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Editôt ou éditard (72)

Cela fait neuf semaines que l’Inde voit sa monnaie devenir une monnaie de singe… Il a même été question de saisir l’or des temples pour circonvenir à ce qu’on pourrait appeler la débandade des BRICS. Un mardi noir à la bourse de Bombay et une roupie dégradée (qui devient de sansonnet) sont peut-être les prémices d’un cassage de museaux garanti pour toutes ces économies, bâties sur l’exploitation d’une main d’œuvre presque gratuite (une nouvelle forme d’esclavage). Les BRICS ne cassent plus des briques et ne sont plus pris en modèle magique d’une société productiviste qui réussit. Là aussi l’échec s’annonce cuisant…

 

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Il était toujours possible de garder espoir, pour tous les adeptes de la production à tout va, de croire encore au miracle de l’économie de la croissance permanente et à rythme exponentiel, d’imaginer un monde où on trouverait sans cesse un endroit encore inexploité où la manufacture ne coûterait rien ou presque. Mais avec l’accalmie de la croissance indienne et le freinage brutal de celles des autres pays membres des fameux BRICS, cet espoir devient une illusion, la gifle que se prennent les soi-disant pays émergents va certainement les réveiller. Dans un monde chaque jour plus petit, il ne peut y avoir de bonheur pour les uns si il n’y a pas de bonheur pour tous. C’est ce que ne comprennent pas nos politiques. Il parait incroyable que des gens aussi instruits et cultivés, qui ne manquent pas de l’intelligence moyenne dont chaque être est pourvu ne se rendent pas compte de leurs bévues, ne puissent penser avoir tort. Ils voient bien que cela ne fonctionne pas à long terme mais ils s’entêtent en se disant que nous trouverons bien une solution… enfin « nous » me semble présomptueux, disons plutôt nos enfants et les générations futures. Ils devront trouver les solutions des problèmes que nous leur avons causés consciemment. Que sont les BRICS ? C’est l’ensemble des cinq pays en qui nous avions vu l’espérance de sortir de l’impasse où nous nous sommes précipités. Brésil, Russie, Inde, Chine et South Africa (Afrique du Sud, je traduis pour les politiciens attardés qui ne parleraient pas l’Anglais) sont les états qui formaient notre roue de secours économique. Leur réussite aurait pu entraîner un sursaut de nos économies moribondes, en leur vendant quelques biens on aurait envisagé quelques années supplémentaires de gaspillage consumériste, on aurait pu parler de retour de la croissance, retour qui n’aurait été que momentané mais qui n’a même pas eu lieu. Les économistes sont la pire des espèces de scientifiques que la terre ait pu porter. Quelles que soient leurs opinions, ils sont toujours certains d’avoir raison et voient les autres, les sans-grades et sans diplôme en économie, comme de vulgaires pourcentages, des chiffres qui ne font que décorer des tableaux qui n’ont aucune signification si l’on exfiltre une donnée qui est la plus importante, que tous ces nombres et courbes, toutes ces statistiques traitent d’êtres humains. Nous ne sommes pas des chiffres, nous ne pouvons réduire l’humanité à l’action de consommer et de participer, de gré ou de force, à un jeu auquel elle ne veut pas jouer et dont elle ignore les règles que tous les dirigeants s’acharnent à lui dissimuler pour leur seul profit.

 

Alors la demande de dollars des importateurs indiens a fait que la roupie est devenue courant d’air, qu’elle tombe plus vite que les dents d’un malade du scorbut. Cette demande de monnaie étrangère ne fait qu’empirer une situation déjà difficile, relative à une dégradation sensible de la croissance indienne, qui, malgré tout, est restée au niveau de 5 % en allure de croisière annuelle pour 2013. On le voit ici, encore une fois, cette croissance extraordinaire, cette panacée universelle de l’économie capitaliste néolibérale, ne peut guérir les maux qu’elle génère. Le Brésil, dont je parlais il y a peu au sujet de la coupe du monde de football 2014, espère que cette compétition, qui lui coûte des milliards et pose des problèmes énormes vis-à-vis d’une population qui ne comprend pas que les investissements colossaux faits pour le foot n’aient pas été faits pour elle, pour la sortir de la misère dans laquelle le peuple brésilien vit depuis si longtemps. Bien sûr que cet événement ne produira pas d’effet sur la pauvreté, les profits seront réservés aux grandes sociétés multinationales et aux grands groupes brésiliens, peut-être, mais rien que pour eux. Cette opération de communication formidable, planétaire, finira par ensevelir un peu plus les pauvres dans leur état misérable plutôt que les aider à s’en sortir. Ils auront travaillé quelques temps pour réaliser les grands chantiers nécessaires à la compétition et après… et encore, tous les pauvres n’y auront pas trouvé d’emploi ne serait-ce que temporaire…

La Chine est concurrencée par d’autres états encore moins regardants sur les conditions de vie et de travail des esclaves qu’ils mettent à la disposition des mêmes multinationales dont je parlais ci-dessus. Sa croissance est aussi en berne et la galère sera sans commune mesure avec celle que nous connaissons, il s’agit d’un milliard et demi d’êtres humains qui veulent consommer à outrance, comme nous le faisons encore ici pour encore quelques temps. Si la croissance se bloque en Chine, c’est une quantité sensationnelle de gens enragés qui vont nous croire responsables de leur échec, et, ils auront raison. Entre les affamés d’Afrique et les enragés d’Asie, nous risquons d’avoir deux fronts auxquels nous devrons faire face et peut-être même par la violence. Heureusement la Chine et l’Inde ne sont pas les meilleurs amis du monde sinon, nous n’aurions aucune chance, malgré des USA surarmés et riches de dettes dont les créanciers sont justement Chinois.

 

Sans aller plus loin dans la démonstration, on est dans la mer… disons dans la panade. Culbuto 1er et son orchestre, croient encore en la croissance et son retour… Quels menteurs, ils savent tout et bien mieux que moi, mais ils ne nous préparent pas aux catastrophes qu’ils ont mises au point. Le monde change et ce n’est pas en s’enfonçant la tête dans le sable qu’on l’évitera. Ce changement je l’ai baptisé en 2008, la révolution éthique, comme j’aimerai avoir tort…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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