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Editôt ou éditard (66)

Tout d’abord je souhaite remercier tous vos messages de sympathie pour mon retour au clavier, merci infiniment, vos propos me touchent vraiment, en dehors de toute politesse et de tout comportement social politiquement correct ; merci du fond du cœur. A la fin de mon article, j’en profiterai pour répondre à l’aimable conseil d’un de mes lecteurs que je remercie vivement de son intervention.

 

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Maintenant, au boulot. J’ai participé à la « Nuit blanche » parisienne de samedi dernier et j’en ai gardé une impression mitigée, pour le moins. Je vous la livre, sans frais, et contrairement aux livraisons actuelles qui vous laissent vos produits sur le trottoir si vous n’avez pas accepté le racket de la société vendeuse…

 

J’ai pu constater que ce n’était ni le livre de Dostoievsky ni le film de Luchino Visconti qui en étaient les sources… Je ne savais même pas que ces nuits blanches existaient, c’est vous dire la nullité crasse dont je fais preuve à l’égard des festivités organisées par nos édiles pour nous faire croire que tout va bien. Imaginez vous que cela existe à Paris depuis 2002 et que je n’en savais rien. Bien sûr, le fait d’avoir résidé en Egypte jusqu’en juillet 2012 m’excuse de mon inculture parisienne, mais finalement est-il nécessaire de tout connaître, surtout dans ce domaine, je vous pose la question… Ma réponse est non ! Non seulement ce n’est pas nécessaire mais quand bien même le serait-ce que nous ne le pourrions pas, alors… Pourquoi se forcer ? Cependant je dois avouer que j’ai passé une une excellente soirée. Pas parce qu’il est de bon ton de rire sur ordre et d’éprouver de la joie sur commande mais uniquement pour la qualité des gens avec qui j’ai joui d’une « nuit blanche » parfaitement colorée. Car en fait, ces fêtes improvisées, sans aucune autre raison que la dissimulation de problèmes sous les rires obligatoires liés à nos obligations festives dictées par des dirigeants abjectes et corrompus, ont-elles un sens, je dirai même du sens ?

 

Je sais ce que vous pensez, vous êtes convaincus que je suis un vieux rabat-joie qui ne sait pas s’amuser, mais oui, je le vois bien à vos grimaces et vos arrières-pensées, « ce grincheux ne fait que de se plaindre alors que ceux que nous avons élus se creusent leurs cervelles pour nous réjouir et nous amuser »… Eh bien oui et non ! Je vous rappelle que notre calendrier contenait de nombreuses fêtes, qu’elles soient religieuses ou païennes, que ces fêtes correspondaient à des moments de l’année, à des critères naturels et des passages liés au temps en particulier. Ces fêtes ne cessaient pas et il y en avait quantité, depuis les Saint Jean jusqu’au carnaval, sans parler des multiples cérémonies qui, au départ, étaient fortement voire exclusivement religieuses. Certaines de ces célébrations reposaient sur d’anciens cultes païens et n’avaient pas le caractère limitatif de la connotation religieuse, ils étaient entrés dans nos us et coutumes. Aujourd’hui, sous prétexte artistique, il nous est proposé de boire de la bière plus que de raison, de manger à profusion toute une nuit pour nous montrer ce que des artistes ont pu imaginé ou créé alors que ce devrait être toute l’année que nos bâtiments administratifs, et autres lieux de sommeil de nos fonctionnaires, auraient dû nous les montrer. Tous ces espaces sont à nous, peuple de France, pourquoi ne nous les ouvrir que pour relancer une consommation par des stimulus stupides et uniquement mercantiles. Les sponsors de cette manifestation sont nombreux et permettent d’équilibrer, dans la théorie, les coûts générés par ces sauteries, mais ils infestent ces fêtes de leurs prédations commerciales. La consommation doit repartir, elle doit nous sauver, sauver le monde de la crise et entretenir une société qui a besoin qu’on lui invente des raisons de rire alors que la vie quotidienne lui en donne de pleurer. Rien n’est gratuit, ne croyez-pas que ces festivités sont là pour l’art ou quoi que ce soit, elles sont là pour donner l’impression que tout va bien pendant que tout va plutôt… disons moins bien…

 

Non, je n’ai rien contre les fêtes, mais tant qu’il y aura des gens qui dorment dans leurs voitures, des personnes qui meurent en silence, dans l’oubli et que nous retrouvons bien après leurs décès, des millions d’êtres humains qui manquent de nourriture et d’eau, des victimes de combats qui n’ont d’autres visées que nos intérêts financiers, mes éclats de rire resteront dans ma gorge. Nous avons des milliers de bonnes raisons de faire des fêtes mais sont-elles les solutions pour ceux qui n’y sont pas invités ? A réfléchir…

 

Je disais en introduction que je répondrai à l’un de mes lecteurs. En fait, celui-ci préconise que je fasse des articles moins longs, et plus nombreux si j’ai beaucoup de choses à dire, afin « d’être mieux lu ». C’est effectivement le reproche majeur que l’on me fait. Mais voilà, je suis difficile à convaincre malgré ma témérité face au changement. Je ne crois pas qu’il soit possible d’être mieux lu, plus lu sûrement, mais je ne veux pas être plus lu, je ne veux être que bien compris. Mon ambition au travers de mes textes n’est pas de faire un prosélytisme quelconque, de vendre je ne sais quelle soupe, non. Elle est de montrer et de dire que chacun peut et doit réfléchir, exprimer ses pensées et ses convictions, dans le respect de celles des autres bien entendu, mais surtout de reprendre la main, de recommencer à réfléchir par nous-mêmes, si c’est encore possible. Elle est de lutter contre la « bien-pensance » qui nous accable, elle est de trucider la résignation pour encourager le combat, pacifique mais ô combien puissant, des êtres humains pensants. Je ne sais pas faire court, même pour un sujet comme les nuits blanches, que je trouve parfaitement artificielles et stériles, je pourrais faire des pages et des pages sans une retenue qui n’apparaît qu’à moi.

 

Je ne veux pas écrire pour faciliter la vie de mes lecteurs, je veux écrire pour qu’ils me comprennent et se mettent au travail par eux-mêmes, dussé-je les perdre. Je préfère un opposant qui réfléchit à un apôtre lobotomisé. Je ne veux pas être efficace dans la définition de notre société utilitariste et matérielle, je veux être compris, je ne demande ni adhésion ni partage, je ne souhaite qu’une seule chose, que nous soyons tous des humains responsables utilisant nos cerveaux et nos cœurs pour vivre un peu mieux au risque de déplaire. Dans tous les cas, ce lecteur a prouvé que lui me lisait et qu’il réfléchissait, c’est déjà ça de gagner pour moi, je me sens moins seul… Merci encore Cher « Ami ».

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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