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Editôt ou éditard (64)

On y est, ça y est de nouveau, on doit retourner au boulot, en oubliant les chemises hawaïennes, les Mojito sur la plage, ou les jours de congé passés dans sa chambre comme une âme esseulée qui n’a pas les moyens de festoyer avec les autres congés payés. La moitié des Français n’ont pas pris de vacances. Une partie des autres les ont passées dans de la famille, à moindre frais et sans aller forcément très loin. Peut-être que la rentrée est un soulagement pour certains alors qu’elle une torture pour d’autres ?

 

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La rentrée c’est le retour au labeur, les chefs, les collègues, les courses poursuites entre le temps qui s’égrène irrémédiablement et nous qui avons encore envie de profiter du soleil, généreux cet été. Le temps est quelque chose de terrible, il est aussi quelque chose de joyeux, dans tous les cas, même si des physiciens peuvent nous prouver le contraire, il est juste et se répartit partout de la même façon pour tous les éléments qui composent notre planète mais pas seulement, tout notre univers serait plus juste. Comme nous jugeons les évènements à l’aune de ce que nous connaissons et de ce que nous sommes, pour nous, le temps, notre temps est universel. Peut-être existe-t-il d’autres temps ailleurs mais jusqu’à ce que nous le sachions, ce sera le nôtre qui mesurera notre existence et celle de tout notre globe. Pourquoi ai-je eu l’idée de vous parler du temps ? Simplement à la suite d’un article, au demeurant sympathique, même s’il revêt à mes yeux les stéréotypes ridicules de notre société de consommation, qui nous promet de nous faire voyager sur des rails à plus de 1200 km/heure. Il nous faudrait, selon les auteurs, 30 mn pour relier Paris à Marseille. Fantastique, magnifique, grandiose, hurle la foule en délire. Eh oui, c’est génial, on va pouvoir aller manger une bouillabaisse sur le Vieux Port et revenir dormir à la maison un soir de semaine. Stupéfiant, magique, et quel bonheur pour les affaires et l’administration dit le journaliste qui s’extasie béatement devant tant d’ingéniosité et d’intelligence. Le tout de façon écologique je vous prie ! Incroyable !

 

Dites-moi un peu, pourriez-vous me dire quelles sont les raisons pour lesquelles on veut aller de plus en plus vite ? Quel est l’intérêt d’être toujours, chronomètre en main, en train de courir dans tous les sens ? Les imbécilités que font les hommes lentement sont bien moins graves que celles qu’ils font vite ! Pourquoi ? Allons, réfléchissez, plus ils vont vite pour les faire plus ils en font, est-il utile d’augmenter la quantité de bêtises faites chaque jour ? Croyez-vous vraiment que ce soit nécessaire ? Lorsque je suis  en rendez-vous avec n’importe lequel de mes collègues, clients, amis, membres de ma famille, je coupe mon téléphone. Je trouve plus poli d’être à 100 % avec les gens qui me consacrent du temps plutôt que coupé, ne serait-ce qu’une seule fois, dans notre conversation pour quelque chose qui, sans nul doute, peut attendre quelques minutes, quelques heures, voire quelques jours. Je ne suis pas médecin, ni un grand chirurgien qui serait le seul à connaître une méthode magique qui sauverait les victimes de maux que personne ne saurait guérir. Je ne suis qu’un homme « normal », si tant est que la normalité existe. Puisque je ne peux sauver personne par ma présence permanente au téléphone, est-il nécessaire de déranger la conversation que je mène avec des gens pour des choses d’une importance relative. Suite à ce type d’échange d’arguments, un gai luron me dit un jour, « mais si quelqu’un chez toi venait à mourir ou même à être souffrant, n’aimerais-tu pas le savoir au plus tôt ? ». Dilemme !

 

Tout bien réfléchi, je conserve mon opinion. Si un proche est décédé, que je le sache une heure avant ou après ne changera rien, ni pour le défunt ni pour moi. Si un proche devait être souffrant, le problème peut être différent dans le sens où je pourrais peut-être lui être utile, l’emmener à l’hôpital ou que sais-je. Mais là encore, nous avons la chance extraordinaire de vivre dans un pays où tout est organisé pour secourir les êtres en souffrance. Pompiers, policiers, SAMU, j’en passe et des meilleurs, peuvent se substituer à nous en cas d’urgence. Et il faut bien comprendre que si c’est la personne souffrante qui appelle, il y a certes urgence mais entre elle et nous-mêmes, en cas d’impossibilité pour nous de nous déplacer rapidement ou si loin, nous avons bien la possibilité de toucher les aides qui sont à notre disposition pour nous aider à solutionner le problème. En résumé, les urgences, dans lesquelles nous baignons sans cesse, n’en sont pas. Maintenant, la question est pourquoi acceptons-nous de passer d’un souci à un autre, d’un travail à un autre, d’un point à un autre, à la plus grande vitesse possible ? Plusieurs réponses sont possibles : par vanité, par intérêt, par inconscience. Lorsque vous souhaitez apparaître comme indispensable, quand vous voulez vous montrer sous votre meilleur jour au détriment d’un collègue ou de quiconque, quand vous montrez votre différence positive et efficace, vous courez par vanité. Lorsque vous justifiez votre demande d’augmentation par votre rapidité d’exécution, quand vous vous servez de votre vitesse pour éliminer toute concurrence, vous courez par intérêt. Lorsque vous courez pour rien, juste pour faire comme les autres qui courent tous… Vous courez par inconscience. Votre cerveau n’a pas saisi encore que le rythme qui est le vôtre n’est pas forcément celui de vos voisins, amis ou autres. Par mimétisme stupide et parce que le matraquage des médias nous fait croire que la vitesse est d’une absolue nécessité et que ceux qui ne courent pas sont des perdants, nous courons, courons, courons, sans raison et sans gloire.

 

Alors je ne veux pas aller à Marseille en 30 mn. L’inventeur de la machine qui va si vite a comme argument suprême les économies d’énergie, le respect écologique et la relance d’activité provoquée par son projet. Il n’a rien compris cet Américain champion de la consommation, la meilleure façon de ne pas gaspiller d’énergie est de ne pas se déplacer, d’autant plus que nous avons des outils maintenant qui nous évitent tout déplacement, Skype, Tango et d’autres. La meilleure façon de respecter l’écologie est de ne pas bétonner toujours plus une terre qui va bientôt nous manquer. Quant à la relance de l’activité, elle est d’ores et déjà dépassée, nous ne connaîtrons jamais plus de croissance, jamais. Toute nouvelle croissance ne sera pas naturelle et sera financée par nous pour nous faire croire à la pérennité de la société de consommation. Mais, sans des destructions massives, si nous restons en paix relative comme aujourd’hui, la croissance est morte et enterrée. Il nous faut trouver une autre société, une autre manière de vivre et de partager la terre et ses fruits, de mieux répartir le travail et le rendre à ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, une fonction secondaire de la société. La première étant l’homme et sa préservation.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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