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Editôt ou éditard (47)

Je ne vais pas souvent au cinéma, peut-être par économie, peut-être aussi parce que j’y retrouve, de manière exacerbée, les mêmes techniques qui, employées par les voyous qui détiennent le pouvoir et ceux qui transmettent, dans une complicité à peine cachée, leurs mensonges éhontés, cette volonté de nous faire consommer à tout prix, voire même à tous prix… Pour ce qui est de l’économie, c’était le printemps du cinéma et j’ai donc payé 3.5 € une place qui en valait le triple. Pour ce qui est du reste… Lisez ce qu’il en est…

 

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Tout d’abord, imaginez une famille de quatre personnes, si la place de cinéma coûte environ 10 €, la sortie ne peut être que difficile voire impossible si les revenus de cette famille sont inférieurs à 2500 € par mois. Le cinéma devient un loisir réel que pour les gens à qui il a pris l’habitude de s’adresser, les gens dits aisés, mais dont la quantité va diminuer plus vite qu’une peau de chagrin. Comment ce qui devrait être à la portée de tous, à l’opposé du théâtre ou de l’opéra aux coûts de fonctionnement forcément plus importants puisqu’il s’agit de spectacles vivants et donc moins répétitifs que de la pellicule qui passe et repasse dans des projecteurs aussi souvent et aussi longtemps que nous pouvons l’imaginer de machines tant qu’elles ne sont pas en panne. Preuve de ce j’avance, les diffusions on ne peut plus répétitives des « gendarmes de St Tropez » et autres films, certes intéressants mais ô combien ressassés par nos télévisions lobotomisatrices. Comment un spectacle qui n’est que de la technique peut coûter aussi cher ? Comment un loisir qui se veut populaire devient aussi peu fréquenté par le peuple pour qui il a été conçu ? Tous les gugusses qui posent leurs noms sur les génériques de ces films, dits à gros budgets, sont si nombreux que ce ne sont plus des films auxquels ils ont participé mais plutôt à la fabrication d’un annuaire professionnel du cinématographe, les cachets de chacun étant fort imposant sauf ceux, bien sûr, dont on ne voit pas les noms sur la pellicule. Sans parler des émoluments diantrement monstrueux de ces artistes qui nous avouent que c’est un métier très difficile que de jouer devant des caméras aux objectifs inquisiteurs. Bien évidemment ce sont des métiers très difficiles, beaucoup plus difficiles que ceux de la sidérurgie puisque les sidérurgistes seront bientôt tous au chômage, beaucoup plus difficiles que ceux des ouvriers chinois qui travaillent soit dans nos sous-sols à l’abri de l’inspecteur du travail soit en Chine à l’abri de l’Organisation Mondiale du Travail. C’est fou ce qu’ils souffrent ces artistes de talent, dont certains nous abandonnent dès qu’il s’agit de participer à l’effort commun. Je compatis et je pleure pour eux en attendant de les voir dans le ruisseau comme tous leurs frères ouvriers de la misère industrielle française.

 

Pour en revenir à des choses plus sérieuses, le film « Cloud Atlas » est à voir absolument, c’est mon avis et je le partage. C’est un film difficile à suivre et à comprendre mais il vaut la peine de se prendre la tête car il contient des messages aussi divers que nombreux et aussi vitaux qu’insupportables. On voit durant près de trois heures des personnages qui bien que différents sont semblables, bien que vivant à des époques différentes sont tout de même tous de la même actualité. C’est bien fait et riche en émotions. Cette lutte permanente du bien contre le mal est permanente, elle n’a ni lieu ni temps, elle de partout et de toujours. C’est un mélange de philosophie et d’analyse psychique des comportements humains sans être un film laxatif où les réalisateurs et acteurs se la « pète » en chœur en feignant d’être intelligents. Certains parlent de réincarnation mais cela va bien au-delà, cette métempsychose possible, probable diraient certains, n’est rien d’autre que la répétition à l’antienne des mêmes causes générant les mêmes effets. C’est là le drame, l’éternel drame. Comme je le dis sans cesse à qui veut l’entendre, le point commun de toutes les époques est tout d’abord l’homme. L’homme n’évolue absolument pas, il modifie le monde qui l’entoure et l’enserre mais lui ne change pas. La technologie, la science n’y font rien, sa meilleure connaissance du monde comme de lui-même n’y suffisent pas. Il continue inlassablement à faire et refaire les mêmes sottises. Le plus grand ennemi de l’homme est son miroir, raison pour laquelle il préfère ne pas regarder autre chose que son apparence au travers du regard des autres. Mais malheureusement, il est difficile de se raser pour les garçons ou de se maquiller pour les filles sans ouvrir ses yeux sur la triste réalité de notre incapacité à sublimer notre petitesse pour enfin grandir.

 

Ce film est un morceau de bravoure, encore faut-il le regarder entre les images comme on lit entre les lignes. Un de mes amis me disait au sujet de cette œuvre qu’il était étonnant qu’il ait pu être fait par des Américains. Je lui répondis que non, absolument pas, bien au contraire, c’est une habitude américaine de dépeindre les maux qu’ils ont générés, éventuellement en les montrant dans leur extrême brutalité et en en rajoutant un maximum. Pourquoi ? C’est simple, c’est une attitude parfaitement chrétienne comme les Américains savent l’être et le sont. C’est le pouvoir rédempteur de la confession. Parce qu’ils montrent leurs turpitudes et qu’ils les avouent, publiquement, ils estiment avoir fait amende honorable et ne plus rien devoir à personne. Le fait de voir un film qui décrit leurs comportements iniques les soulage totalement et les dédouane de toute responsabilité au regard du monde qui les entoure.

 

Le meilleur des mondes : consommez, ne réfléchissez pas, regardez ce que vous êtes à la télévision et vous serez heureux parce que votre aveu de bêtise vous exonérera de toute humanité et donc de toute culpabilité. Mais, c’est faux, vous êtes ce que vous avez décidé d’être et en êtes les seuls responsables.

Messieurs les bœufs, l’abattoir est par là, tout droit, vous ne pouvez pas vous tromper, c’est l’endroit où les bovidés hennissent.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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