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Idéal ? Circulez ! Y a rien à voir !

Depuis des mois, nous sommes victimes de campagnes électorales qui ne présentent aucun intérêt. Pourquoi ne présentent-elles pas de raisons profondes et réelles d’adhésion à une vision d’un monde auquel chacun a le droit de rêver et vers lequel on souhaiterait tendre ? L’apathie politique, l’indifférence sociale, l’égocentrisme exacerbé sont autant de signaux d’alarmes que nous négligeons depuis trop longtemps. Que pensez-vous d’un réveil en douceur de vos consciences citoyennes ? Allez, on y croit, on y va !

 

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Photo : Piero Della Francesca, la cité idéale

Les campagnes électorales de notre temps ont toutes un point commun, au moins un, mais de taille. Elles sont vides de sens. Elles sont aussi creuses que les hommes politiques qui les animent. Elles ne représentent guère plus que des moyens de passer d’un visage à un autre, sans bousculer ni faire tressaillir nos attitudes politiquement correctes de bons consommateurs, adhérents à la majorité silencieuse. Et le summum de cela est que cette situation est universelle, pas un pays n’y échappe, quelles que soient sa tendance politique, sa position dans le groupe des nations, sa vision de l’avenir à court, moyen et long termes (si tant est qu’il en aie une). Partout la même angoisse, l’anxiété du vide que l’Homme ne pourra jamais maîtriser et dans lequel il se laisse baigner contre son gré inconscient.

Au siècle passé et plus exactement jusqu’en 1983, il y a avait encore un idéal marxiste qui emportait l’enthousiasme des foules désireuses de « grand soir » et de redistribution des richesses. Le capitalisme n’est pas un idéal de la même forme que son opposé du XXème siècle. C’est plus une confiance aveugle en des mécanismes matérialistes de gestion. L’argent, qui n’est finalement qu’un outil, qu’un moyen, ne peut pas revêtir les mêmes apparats qu’un idéal philosophique. L’alliance de l’eau et du feu est impossible. On ne peut marier l’immatériel avec le concret. Il n’est pas un idéal mais il en a les mêmes stigmates, les mêmes adeptes, les mêmes lobotomisés.

 

1983 est le début de la décomposition visible de l’idéal marxiste-léniniste. Il est étonnant de voir que George Orwell a écrit une œuvre que je trouve à la fois annonciatrice d’un drame, écrite simplement mais parfaitement et pour finir pleine de la conscience politique intense et profonde de cet auteur de talent, 1984. Ce n’est pas un hasard, toutes les décisions prises en 1983 ne donnèrent pas de résultat avant l’année suivante, étonnant. Pour ceux qui ont lu Jules Verne, « De la terre à la lune », ils savent que cet autre auteur de génie avait choisi l’emplacement du lancement de sa fusée imaginaire à l’exacte emplacement où fût bâti, longtemps après, Cap Canaveral qui devint Cap Kennedy. Les Américains n’ont pas créé cette base de lancement au même emplacement par admiration de Jules Verne, les pauvres, incultes comme ils sont, pas plus de 1 % de leur population ne doit savoir qui il est. Non, ils ne font rien sans intérêt matériel, ils avaient des raisons scientifiques qui faisaient que c’était le meilleur endroit pour lancer des engins spatiaux. C’est cela le génie, sentir les choses, ne pas avoir besoin de la science pour trouver ce qu’elle fournira longtemps après et avec beaucoup d’efforts. D’autres exemples sont disponibles… Excusez-moi de cette digression littéraire indépendante de votre volonté mais pas de la mienne.

 

Photo : Le Palais idéal du facteur Cheval

Donc nous en étions à 1983… Vous vous souvenez encore, pour les gens de ma génération, palais ideal yannick luthyqu’en 1981 le PS, aidé par le PCF et les Radicaux de gauche avaient pris le pouvoir le 10 mai. Il ne fallut pas plus de deux ans pour convertir l’ancien de Vichy, devenu roi-président de la France, de révolté, contre le « Coup d’Etat permanent » qu’il reprochait à de Gaulle, d’allié des communistes, en un adepte de l’économie de marché, de la dérégulation de la finance internationale et en un soutien efficace à la spéculation mondiale. Mitterrand nous aura tout fait,  de son passé sulfureux de Vichy, dont tout le monde, toutes obédiences confondues, souhaite enterrer l’existence, au programme commun pour finir dans le labyrinthe et les méandres des affaires financières douteuses sur fond de libération des marchés. Seul président de la Vème République, mais on peut chercher aussi dans les quatre précédentes, qui a un suicidé à l’Elysée, de Grossouvre, un ex premier ministre suicidé/assassiné, Bérégovoy, un ami cher, très cher peut-être trop cher, Pelat, qui meurt d’une crise cardiaque subitement avant de passer devant ses enquêteurs pour un scandale financier sans précédent (Société Générale). Quel président, il valait mieux ne pas le connaître. Seul président qui donne un maroquin à un monteur d’affaires, Tapie, qui s’apparente plus à la voyoucratie qu’au monde feutré des énarques fainéants et des politiciens professionnels.

Le bouleversement social, que ce changement de cap de la gauche française vers le capitalisme déguisé en social-démocratie, a dramatiquement marqué tous les esprits de la planète politique de France et d’ailleurs.

 

Quand en 1989, le monde marxiste-léniniste s’abandonne aux sirènes du marché et de la société de consommation, l’idéal révolutionnaire et la pensée collectiviste meurent et tous les anciens communistes et gens de gauche ne s’en sont pas encore remis. Le seul idéal, qui restait péniblement en vie sous perfusion de pérestroïka, meurt et est enterré en grande pompe par tous les adeptes du profit avant tout.

 

Nous n’avons plus d’idéal, nous courons en tout sens mais sans savoir ce que nous cherchons. Nous n’avons pas de vision ni à moyen terme ni à long terme. Seul le court terme survit sur la base, qui se rétrécit de jour en jour, du toujours plus pour ceux qui ont et toujours moins pour les autres. Nos hommes politiques sont comme nous, perdus, mais ils ne peuvent pas l’admettre, ce serait remettre en question leur pouvoir, or c’est lui qui les enrichit et les fait survivre.

 

Le court terme c’est uniquement la survie mais sans raison de survivre.

 

Haroun.

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