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Editôt ou éditard (60), « Mortelle amie »

Pour elle, nous ne sommes que des nombres, tous premiers,

Et les outils préférés de Pythagore font figure d’âmes.

Untel la déguise en ombre encapuchonnée, coupant des fils d’Ariane,

Repue de nos existences aux attentes mineures.

 

D’autres l’imaginent douce, noire et belle, discrète et sournoise.

Eternelle sûrement, qui, hormis Dieu lui-même,

 

Le puissant parmi les puissants, la détruirait ?

A entendre certains, elle n’est rien de cela.

 

Mi déesse, mi dame, elle ressemble à la vie. A s’y tromper.

Où qu’elle soit, elle séduit tous les cœurs, hommes, femmes et enfants.

Rusée, elle se fait attachante, aimante, jusqu’à prendre

Ton amour de toi, narcissisme ultime, pour enfin t’arracher ton souffle.

 

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Il y a quelques temps j’écrivis ce petit poème, je vous rassure, je ne me prends pas pour Victor Hugo ou Musset, mais, parfois, il me prend l’envie soudaine d’exécuter des vers, et c’est le bon mot. Et, à ce moment précis, je vais aux toilettes pour les faire… Heureusement, il reste, parmi la pharmacopée de synthèse, quelques médicaments naturels qui servent encore de vermifuge. Bientôt ces pilules magiques, qui nous délestaient de fardeaux inutiles et répugnants, n’existeront plus et vous n’aurez plus que des dérivés du pétrole pour en arriver au même but, la pollution et la spoliation de la planète en plus. Pourquoi vous mets-je ce poème en ce début d’article ? Tout simplement parce que j’en avais le désir et, de plus, parce qu’il me semble que la peur de la mort justifie ou explique beaucoup des actions, glorieuses ou néfastes, que réalisent les hommes. L’homme rêve de l’immortalité depuis toujours, surtout depuis qu’il a pris conscience du temps et encore plus des limites du sien. Les nanotechnologies font rêver les riches et les puissants car elles contiennent l’espoir secret d’une vie à rallonge, d’une durée extensible, sans les souffrances, ô combien pénibles, des affres de l’âge et de la déchéance physique qui l’accompagne. Les agissements des êtres humains peuvent aller du plus bel acte de bravoure ou d’élan de générosité jusqu’au plus vile, au plus monstrueux fait qui ôte à celui ou ceux qui le commettent le droit de se faire appeler humains. Chacun veut laisser sa trace dans l’histoire, qui avec une H majuscule, un autre avec une minuscule, le dernier avec une hache… dans la figure. Beaucoup souhaitent vivre longtemps, non dans l’espoir de voir ce que le monde deviendra, ce qui serait une curiosité bénéfique, mais juste pour ne pas avoir à mourir. La mort, étape indispensable de la vie, sans laquelle celle-ci perdrait tout intérêt.

 

Le fond de ma pensée est effectivement que ce moment, qui revêt d’autant plus de mystère, que jamais personne n’en soit revenu pour en donner la description générale, est une étape, l’ultime d’un monde et la première d’un autre. Nous touchons ici aux convictions religieuses ou, au moins, philosophiques de chacun. Mes croyances comme mes doutes sont miens, et, personne au monde ne les partage de la même manière. Il peut s’agir de foi, de certitude, amenées par des révélations, des questionnements ou encore tout autre réflexion qui bâtirait notre propre interprétation de ce départ définitif, pour ceux qui restent, mais qui sait pour ceux qui nous quittent. Le définitif des restants pourrait peut-être devenir le provisoire du partant. Qui sait ? Même les personnes qui connurent des comas dépassés et qui en revinrent ne peuvent nous donner la mesure de la mort puisqu’ils en sont revenus. Le début de leur voyage n’est pas suffisant pour nous informer des réalités de sa fin. Le mystère est prégnant, total, et exacerbe les passions de ceux qui en discutent. Cela peut pousser quelques-uns à faire le bien en fonction d’une récompense qu’ils espèrent recevoir en gage de leurs démarches positives. Ou encore d’autres à ne rien faire dans l’incertitude dans laquelle ils se trouvent d’avoir à rendre des comptes après leur trépas. Pire, les plus téméraires, ceux qui se croient plus forts que la mort elle-même et qui ne craignent ni elle ni les Dieux, martyrisent, massacrent, ou plus prosaïquement nuisent à leurs congénères de toutes les façons possibles et imaginables, les plus détestables n’étant jamais évitées. Le principal est que le monde des vivants se souvienne de notre passage, par le bien ou par le mal, il en gardera la trace pensons-nous dans notre incommensurable vanité. Seuls ceux, immensément majoritaires, qui ne vivent que des existences sans ce but prétentieux, ne laissant de leur passage temporaire, sur cette terre malmenée, aucune trace si ce n’est dans le cœur des leurs (ce qui est déjà pas si mal), seront satisfaits.

 

Nos hommes politiques, nos chefs d’entreprise, tous ceux qui se mettent en avant, pour leur bien comme pour celui qu’ils entraînent avec eux, font partie intégrante de ceux qui agissent dans le sens des premiers, de ceux qui exigent du monde qu’il se rappelle de leurs vies et de leurs décisions dont ils sont si fiers alors que, parfois, ils désespèrent l’humanité qui les entoure et qui en est victime. Si leurs vies sont médiocres, si elles sont fabuleuses, ils entreront dans le Panthéon qu’ils méritent, celui sombre des enfers s’ils existent, ou dans celui éblouissant de notre mémoire collective.

 

La mort est comme la vie, un moment difficile à passer.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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