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Editôt ou éditard (80)…

Prendre l’avion est somme toute affaire courante de nos jours, rien de plus simple, sûr et polluant qu’un bon vol pour éviter une longue et cruelle ballade en voiture des heures durant et qui pollue aussi, un peu moins mais tout de même. Aller de Toulouse à Paris devient une si courte et si facile escapade que, à condition d’en avoir les moyens, rien ne vous empêche de faire ce sympathique voyage en un peu plus d’une heure… mais, pourquoi diable ai-je le sentiment diffus que ce que je fais n’est pas aussi « bien », aussi agréable que cela aurait dû me paraître ? Un malaise s’installe…

 

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En fait, cela provient du simple fait que cela est en opposition avec ce que je pense, avec ce que je prône, avec ce qu’il serait bon de faire pour la planète, pour l’humanité, pour moi… Il est de bon ton de nos jours, chez les corrompus qui nous gouvernent, de nous dire qu’il faut être mobile, de ne pas avoir peur de bouger, d’aller chercher les marchés ou les emplois où ils se trouvent, oui, mais… Comment peut-on demander aux gens tout et son contraire, on vous pousse à acheter une maison ou un appartement et on vous dit qu’il faut être mobile, rien n’est moins mobile qu’un appartement, essayez et vous verrez… On vous propose de vous expatrier mais on vous complique la vie dès que vous souhaitez organiser votre recherche et une fois trouvé, l’emploi vous demande de vous installer de suite et pour pouvoir emmener vos meubles avec vous, il vous faut payer tous vos impôts en une seule fois pour obtenir le quitus fiscal qui vous libérera de la France et de ses dirigeants à la fois malhonnêtes et menteurs. Pourquoi s’évertuent-ils, ces quidams plus fort en gueule qu’en bons conseils, à vous faire jouer les filles de l’air tout en vous clouant sur place ? Il en est de la politique comme de la science, ce n’est pas parce que les principes sont bons que nous les appliquons avec rigueur, et, nos politichiens sont les meilleurs représentants de ce « fais ce que je te dis mais ne fais pas ce que je fais »…

 

Revenons à ces déplacements, il y a beaucoup à parier que bon nombre des déplacements que nous faisons en avion comme autrement pourraient ne pas être réalisés. A une époque où les moindres progrès sont salués comme des nouvelles voies riches d’avenir et potentiellement d’emplois, où les miracles de l’outrance communicative des flux incessants d’informations inutiles paraissent un nouveau paradigme de notre société liée au culte de la science, à la communication plutôt qu’à la relation, ne devrions-nous pas nous intéresser encore plus à Skype et autres techniques de mise en contact plutôt que de prendre l’avion, le bateau, la voiture, le train, le cheval, j’en passe et des plus lents… Ce serait bon pour nous, pour notre planète et surtout cela nous permettrait de respirer autre chose que des gaz polluants et sales, qui nous promettent cancers et autres avanies que je ne citerai pas par égard pour vos yeux larmoyants de tant de souffrances accumulées à contempler dans nos villes, où les relents d’échappements servent de brouillard en lieu et place de la vapeur d’eau bienfaitrice à laquelle ils auraient eu droit autrement. La facilité de transport dont nous sommes les bénéficiaires heureux permet une accélération de notre pollution déjà trop importante. La course échevelée au toujours plus vite nous fait abuser des énergies coûteuses et polluantes que nous avons encore pour quelques temps à gaspiller. Course folle contre le temps dont je vous parlais il y a peu, nous ne pouvons gagner cette compétition là, le temps ne peut perdre, tout simplement parce qu’il n’est que virtuel. Oui, il est virtuel, nos rides se voient mais pas le temps qui les a causées, on ne peut attraper le temps et lui tordre le coup et sa relativité fait que chacun, en fonction des moments va le respecter ou le haïr. Mais il n’y est pour rien, il est au-dessus de nos petites contingences matérielles qui ne le touchent pas. Ce n’est pas parce que nous volons d’un bout à l’autre de la sphère terrestre en quelques petites heures que nous rattraperons le temps, que nous vaincrons cette mesure de notre vie. Il n’est d’ailleurs pas recommandé de croire possible ce combat car, quand bien même fussions-nous des surhommes nous n’aurions pas de prise sur cette unité de vie que nous voyons passer sans pouvoir la retenir.

 

En admettant que, professionnellement, quelques déplacements seraient néanmoins indispensables, la disparition des quelques voyages inutiles ne pourrait engendrer que des conséquences positives. Tant dans le domaine de la pollution tout d’abord, mais aussi dans la préhension de notre propre vie et de là sa compréhension. Si nous prenions plus de temps pour réfléchir, pour penser, nous ne ferions pas la moitié des actes que nous commettons, j’en suis certain malgré le manque de rigueur de mon expérience.

 

C’est un des moyens pour la science de s’éclater complètement que de faire croire qu’elle nous fait gagner du temps, en multipliant les accessoires qui augmentent notre vitesse de déplacement, notre rapidité d’accession aux informations qui, la plupart du temps, nous serons parfaitement sans usage intelligent.

 

Aussi, je me permets de vous donner un conseil, ralentissez, freinez, ne laissez personne vous imposer un rythme qui n’est pas le vôtre et surtout comprenez bien que cela ne vous fera en rien progresser dans l’utilisation du temps qui forme votre vie. Ce n’est pas la quantité de vie qui est intéressante mais bien ce qu’on en fait, son contenu, votre vie ne vous donnera qu’une seule fois chaque instant, chaque parcelle d’elle-même, chaque seconde passée est irrémédiablement passée, voire perdue si vous ne l’avez pas utilisée à votre avantage et à celui du monde qui vous porte.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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