Log In

Editôt ou éditard (92)…

La religion du progrès nous enrobe de tous les bienfaits à venir que nous concoctent tous nos scientifiques et autres marchands du temple. Excommuniés sont ceux qui ont le malheur de ne pas partager les bonheurs que nous préparent ceux qui ne veulent en aucun cas assurer autre chose que le leur et surtout leur chiffre d’affaires. Alors me direz-vous, est-il si mal de faire le bien des gens si cela procure dans le même temps des profits à des entreprises qui dès lors pourront investir et peut-être créer des emplois ? Tout dépend de quel bien nous parlons, et si nous comprenons que l’objectif d’une société commerciale n’est pas d’embaucher mais seulement d’enrichir ses propriétaires, pourquoi attendre d’une compagnie un bonheur que nous sommes les seuls à pouvoir trouver ?

 

66-village.jpg


Vous le savez, je suis en vacances et j’en profite pour me promener un peu tout en voyant des gens que je connais et que j’apprécie. J’étais hier, lundi de Pâques, dans les Pyrénées Orientales, dans un petit village d’une beauté qui vous émeut et qui, de plus, vous muscle les jambes dans ses ruelles montantes et descendantes où quelque chose vous surprendra à chaque regard. Ces pierres ont du sens, elles ont de l’histoire même si le village n’est pas un authentique ensemble médiéval, ce qui compte c’est cet environnement paisible et riche que créent surtout ses habitants. Une tradition catalane fait qu’un groupe de chanteurs formant une chorale se meut de place en place dans le village et chante à chaque fois des chansons, en catalan, pleines d’humour et de gaité. En tête du cortège se trouve une chanteuse qui fait teinter sans arrêt des cloches pour attirer les voisins et les badauds. A chaque pose qui donne lieu à des chants, des voisins viennent donner des victuailles aux groupe vocal, de tout depuis des œufs jusqu’à des petits gâteaux ou de la charcuterie ou du fromage. Au terme de ce périple, les membres de cette chorale, qui ne manquent pas de qualité ni de coffre, se retrouvent devant la mairie du village et le maire leur envoie un panier plein de produits alimentaires par la fenêtre de son bureau. Une fois recueillies, toutes victuailles sont rassemblées et donnent lieu à leur mise en œuvre. C’est comme cela qu’il m’a été donné de partager avec ces amis d’un jour, ces amis de toujours, de gigantesques omelettes qui étaient riches de charcuteries pour l’une, d’asperges sauvages et de légumes pour une autre, de fromage pour une dernière. Bien entendu, avant d’en arriver aux omelettes, vous êtes déjà comblé de charcuteries fameuses, diverses et variées mais toutes aussi bonnes que vous pouvez l’espérer, après c’est le fromage et ensuite des spécialités locales de pâtisseries… Enfin, vous passez un vrai moment de plaisir, même si vous regardez avec anxiété l’aiguille se déplacer sur l’écran de votre balance. Mais là n’est pas le plus important, ce qui compte le plus, ce qui vous bouge le cœur, c’est ce moment de fraternité entre tous ces gens qui communient ensemble dans le cadre de leurs traditions. C’est un moment de paix communautaire, de bonheur partagé et là est le vrai sens de tout cela, le partage.

 

Il ne s’agit pas ici de participer au « c’était mieux avant », que nenni, il n’est question que du fait que les hommes ne sont pas naturellement bons mais qu’ils peuvent le devenir s’ils le souhaitent ? C’est cela qui rend la paix encore plus respectable et bienfaitrice. Il faut faire des efforts pour faire le bien, aucun effort pour faire le mal. Ce travail, cette organisation, tout cela prend du temps et de l’énergie et certains parmi ces gens s’y consacrent pour le bien de tous et pour le partage de ce bonheur. J’ai été surpris d’apprendre que très régulièrement, pour des fêtes traditionnelles ou pas, d’autres journées regroupaient tous les habitants ou presque du village comme ceux qui l’avoisinent. Notre matérialisme et notre égoïsme exacerbés par cette ambiance faite de compétition et de recherche inextinguible de profits personnels dans nos grandes villes nous éloignent peu à peu mais irrémédiablement de ces communions festives qui rapprochent les êtres et leur redonnent un sens de la vie ensemble. Alors quand j’ai vu ce matin que les voitures du futur vont nous donner le même confort que nos domiciles, je me suis posé la question suivante. Si les gens se trouvent mieux chez eux et que leur « chez eux » peut devenir mobile est-ce que cela pourra les emmener voir et partager avec ces villageois des moments de magie collective ? Ma réponse est non, je ne le crois pas, la connexion de nos véhicules à internet et au mobile n’est pas faite pour autre chose que pour nous mener d’un centre commercial à un autre, à nous pousser à ne vivre qu’à travers nos acquisitions et jamais ou rarement au travers du partage et l’organisation de moments privilégiés à offrir à nos contemporains. Nous sommes des êtres humains et nous devons plus cultiver notre « bien-être » plutôt que notre « bien-avoir » qui ne nous mène pas au bonheur mais seulement à une insatisfaction permanente et culpabilisatrice.

 

Après ce week-end magique, Cazeneuve peut bien présenter son plan bidon pour empêcher nos jeunes de partir eu Jihad, les députés socialistes qui s’opposent à Valls deviennent aussi laxatifs que notre premier sinistre et son roi Culbuto 1er, les ingénieurs peuvent bien rendre ma voiture un véritable palais, je m’en moque complètement. Je veux rester humain et avoir le choix des plaisirs qui me ravissent et ne pas me les faire imposer par des machines ou des faiseurs de profits…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP to LinkedIn Auto Publish Powered By : XYZScripts.com