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Editôt ou éditard (63)

Il y avait déjà plus de voitures ce matin sur la route qui sépare mon domicile et mon site de labeur. Vous n’êtes pas encore tous revenus de vos vacances et certains ont même pris le parti d’y partir maintenant, quelle chance. Toujours les mêmes voitures, avec leur conducteur esseulé, écoutant les radios périphériques qui déballent leur lot d’insanités et de mensonges matinaux, en guise de souhaits de bonne journée. Ces mêmes conducteurs qui, trônant derrière leur volant, se prennent pour des roitelets à la tête de leur empire de papier…

 

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Les incivilités des conducteurs nous montrent pourquoi les hommes politiques qui nous dirigent ont raison de nous prendre pour ce que nous sommes, des crétins et moi le premier. Il leur suffit de nous enfumer avec le droit d’être un petit chef dans notre auto, pour que nous les laissions faire toutes les sottises qu’ils veulent et pour qu’ils s’enrichissent personnellement au lieu de servir les citoyens de leur pays. Le plus gros problème de l’homme est son égo. Démesuré, même chez les plus petits d’entre nous, notre égo s’épanouit dans toute sa splendeur dès que nous pouvons nous enfermer dans un territoire qui est le nôtre et dont les frontières sont tangibles, concrètes, indiscutables. C’est le cas de notre domicile et encore plus de nos automobiles. Nous en sommes les Imperators sans aucune concurrence possible, rien ni personne ne peut nous arrêter, nous commander, nous effrayer, enfin presque… Le prix des amendes et les points du permis ont encore un petit peu d’effet sur notre irascibilité au volant. Plusieurs choses attestent que nous nous approchons toujours plus des animaux sauvages et brutaux dès que nous franchissons le seuil de nos véhicules, dès que nous nous sentons puissants parce que capables de nous déplacer avec et dans notre petit royaume. C’est ainsi que, de façon pavlovienne, un chauffeur qui se fait dépasser par un autre aura automatiquement le réflexe d’accélérer. Ce n’est pas méchant, ce n’est pas stupide, c’est les deux à la fois, même si c’est involontaire. De plus c’est dangereux mais le conducteur ne pense pas, pas plus que le téléspectateur ou l’électeur moyen. Il est encore plus lobotomisé dans sa voiture que devant sa télé. Je n’ai pas besoin de vous donner mille exemples, d’autant plus que ça m’énerverait, et je n’ai pas besoin de cela pour dire des choses désagréables sur nos benêts de gouvernants, pour étayer le développement machinal de la bestialité de tous les conducteurs, avec très peu d’exceptions. Même les femmes, que je pensais plus intelligentes et combatives que les hommes contre la méchanceté et la bêtise, deviennent de vraies brutes au volant, c’est vraiment l’égalité partout, mais là, elles y perdent.

 

Pourquoi suis-je en train de perdre mon temps à vous montrer notre travers le plus apparent et le plus pénible, notre super égo ? Je pense, donc je suis… oups, ça m’a échappé… Je pense, disais-je, qu’il est simple pour nos gouvernements, de par le monde, de mener leurs peuples là où ils le souhaitent dès qu’ils prennent un peu de temps pour les caresser dans le sens du poil, de leur dire les mensonges qu’ils veulent entendre, et surtout de leur laisser quelques exutoires leur permettant de croire qu’ils sont libres et qu’ils gèrent leur vie comme de vrais maîtres et non pas comme de pauvres esclaves, qu’ils sont réellement. Les libertés, sous contrôle tout de même, qu’ils accordent aux égos de ces braves conducteurs, assassins en puissance, armés de leur volant contre tous les autres chauffeurs qui sont dans la même philosophie tueuse, ces libertés sont de cet ordre, de l’ordre de la sucette qu’on nous donne pour qu’on ferme nos gueu… bouches et qu’on ne réfléchisse pas trop, voire pas du tout. Ces exutoires sont des miroirs aux alouettes et n’attrapent que des naïfs ou des imbéciles, c’est-à-dire nous. Quand comprendrons-nous que la vie se respecte et que la meilleure façon de la vivre est de le faire en réfléchissant à ce que nous faisons, à ce que nous disons, et que nous sommes responsables du malheur et du bonheur que nous créons autour de nous. Que ce soit au volant comme dans toutes les occasions qui remplissent nos vies occupées à combler les vides dans nos emplois du temps surbookés. Il en est de même lorsque nous allons voter, nous ne pensons qu’à nous-mêmes, il ne nous est pas facile d’imaginer les autres, de les voir dans des situations bien plus dramatiques que les nôtres, ce qui nous arrive est toujours plus important que des évènements bien plus tragiques de tous les autres, souvent bien plus cruels. Mais nous sommes toujours les plus malheureux, les plus à plaindre. Nos écrans de télé dématérialisent le malheur, la douleur, la souffrance, ils les rendent virtuelles, comme les images des romans photos d’antan où les histoires d’amour fleurissaient à chaque page. Nos informations ne sont pas réelles, elles sont d’autant moins réelles que le massacre de 1300 personnes, par qui que ce soit, est suivi en quelques secondes du résultat du foot ou l’arrivée du tiercé ou je ne sais quelle ânerie au regard de la mort d’êtres humains. Rien n’est plus vrai, tout devient factice, tout devient illusion. Peut-être que tout est finalement illusion ?

 

Je ne rêve pas de changer tous les êtres humains, il y a des limites, même à mon utopie, mais rien ne m’empêche d’espérer que nous nous améliorions quelque peu et que nous soyons moins centrés sur nous et un peu plus sur nos frères humains. Mais ce n’est pas gagné, je suis d’accord…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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