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L’illimitation, l’art d’aller dans le mur !

Cornélius Castoriadis a dit : « On est rentré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines (…) c’est un des grands thèmes, il faut apprendre à s’autolimiter, individuellement et collectivement, et la société capitaliste maintenant est une société, à mes yeux, court à l’abîme de tous points de vue, parce que c’est une société qui ne sait pas s’autolimiter. Une société vraiment libre, une société autonome, doit devoir s’autolimiter. L’imaginaire de notre époque est très loin de cela.Et c’est cet imaginaire de l’expansion illimitée, de l’accumulation (…) c’est cela qu’il faut détruire. Tout dépend de ça. » Qu’en pensez-vous en ces fêtes qui arrivent à grands pas ?

 

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Que peut induire cette envie irrépressible de tout vouloir sans aucune limite, en bien comme en mal ? Est-ce dangereux de ne pas connaître de fin dans sa recherche de tout ce qui nous fait plaisir, de tout ce qui nous manque ou semble nous manquer, de tout ce qui nous attire, enfin de tout ce qui vampirise notre personnalité par le truchement de l’insatisfaction permanente ? Insatisfaction permanente qui s’aggrave par le rythme et la vitesse à laquelle nous voulons avoir ou posséder les biens que nous désirons.

 

Tout d’abord il m’apparaît que l’illimitation génère un comportement basé sur l’impatience, elle-même engendrée par la rapidité d’accès à tous les biens et services. Tout est disponible et tout de suite. Donc, nous voulons ce « tout » et maintenant. Cette impatience, à son tour donne naissance à la violence car si un retard advient ou si un incident empêche la résolution de cette envie, seule la violence peut répondre au manque créé par cette absence, ne serait-ce que momentanée. Nous parlons là de pulsions non maîtrisées et effectivement sans la capacité autonome et volontaire de s’autolimiter, cette pulsion inassouvie ne peut céder la place qu’à une autre pulsion qui, du fait du manque, est fortement négative et génératrice, à son tour, de colère et de violence. Autrement dit, l’insatisfaction, fournie par l’illimitation des désirs, et donc par voie de conséquence, cette illimitation elle-même, produit une violence qui rend les échanges et les rapports de plus en plus difficiles entre acteurs de la société, consommateurs et producteurs entre eux, mais aussi consommateurs entre eux et producteurs entre eux. C’est donc tous les rapports sociaux qui se trouvent empreints de violence du fait de l’illimitation générale.

 

Par ailleurs, ce phénomène d’illimitation est le parfait terreau de l’égoïsme et du placement de soi devant non seulement tous les autres mais prioritairement à tous les éléments constitutifs de notre environnement. Nous pouvons faire fi de la pollution, de nos voisins, de notre propre famille, cet égocentrisme exacerbé nous entraîne à la négation de l’autre et nous évite tout partage, tout échange, tout raisonnement collectif. Nous ne formons plus une société mais un groupe d’individualistes occupés à répondre à leur satisfaction personnelle sans égard pour rien ni personne. Or notre espèce ne peut vivre sans tenir compte de l’ensemble de ses membres, car la capacité de nuisance de chacun est telle que la planète pourra mourir à la même vitesse que nous sommes servis… C’est à dire très vite… trop vite ! Nous devons apprendre à nous autolimiter, sans cela nous courons effectivement à notre propre perte.

Mais non content d’être dans l’illimitation individuelle, nous sommes aussi victimes de l’illimitation collective. Cela signifie que malgré nos égoïsmes personnels, nous arrivons, de plus, à cumuler un besoin d’illimitation de groupe, n’est-ce pas ce qu’on appelle le communautarisme selon certains angles, peut-être même tous ? Et le groupe se fait aussi dangereux que l’unité, même plus.

 

D’où nous vient cette illimitation, cette insatisfaction permanente ? C’est très simple, de notre société matérialiste qui croit en une croissance infinie où la science et la technique nous donneront tout ce que nous souhaitons sans aucune fin et à un rythme exponentiel. Le fait de vivre dans une société productiviste et consumériste sans limite nous a fait croire que, nous aussi, nous devons être les outils de cette croissance infinie. Nous oublions simplement qu’une croissance exponentielle infinie ne peut exister dans un univers lui-même fini, et déjà bien entamé… Détail qui me semble avoir son importance. Alors, quand j’entends Hollande et d’autres parler du retour de la croissance, espérer cette divine croissance infinie et permanente, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils sont fous ou qu’ils se moquent de nous.

 

Ayant moi-même réfléchi à tout cela, et ne pensant pas être d’une intelligence phénoménale, je crois que ces gens savent ce que je sais et même beaucoup plus… Alors, ils se moquent de nous, ils savent que nous allons dans le mur mais ils ne ralentissent pas.

 

Et vous voulez que je vote pour ceux qui vont mettre à mort mes enfants et mes petits-enfants ? Fous qu’ils sont, fous que nous sommes, méritons-nous cela ? Hélas oui car nous préférons remettre à demain la résolution des problèmes que nous avons créés, quitte à les léguer aux générations futures sans aucun scrupule. Je demande pardon à mes enfants publiquement pour ce que j’ai laissé faire…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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