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Editôt ou éditard (50)

Une des questions récurrentes qui se posent parmi les gens qui réfléchissent, sans appartenir au groupe des oligarques qui gouverne notre pays, comme beaucoup de pays sur notre petite planète, repose sur la définition de la démocratie. Est-elle universelle ou bien chacun peut-il en donner la signification qui lui convient en fonction d’éléments qui ne dépendent que de celui qui se la pose ? A en croire ce que nous pouvons constater quotidiennement, la démocratie possède une certaine géométrie variable…

 

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La compréhension occidentale de la démocratie se veut ancienne, beaucoup se vantent du passé grec et de l’antériorité de ce pays, aujourd’hui au ban de l’Europe des riches, dans le domaine qui nous préoccupe. Oui, effectivement le mot nous a été offert par les philosophes grecs mais le mot n’y suffit pas, ils nous ont donné aussi l’exemple de ce qu’il fallait… ne pas faire. Quelle est le type de démocratie où seuls les riches et les instruits pourraient voter ou s’exprimer dans une agora ouverte à tous mais seulement pour écouter sans pour autant pouvoir passer à l’action ou au vote ? Si nous nous en tenons à l’approche contemporaine de la « démoncratie » nos philosophes grecs n’étaient pas des démocrates mais plutôt des hypocrites. Le vote censitaire qu’ils avaient mis en place ne correspond pas à la notion d’égalité à laquelle nous sommes attachés dans l’actuelle perception de la démocratie. La révolution française avec sa devise, si bien connue et répétée mais rarement appliquée, Liberté, Egalité, Fraternité, a changé la donne et est venue complétée une définition antique qui ne correspondait plus à l’esprit des Lumières et de notre temps nouveau. Ceci est en fait la preuve que les mots changent, qu’ils évoluent au gré de ceux qui les emploient, nous en l’occurrence. C’est comme cela que le dictionnaire s’enrichit chaque année de mots supplémentaires élus par ceux qui s’en donnent le droit parallèlement à ceux qui le possèdent, nos académiciens français. Donc si la définition de la démocratie a été modifiée par nos révolutionnaires d’antan, peut-elle encore se muter en une autre signification, prendre un autre sens ou même le contre-pied du précédent ou seulement le moduler différemment ? La réponse définitive est oui. C’est la mobilité des définitions qui crée l’instabilité des rapports entre ceux qui se parlent, ceux qui s’échangent des propos reposant sur des idées conçues, peut-être, sur des interprétations différentes des mots par chacun des antagonistes ou des partenaires. Si chacun donne un sens qui lui plait à tel ou tel mot, vous comprenez bien que toute conversation devient difficile voire impossible. Or c’est ce que nous voyons de plus en plus, des gens qui se parlent mais qui ne se comprennent pas ou ne veulent pas se comprendre, ce qui est pire encore.

 

Est-ce exploiter, une fois encore, la pseudo théorie du complot que dire que cela arrange bien des dirigeants de pouvoir compter sur un différentiel  dans le vocabulaire pour créer un nuage de fumée autour de leurs réelles intentions ? N’apprend-on pas à l’éna les meilleures façons de faire passer des messages tout en ne prenant aucune responsabilité ? Pour atteindre cet objectif majeur, pour nos hommes politiques, qui est l’irresponsabilité totale, vu qu’ils ont tous une allergie démesurée au payement de leurs propres deniers de leurs frasques et autres turpitudes qu’ils font sans cesse endosser par les gens qu’ils sont sensés défendre, ils ont besoin de cet art pour nous tromper, nous cacher la vérité et nous faire croire cependant qu’ils sont là pour notre bien. Et c’est comme cela que les aveugles deviennent des non-voyants, que les sourds sont des malentendants, que des préposés au nettoyage se mutent en techniciens de surface ou des maîtres d’école en professeurs des écoles. Les mots changent mais pas le contenu ni les salaires bien entendu. On nous fait rêver à de grandes choses tout en nous réveillant avant la fin du rêve en question, qui se révèle la plupart du temps n’être qu’un cauchemar « bidon ». Non, ce n’est pas la théorie du complot, ce n’est que la triste réalité de la manière peu cavalière dont nos responsables, qui ne le sont jamais, nous traitent et bafouent leurs engagements vis-à-vis de nous qui les avons mis là où ils sont.

 

On s’aperçoit que cet aspect de la démocratie la rend fade et immature, qu’elle devient le jouet de manipulateurs professionnels qui n’ont cure de leurs électeurs et encore moins de leur pays. Sous le prétexte de pouvoir dire ce qu’on veut et que ce fait soit la preuve de l’existence de la démocratie, nous nous retrouvons cependant dans un régime qui s’en éloigne de façon considérable. Mais si ce que l’on nous dit ne correspond pas à ce que l’on nous fait n’y a-t-il pas tromperie, escroquerie de la part de ceux qui usent et abusent d’une technique nauséabonde de manipulation de notre langage ?

 

La démocratie est avant tout le respect, de soi d’abord et sans lequel aucun respect n’est possible, celui des gens qu’on est censé représenter, de ses engagements. Si déjà nos gouvernants étaient capables de cela nous aurions autre chose qu’une république bananière. N’employons pas de grands mots pour faire de petites choses, ne faisons pas prendre à nos concitoyens des vessies pour des lanternes. Comme Boileau le disait au XVIIème siècle durant le règne de Louis XIV, « appelons un chat un chat, et Rollet un fripon » (Rollet était déjà un procureur véreux, o tempora o mores)…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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