. Je dis bien amoral et pas immoral, l’absence d’éthique est plus grave que son détournement.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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