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Editôt ou éditard (77)

Nous avions les bonnets phrygiens, les bonnets de nuit, les beaux nez de la chirurgie esthétique, les bonnets tris (bonneterie, jeu de mots), et maintenant voilà les bonnets rouges. Il est à noter que les bonnets phrygiens sont aussi rouges que ceux de la révolte bretonne de 1675 qui ont inspiré ceux de 2013. Comme quoi rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transporte… Ce que je suis drôle aujourd’hui, sûrement grâce au maire de Carhaix, Christian Troadec, qui m’inspire autant que les révoltés du XVIIème siècle l’ont fait pour lui. Enfin un élu qui connait l’histoire…

 

 

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Au moins connait-il quelque chose car, à en croire ce que nous vivons depuis quelques décennies, l’instruction grandissante de nos élus ne nous a rien amené de positif, c’est à croire que l’instruction est inversement proportionnelle au bon sens ou sens commun. Mais ce maire divers gauche, déjà faudrait-il savoir à quelle gauche il appartient réellement, d’hiver gauche on peut comprendre vu la saison mais c’est où exactement sur l’échiquier politique ? Qu’il soit gauche, nous n’en doutons pas, mais pourquoi ne s’annonce-t-il pas complètement comme je le fais moi-même ici et maintenant, je suis de l’extrême dessus. Un peu de courage tout de même lorsqu’on veut mobiliser des troupes pour le 22 février à Notre Dame des Landes, encore faut-il avoir des guirlandes entre les gambettes, monsieur le maire. Comme il est facile de se greffer à un mouvement qui, par nature, est déjà fort de la conviction de ses membres dans leur combat. Les gens qui campent chez notre premier sinistre, pour l’empêcher de rentrer dans l’histoire et de toucher des pots de vins de la part des bétonneurs patentés que sont Vinci et consorts, n’ont pas besoin des bonnets rouges pour exister mais le contraire est vrai. Les bonnets rouges sont une erreur de la nature démoniaque de la politique politicienne… Les bonnets rouges ont besoin d’un combat juste pour exister et ils ne l’ont pas… C’est donc pour cela, qu’en bon politicien de petite vertu, ce maire se raccroche aux branches qui semblent les plus solides pour garder les projecteurs sur lui plutôt que sur les causes qu’il dit défendre.

 

Je n’ai pas écrit grand-chose sur les bonnets rouges parce que je ne sentais pas ce mouvement où tout et n’importe quoi était dit, qui rassemblait des éléments aussi disparates que des pêcheurs, des agriculteurs, des patrons d’entreprises, des cadres, des ouvriers… C’était, à entendre les journalistes en mal de scandale, une révolution inspirée par celle du papier timbré breton de 1675. Sauf qu’elle n’a strictement rien à voir puisqu’aujourd’hui il ne s’agit que d’une lutte communautariste qui vise aux intérêts d’une catégorie de gens sans s’occuper des autres. L’intervention de Troadec dans le débat de l’aéroport de Ayrault n’est qu’une preuve de plus de l’absence de sens de cette révolte, si tant est que c’en soit une. Une révolution ne peut rassembler que massivement un seul type de revendication, au moins au départ. Qu’ensuite la révolution soit récupérée par la bourgeoisie, capable d’allier un peu d’instruction à des moyens financiers, cela est possible et même certain comme dans le cas de la première révolution française en 1789 qui finit en beauté par un retour à la monarchie après avoir connu la dictature européenne d’un empereur. Mais au début d’une révolution il nous faut une cohérence, une force unique et fantastique qui s’auto-régénère au fur et à mesure de son avancée combattante. Nous ne l’avons pas, nous ne l’avons plus depuis 1968 et 1989, il n’existe aucune idée, aucune idéologie, même aucune philosophie qui soit susceptible d’unir une masse de gens suffisamment importante pour détrôner l’esprit du mal qui vit depuis trop longtemps dans les ors de la République.

 

Alors que sont ces fameux bonnets rouges, destructeurs de portiques et opposants à l’écotaxe ? En fait, ils ne sont rien d’autre qu’un agrégat de contestataires qui souhaitent faire entendre leurs voix dans un pays qui n’écoute plus son peuple. Leurs luttes sont toutes différentes, les camionneurs veulent continuer de polluer pendant que les pêcheurs veulent continuer de vider les océans de leurs poissons plus vite qu’ils ne se reproduisent, les agriculteurs veulent continuer de nous empoisonner en nous droguant de leurs pesticides et engrais pendant que les éleveurs veulent continuer de fabriquer des porcs et autres animaux de manière industrielle avec des aliments qui nous effrayeraient si nous savions ce qu’ils contiennent, les ouvriers veulent garder des emplois dont les uns et les autres savent qu’ils fournissent des armes de destruction massive de notre planète et de ses habitants, les hôteliers dont les effluents se déversent dans la mer veulent continuer de louer leurs chambres pour les vacances pendant que leurs voisins s’obstinent à décorer les plages de jolies algues vertes, j’en passe et des moins bonnes… Toutes ces joutes sont des luttes de chapelles différentes, il ne peut s’inscrire dans la durée de combat sans unicité de revendication.

 

Notre raie publique n’est plus que le pâle reflet de ce qu’elle aurait pu et dû être. Elle se prostitue et se traîne à genoux devant les communautés qui bafouent le sens même de notre devise nationale, Liberté, Egalité, Fraternité. Il n’y a plus aucune égalité, chacun a son régime spécial et les plus nantis sont les plus gâtés. Il n’y a plus de fraternité, seul l’intérêt rassemble les personnes et la solidarité se limite à quelques pièces données contre avantage fiscal à des associations qui font ce que l’état devrait faire. Quant à la liberté, elle est n’est plus qu’une peau de chagrin qui a déjà bien perdu de son ampleur et dont les bords se rapprochent de plus en plus grâce aux attaques combinées de notre administration, de celle de l’Europe et des organismes internationaux aux ordres de l’American Way of Death…

 

Alors, pour moi, les bonnets rouges c’est de la mer… oups… Ce ne sont que des benêts rouges qui essaient de nous vendre une lutte qui n’est que la défense de leurs propres intérêts. Or seul un intérêt majeur, au-delà des particularités spécifiques d’une corporation ou d’une communauté dans des revendications on ne peut plus sectorielles et matérielles, peut trouver grâce aux yeux des vrais révolutionnaires. Peut-être que la faim sera cette motivation commune chez les peuples qui en crèvent et qui les poussera à venir manger dans nos assiettes toujours pleines… de poisons mais pleines tout de même…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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