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Editôt ou éditard (71)

J’ai vu le film Avatar hier soir sur TF1, chaîne qui a l’horrible avantage de couper votre émission en tranches entre lesquelles elle intercale des moments publicitaires radieux de produits magiques qui vous mèneront droit non pas au bonheur, comme les images veulent nous le faire croire, mais en enfer. Dans l’enfer de la pénurie et de l’insatisfaction permanente qui donne à la fois du stress par la peur de manquer et de la jalousie eu égard à ce que le voisin possède qu’on n’aurait pas… Il y a d’autres inconvénients à la publicité mais je vous laisse le soin de les chercher…

 

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Avatar est un bon film, dit à grand spectacle, un péplum façon XXIème siècle avec force effets spéciaux et prouesses techniques. Il retrace l’histoire de toutes les colonisations, aussi bien celles du passé lointain que celles du passé récent ou encore de celles que beaucoup de nations sous-développées, mais riches d’un territoire fournissant de multiples matières premières, vivent encore aujourd’hui. Mais apparemment il n’est pas question de s’en tenir à ce qui se passe ou s’est passé, il faut se préparer à continuer les exactions de tous ces colons qui sont prêts à massacrer et à piller des sociétés humaines qui n’ont pas la chance de pouvoir se défendre, ni la force, ni les moyens, ni parfois la volonté. Il y a un point commun à tous les colonisateurs qui est certainement la source d’une bonne conscience malgré le mal et les odieuses actions réalisées par ceux-là mêmes qui parlent de charité, de droits de l’homme et de respect de la vie humaine. Ce point commun est l’homme, avec sa facilité de jugement, son désir permanent d’évaluer et de comparer, sans oublier son amour maudit de la compétition et sa propension à oublier son éthique pour arriver premier ; quelle que soit la cause de cette course folle, son plaisir ne trouve pas d’égal ni de substitut, c’est son plus grand plaisir. Eh oui, c’est par le jugement rapide et facile, par l’évaluation et la comparaison, que nous pouvons massacrer et piller comme je l’écrivais ci-dessus tous ces peuples qui ne sont pour nous que des sauvages puisqu’ils n’ont pas la même culture, les mêmes mœurs, les mêmes coutumes, les mêmes lois qu’elles soient sociales, économiques ou politiques que celles de leurs bourreaux. Nous sommes les meilleurs, nous qui sommes les mètres-étalons qui permettent de comparer tout être à notre référentiel à nous, bien à nous, rien qu’à nous, et que nous ne voulons pas partager. C’est ainsi que nous avons assassiné les Indiens d’Amériques du Nord et du Sud, les noirs d’Afrique, les aborigènes du Pacifique, aussi bien ceux qui étaient dans les colonies anglaises que françaises ou même portugaises, espagnoles ou florentines, etc. C’est ainsi que nos pillages nous ont permis de financer et d’alimenter nos besoins énergétiques et de matières premières, tous ces besoins qui nous ont autorisés à prendre une avancée notoire dans les domaines technologiques et scientifiques mais qui ont été incapables de nous donner la satisfaction et encore moins le bonheur.

 

Avatar est un film américain, n’est-ce pas étrange que les pires néo-colonialistes et le peuple le plus dangereux et velléitaire de notre planète, celui qui a fait, à lui seul et sans déclarer de guerre, plus de victimes, civiles et militaires, que des conflits entre états, soit aussi le peuple chez qui nous trouvons quelques artistes n’hésitant pas à montrer la vérité de leur mauvaise conduite. Alors comment est-ce possible ? Comment certains Américains peuvent prendre le contre-pied des actes commis au nom du sacrosaint développement que leur pays a institutionnalisé dans le monde entier, alors que le patriotisme est de rigueur dans l’éducation de tout bon Américain ? Parce que le mal est insupportable pour ces artistes, diront certains, d’autres estimeront que c’est parce que les Américains gagnent toujours à la fin et c’est ça que les gens mémorisent le mieux, la fin, l’objectif est de bien finir pour les USA… Enfin chacun a son analyse et ses bonnes ou mauvaises raisons… Mais que pensent les Américains, que pense le public américain de ces films qui montrent le mauvais côté du miroir où ils se regardent avec tant de narcissisme et de délectation. Drôle de question et comment peut-on espérer y répondre ? A voir les succès de ces films qui dépeignent les travers de leur propre nation, nous pourrions penser que cela ne les concerne pas, nos chers alliés américains, qu’ils ne veulent voir dans ces images qu’un passe-temps, qu’une source de réjouissance momentanée, un loisir sans conséquence. Je crois pour ma part qu’il ne s’agit pas de cela. Les USA sont certainement l’état le plus religieux qui existe, non pas de façon spirituelle mais plutôt de façon matérielle. Je veux dire par là qu’ils sont les plus respectueux des rituels et autres habitudes comportementales des religieux. Ils sont parmi les plus orthodoxes et traditionnalistes que le monde ait pu connaître.

 

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Ils ont retenus, par exemple, la tradition judéo-chrétienne qui consiste à recevoir l’absolution après l’aveu de leurs péchés, tel que nous le faisions et faisons toujours dans le cadre des confessionnaux où nos prêtres, en plus d’y tripoter de jeunes enfants de cœur, donnaient et donnent encore cette absolution tant désirée contre quelques informations qui leur permettaient de manipuler leurs ouailles. En bon chrétiens, soit catholiques, soit protestants, soit tout autre secte chrétienne, le principe du pardon repose sur l’aveu de ses fautes et la demande de rémission faite à Dieu via ses pseudo-émissaires et représentants. En montrant leurs fautes, en avouant leurs péchés, ils se sentent absous et s’autorisent de ce fait la continuité voire le culte du péché qu’ils viennent d’avouer et qui, par le fait même de l’aveu, avait été pardonné. Cette expiation temporaire les dédouane des anciens péchés afin de mieux continuer de les commettre en vue d’une prochaine confession qui donnera elle-même la purification qui leur permettra de perdurer dans cette manière de vivre. J’appelle cette joyeuse façon de gérer sa vie : American Way of Life.

 

C’est comme cela que vous pouvez tuer, voler, organiser des services qui écoutent le monde entier pour en tirer toutes sortes de profits, tout en ayant une conscience aussi pure et claire que celle d’un bébé qui vient de naître. C’est la définition de l’innocence perpétuelle. Mais attention Avatar est un film qui va plus loin… Ce sont les sauvages qui gagnent, on ne sait jamais, cela arrivera peut-être un jour… Mais c’est du cinéma.

 

Les Américains sont décidément les plus forts… Amen.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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