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Editôt ou éditard (42), Florence Cassez-vous…

Il était une fois une petite fille qui s’ennuyait chez ses parents. Admettons que cette petite fille se prénomme Florence pour la clarté de notre petite histoire. Elle décida d’aller vivre sa vie dans un pays, loin de chez elle, où elle était convaincue que tout serait à la fois plus gai, plus distrayant et plus agréable. Ses géniteurs étaient tellement conventionnels que même les araignées refusaient de tisser leurs toiles dans un lieu aussi banal que triste.

 

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Elle arriva dans ce pays chaud et moite, aux musiques aux timbres hispanisants et aux rythmes endiablés qui font que les corps se fondent les uns dans les autres en une parfaite harmonie pour les sens et dans une brillance sensuelle mêlée de sueur et de désir. Quel contrée aussi belle et réjouie pouvait-elle bien être ? s’interrogeait la donzelle. C’était le Mexique où la populace qu’elle voyait sans cesse danser à loisir n’était guère faite que de gens qui vivaient du bien-être produit par l’exploitation de leurs congénères et frères de sang. Dans tous les coins du monde, ceux qui s’amusent le plus et le plus souvent sont ceux qui en ont les moyens, bien évidemment. Cela ne signifie pas que leurs moyens en question proviennent de fonctions illicites ou malhonnêtes, non bien entendu. Mais, j’ai fréquemment constaté que l’argent facilement gagné se dépensait toujours plus aisément aussi, et, cela dans tous les pays du monde du plus pauvre au plus riche. A la différence prêt que cela nous révulse d’autant plus que ceux qui gaspillent, le font au nez et à la barbe de ceux qui meurent de faim, c’est ce que l’on voit bien trop dans les pays dits émergents, mais que j’appelle sous-développés selon la définition occidentale du mot développement. Notre petite Florence ne voit pas tout cela, seul le plaisir compte et d’ailleurs l’amour ne tarde pas à bander son arc et à lancer son aiguillon sur les fesses jeunes et fraîches de cette gamine bien que déjà trop souvent caressées.

 

Eh oui, l’amour point au jour nouveau, avec l’éclatant sourire de celui qui ne manque de rien, de celui qui possède tout, de celui qui ne doit pas pointer à son bureau ou à son atelier tôt le matin pour en ressortir le soir, fatigué d’avoir fait ce qu’il n’aime pas durant une journée sans saveur. Elle se réveille un beau matin dans les bras de ce type d’homme, un comme ceux qui combleraient toutes les femmes en besoin de sécurité matérielle mais qui les désespéreraient certes d’un amour impur. Cet homme, aux bonnes manières, quoique un peu rustre, choisissait sa voiture du jour dans un parc automobile digne d’un prince saoudien, toujours discret malgré ses dix gardes du corps lourdement armés, l’emmenait découvrir les plus beaux endroits de ce pays magique pour ceux qui peuvent en jouir, à l’inverse de la majorité de la population qui crie famine et ne peut trouver de travail, hormis les postes à pourvoir dans l’entreprise de ce charmant garçon. Ce pays qui est la caricature la plus désastreuse et la plus abjecte de ce que sont les USA, un pays où tout est à la disposition des riches y compris les êtres qui n’ont aucun moyen de se défendre ni de se protéger. Cet homme élégant, toujours habillé par les plus grands couturiers qui lui expédiaient leurs articles depuis la Californie ou même l’Europe, était généreux, il donnait du travail à tous. Il avait toujours besoin de transporteurs, de vendeurs, de distributeurs, d’hommes forts et peu regardants au type de besogne à accomplir, il embauchait aussi des femmes, toujours jeunes et belles, mai qui ne souhaitaient pas toujours faire partie de son personnel au début, les hommes forts étaient là aussi pour les convaincre avec des arguments forts et frappants, de ceux auxquels seuls les héros savent résister. Ces jeunes femmes se retrouvaient vite sur les boulevards, non pas à faire du shopping mais plutôt pour être « shoppées » par des touristes qui ne venaient à cet endroit que pour vider leurs bourses, celles qui contenaient leur argent comme celles, moins visibles mais tout aussi pleines à l’arrivée, qui garnissaient leurs pantalons. Dernier atout professionnel du Don Juan de Florence, il détendait les enfants qui n’appréciaient plus l’atmosphère au charme tranquille de leurs demeures familiales. Il les emmenait connaître la froideur des caves où ils les enfermaient, dans l’attente d’une rançon qu’il espérait et qui constituait le prix de ce petit séjour expérimental qui devait enrichir chacun de ses enfants clients. Les parents étaient souvent prêts à payer des fortunes pour que leurs enfants vivent de telles émotions, et, ce Don Juan de pacotille, n’hésitait pas à se sacrifier à cette tâche ô combien harassante.

 

Florence ne se doutait de rien, comment se pourrait-ce, que son tendre amour ne puisse pas sortir sans son armée, qu’il doive sans cesse rudoyer celle-ci ou celui-là et parfois de triste manière, qu’il soit riche sans jamais travailler ou gérer une entreprise alors qu’il était entouré de personnel, comment pouvait-elle se douter de l’ignoble personnage que son amoureux transi était. L’amour rend aveugle, pour ce qui est de Florence c’était une certitude. Même ces enfants qui apparaissaient parfois et dont on parlait en collant les bouches aux oreilles et vice versa, comment pouvait-elle imaginer qu’ils n’étaient pas là de leur plein gré, dans ce pays où plusieurs enlèvements ont lieu chaque jour.

 

Elle était tellement absorbée tout entière par son amour qu’elle ne comprit pas, un jour, d’avoir à rendre des comptes à la justice corrompue de ce pays, qui nous envoya jadis « Los Machucambos ». Évidemment, la moindre des accusations aurait été le recel car elle avait bien vécue grâce aux fruits des exactions de son compagnon, mais pour des raisons aussi sombres que douteuses, tous nos franchouillats de haut niveau se mirent à croire en ses belles paroles criant à l’injustice. Après quelques années passées dans les geôles de son pays d’accueil, Florence trouva enfin la porte de sortie grande ouverte grâce aux bonnes fées politiques et aux interventions divines.


Ainsi Florence rentra au bercail, dans un tohu-bohu et une célébration digne de la naissance de l’enfant Jésus ou d’un fils de roi. Et le peuple se réjouit des fadaises racontées par les faiseurs de contes comme moi mais qui eux officient devant des caméras pour des millions de paires d’yeux hagards, victimes qu’ils sont de leur lobotomisation. Ainsi va notre triste monde, d’une fausse nouvelle à une autre, de l’adoubement des voyous à l’éclat sans pareil des strass et des paillettes qu’on jette négligemment sur la boue pour la rendre regardable. Je ne peux m’y résoudre ni m’y habituer, ce monde est « trop » pour moi, je suis né trop tard dans un monde trop moderne, et vous ?

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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