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Editôt ou éditard (87)…

Vous connaissez certainement Pierre Rabhi et l’association ou fondation qui résulte de son travail, « Les Colibris ». A plusieurs reprises je me suis posé la question de participer ou non à l’une ou l’autre des manifestations et opérations qu’ils organisent. Je suis allé à l’une d’elle, celle qui m’a permis de connaître cette association en fait, et je n’y ai pas vu d’intérêt immédiat et même a posteriori d’y prendre part. Non pas que les activités étaient inintéressantes ou les propos inconvenants, non, ce n’était simplement que l’apparition d’un manque, je n’arrivais pas à savoir quoi mais il me manquait quelque chose. Quoi ?

 

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Je crois que je viens de découvrir ce qui me faisait dire que le projet Colibris ne me suffisait pas. En fait, les activités de cette association sont surtout basées sur les méthodes et outils qui permettraient de rendre notre monde agricole plus attrayant, moins productiviste et plus respectueux de la terre nourricière qui nous a donné vie. Il est question de produits toxiques à remplacer par des substituts écologiques qui ne détruisent rien tout en accomplissant la tâche qui leur incombe au niveau de la protection contre tel ou tel fléau touchant l’agriculture. Mais même si, sous des apparences agricoles, des principes généraux et sociétaux prennent corps sous nos yeux, ils ne sont pas, à mon humble avis, assez puissant pour créer un vrai débat. Ils ne permettent pas de générer une prise de conscience plus générale, le monde agricole ne représente que 3.5 % de notre population et chaque jour un paysan se suicide en France. Il n’y aura bientôt plus de vrais cultivateurs, connaissant la terre, la respectant et lui demandant ce qu’elle peut fournir sans l’assouvir comme les industriels de l’agriculture, aidés par la Communauté Européenne, le font. Le monde agricole est devenu une succursale de l’industrie et beaucoup de terres sont cultivées par des financiers plus que par des paysans. L’agriculture vivrière a disparu corps et biens, elle a perdu son âme au profit d’une agriculture commerciale où seuls les intérêts financiers comptent et prennent le pas sur la vie et l’écologie nécessaire à la pérennité de nos approvisionnements. On cultive du blé pour le vendre ailleurs alors qu’on achète ailleurs ce qu’on cultivait jadis chez nous. Les flux commerciaux et donc financiers sont devenus plus intéressants que le métier qu’ils dissimulent. Les subventions de Bruxelles au monde agricole ont fait que la rationalisation industrielle a détruit beaucoup de nos biosystèmes pour bénéficier des largesses engendrées par nos impôts. Le serpent se mord la queue et en est venu à se manger lui-même, mais comment fera-t-il pour avaler sa propre tête ?

 

Alors non, Les Colibris, malgré toute l’affection et le respect que je leur porte ne suffisent pas. Ils ne mettent pas en avant la philosophie qu’ils contiennent et qui peut peut-être, un jour mobiliser des foules. Parler de cultiver son jardin ne suffira pas à changer le monde et s’il y arrive il sera peut-être trop tard. En revanche, le débat ouvert par la discussion politique et philosophique doit compléter leur démarche sur le terrain. Cet accompagnement doit être plus intellectuel tout en n’étant pas qu’intellectuel, sinon il ne serait pas compris. Il faut compléter la pratique par la mise en réflexion des esprits qui s’y intéressent. Il faut révolutionner les mentalités et appliquer cette évolution non seulement aux techniques de jardinage mais àtous les secteurs de nos activités sociales, professionnelles et privées. L’écologie n’est pas seulement la meilleure façon de faire vivre notre terre et la protéger, l’écologie doit être mentale, spirituelle, physiologique, elle est un tout, depuis notre esprit jusqu’au plus petit de nos ongles ou de nos cheveux. Elle est notre vie. On ne peut être écologiste sans le penser de tout son être et le réaliser de toutes ses forces. Mais cela est une vue de l’esprit, nous ne sommes pas parfaits, nous ne sommes pas des saints. Mais qui nous empêche d’essayer, de tenter cette belle aventure de penser écologie, de vivre écologie, de respirer écologie. Il ne s’agit pas de politique et ce ne sont pas les guignols qui garnissent les rangs des Verts ou d’autres associations, faites pour nous cacher la vérité, qui doivent nous dire ce que l’écologie doit être, c’est à nous de l’inventer. L’écologie n’est pas qu’agricole, elle est un mode de vie respectueux de son environnement à la fois matériel et spirituel, elle respecte toutes les dimensions de l’être humain sans aucune partialité, tout doit être défendu, protégé, l’alimentation n’est que la partie émergée de l’iceberg de nos travers vis-à-vis de l’univers qui nous entoure et dont nous ne connaissons rien. Nous devons intégrer l’idée de nous formons un tout avec l’univers, que nous sommes une microparticule sans laquelle le monde serait différent et où le moindre changement affecte l’immensité du tout auquel nous appartenons.

 

Non, Les Colibris ne suffisent pas, ils sont nécessaires mais ils ne suffisent pas. Nous devons réveiller les masses informes de gens qui s’agrègent sans résister par confort et par résignation. Nous devons enthousiasmer les foules par des idées de grandeur, non pas matérielle avec nos grosses voitures et des gardes du corps partout, mais avec le désir irrépressible d’accéder au bonheur. Les hommes politiques ne peuvent accomplir cette mission, trop compliquée pour eux qui trop enferrés dans leurs avantages et leurs prébendes avec tout ce que cela leur donne de jouissance sans jamais les rendre heureux ou satisfaits. Pour atteindre ce but, il faut être généreux et comprendre que le bonheur est la vie, pas ce qu’elle permet d’avoir…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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